3 novembre 2017

Le Tinguely de Lavaux

Dans les hauts de Montreux, il est un atelier d’Ali Baba, dans lequel sont façonnées des sculptures mécaniques qui ne tournent pas rond, intriguent, questionnent et font sourire. Bienvenue dans l’univers incroyable de Pascal Bettex!

Pascal Bettex
Avec ses sculptures animées, Pascal Bettex n’a finalement pas d’autre ambition que de faire rêver.

Pascal Bettex a quelque chose de Tinguely. En moins torturé, en moins grinçant. Et en moins provocateur aussi. «Je n’ai pas un monstre message philosophique ou métaphysique à faire passer. Avec mes sculptures animées, je n’ai finalement pas d’autre ambition que de faire rêver et de rendre hommage à nos précurseurs en dévoilant leur génie mécanique dans mes œuvres.»

Son premier électrochoc artistique, ce désormais sexagénaire (il est né en 1953) l’a reçu à l’âge de 10 ans. Justement à l’occasion d’une exposition sur Tinguely. «Je revois encore ces trucs qui sautaient, tapaient, couinaient… C’était fabuleux!» Une étincelle jaillit alors dans cette âme d’éternel enfant, celle qui mettra le feu aux poudres des décennies plus tard.

A 16 ans, ce poète du mouvement réalise son premier mobile pour épater une copine. Puis il met sa passion en veilleuse durant six lustres. Le temps de retaper quelques vieilles motos, de tâter du droit à l’uni, de vendre des accessoires de luxe (montres et bijoux) à une clientèle chic et d’ouvrir un magasin pour écouler des objets d’artisans et d’artistes un peu allumés.

Evidemment, ce vent de douce folie finit par raviver sa flamme et le pousse à créer lui aussi. Pascal Bettex entre donc en atelier en 1999 pour donner vie à ses «élucubrations mobiles». Il n’en ressortira sans doute jamais.

Une journée avec Pascal Bettex

8h Atelier«Dans ma cathédrale du bonheur, je passe des heures et des heures à créer mes mobiles. Ce n’est pas un travail, c’est une passion. Et j’espère pouvoir me lever tous les matins pour aller bosser jusqu’à 106 ans comme Hans Erni. Si je pouvais mourir dans l’atelier, ça serait vraiment génial!»
10h Pause café«Entrer dans l’atelier de Nicolas Bamert, qui est voisin du mien, c’est pénétrer dans un autre monde. Comme moi, c’est quelqu’un qui, dans son art, n’a pas de limite! Il nous arrive d’ailleurs souvent de partager notre enthousiasme, notre curiosité et nos expériences autour d’un café.»
12h A table!«Le repas, c’est important pour bien se nourrir bien sûr, mais aussi pour le contact. Avec Betty, comme nous n’avons pas de télé, nous parlons tout le temps, nous échangeons beaucoup… Mon épouse me donne un cadre, une structure, c’est mon garde-fou.»
Engrenage impossible «Dix ans après avoir vu des pignons carrés au Technorama de Winterthour, je me suis lancé le défi de créer moi aussi des engrenages aux formes farfelues, comme celui-ci qui épouse les contours de la Suisse et fait tourner le monde.»
14h Chasse aux trésors«Le 90% de mes mobiles, c’est de la récup’! Quand on m’appelle pour me dire qu’il y a des objets à débarrasser, je suis tout excité, tout fébrile. Dénicher des trésors comme cette vieille égrappeuse à laquelle je vais donner une seconde vie, ça procure toujours de l’émotion.»

17h Service après-vente«Pour moi, c’est très important que mes mobiles fonction­nent. Mais le problème avec l’art cinétique, c’est qu’il y a parfois des pannes. Donc, j’entretiens mes créations, j’assure le service après-vente pour qu’elles continuent de tourner, de rester en mouvement, en vie...»
20h Offres spontanées«J’élabore des dossiers que j’adresse à des entreprises ou à des musées. Je leur propose des projets de mobiles. Souvent, ils ne répondent même pas. En fait, sur cent offres, il y en a peut-être une ou deux qui aboutissent. C’est déjà pas mal!»

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