17 octobre 2019

L’hiver sans pull

Les Suisses sont de plus en plus nombreux à tourner le dos à la saison froide et à partir dans un pays du soleil dès les premières neiges. Certains, comme Christian Courvoisier, céramiste à Lully (VD), gardent leur billet de retour en poche. Mais d’autres se laissent prendre par la douceur d’un climat tropical au point de poser définitivement les valises.

«Je suis content de partir et content de revenir. Je n’ai jamais eu l’idée de m’expatrier ou de m’installer ailleurs», commente Christian Courvoisier (photo: François Wavre / Lundi13).
«Je suis content de partir et content de revenir. Je n’ai jamais eu l’idée de m’expatrier ou de m’installer ailleurs», commente Christian Courvoisier (photo: François Wavre / Lundi13).

Une vie entre nains de jardin et vent du Maroc

Christian Courvoisier, céramiste original et passionné, annonce tout de suite la couleur: sur sa carte de ­visite, il est écrit qu’il ne travaille que d’avril à décembre. En dehors de ces mois-là, la porte de son atelier de Lully (VD) est close. L’artisan, alias  Crisco, connu pour ses nains de jardin caricatures de célébrités, est aussi un grand voyageur. Un goût qu’il se découvre dans les années hippies, quand toute une génération rêvait de Katmandou. Il a alors 16 ans et le fantasme de partir pour toujours. «En décembre 1975, j’ai fait mes ­bagages et je me suis embarqué pour l’Inde. On n’avait pas d’argent, on voyageait à moindres frais. On se retrouvait en communautés de toutes nationalités. Ça nous a pris plusieurs semaines pour arriver à destination, en train, en bus, en stop. C’était vraiment l’aventure!»

Il en est revenu trois mois plus tard, mais le virus était pris. Toute sa vie, Christian Courvoisier n’a cessé de partir, à date fixe, comme un oiseau migrateur. De décembre à fin mars, il change de latitude. Quitte l’hiver, le froid, la montagne qu’il déteste pour rejoindre le Sud. «Je suis très marin, très nautique, je choisis toujours des endroits au bord de l’eau.» À son actif, plus de vingt-cinq pays traversés, de l’Égypte aux Philippines en passant par le Japon, l’Indonésie, la Thaïlande ou le Mexique. «C’est un style de vie particulier. Je suis célibataire, j’ai peu de frais fixes, je roule à vélo.»

Le climat d’Essaouira, au Maroc, est idéal pour les sports nautiques (photo: iStock).

Mais depuis vingt ans, l’oiseau ­migrateur se pose toujours au même endroit: sous les vents d’Essaouira, au Maroc. Où il peut vivre son autre passion: la planche à voile. «Là-bas, il fait 20 °C en hiver, c’est un des spots réputés pour les sports nautiques.» Mais pas question de prendre l’avion: Christian Courvoisier descend en train jusqu’à Sète, puis passe trente-six heures en bateau jusqu’à Tanger, train jusqu’à Marrakech et bus pour Essaouira. «Je mets trois jours, je ne suis pas pressé. Il y a l’ambiance de la route, on fait des rencontres. Il faut prendre son temps. Ce qui est important, c’est le voyage plus que la destination.»

Dans un appartement loué 500 euros par mois, il vit simplement avec l’argent économisé le reste de l’année. Il fait sa cuisine, «des pâtes pour les sportifs et des tartes au citron». Et passe ses journées au grand air. «Je fais un peu de gym le matin sur la plage déserte, j’achète mon poisson au port et quand le vent se lève, je monte le matériel. C’est planche à voile tout l’après-midi, un sport très technique qui demande beaucoup d’énergie», dit celui qui essaie aussi d’apprendre la calligraphie arabe.
Il se souvient de n’avoir vécu qu’un seul hiver en Suisse, en 1985. Et envisage de devoir en passer d’autres, peut-être, pour s’occuper de ses ­parents âgés. Mais pour l’instant, le rendez-vous est pris. Il sait qu’il par­tira le 26 décembre, juste après Noël, et ne rentrera que le 26 mars, une fois écoulés les trois mois autorisés avec le tampon touriste. «Content de partir, content de revenir. Je n’ai jamais eu l’idée de m’expatrier ou de m’installer ailleurs. Mon travail est ici, mes nains de jardin plaisent aux gens d’ici. Et puis, je rentre toujours avec de nouveaux projets, de nouvelles idées pour mes sculptures. D’ailleurs, je viens de terminer Elton John et je cherche la prochaine tête…»

Le temps de vivre en Thaïlande

Laila Müller Boonya ne possède plus aucun chandail en laine. Elle n’a gardé que les pulls fins en coton – mais elle ne les sort jamais du placard. Placard qui, d’ailleurs, se trouve dans la chambre à coucher d’une maison qui porte pour seule adresse: «près du 7-Eleven, Chaloklum». Chaloklum est un petit village de pêcheurs situé sur l’île de Koh Phangan, dans le golfe de Thaïlande. Les rues n’ont pas de nom, les numéros n’existent pas non plus. Toute la vie du village s’organise autour du petit supermarché 7-Eleven. 

«Je suis plus Thaïlandaise que Suisse», affirme Laila Müller Boonya. Elle a posé le pied dans ce paradis du Sud-Est asiatique pour la première fois il y a dix-neuf ans. «Je me suis tout de suite sentie chez moi.» Après avoir rencontré Nin Boonya lors de son quatrième voyage il y a dix ans, elle a ensuite passé toutes ses hivers en ­vacances en Thaïlande. Ils se sont ­finalement mariés il y a sept ans. «Si on cumule toutes les vacances, je vis ici depuis au moins trois ans déjà», dit-elle en riant. Elle a donc eu peu d’occasions de vivre la période froide en Suisse depuis. Chaleur et soleil: de décembre à septembre, la météo de Koh Phangan est tout simplement splendide. 

Ces six dernières années, Laila Müller Boonya a vécu avec son époux thaïlandais et leurs enfants, Eva, 4 ans, et Valentin, 2 ans, à Zurich. Au printemps 2019, ils se sont installés à Chaloklum. «Nous souhaitons passer les prochaines années ici et voir comment les choses évoluent.»

L’ancienne responsable de projets gère désormais des gîtes: avec son mari, elle a en effet construit trois bungalows, et les premiers vacanciers sont déjà là. «Après le chantier, c’est super de voir et d’entendre que les hôtes se sentent bien chez nous.» Trois maisons supplémentaires doivent voir le jour, mais rien ne presse: «Nous avons déménagé ici pour ne plus avoir à planifier chaque journée.» Les enfants se défoulent ­autour de la maison, la vie s’écoule en plein air. «Nous menons une existence beaucoup plus simple, en pro­fitant de la mer et en ayant plus de temps.» Explorer en bateau les nombreuses îles du parc national, se baigner sous une cascade, faire de la plongée ou du paddle: Koh Phangan est le paradis des sports aquatiques. «Mais on peut tout aussi bien se prélasser dans un hamac, poursuit Laila. Depuis que j’habite ici, je me détends dans le jardin. On peut tout faire pousser.» Elle avait même ­emporté un jean pour le jardinage, mais lui aussi reste au placard: il fait toujours un temps à mettre un short.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

«Quand on est peintre, il faut travailler et travailler encore,
et ne demander l’avis de personne. C’est seulement comme ça qu’on arrive
à quelque chose.», estime Edgar Mabboux.

Une vie en clair-obscur

Le satellite «CHEOPS» doit permettre de mieux comprendre la structure des exoplanètes, ces planètes tournant autour d'une autre étoile que le soleil.

La Suisse prend son envol

Malgré sa texture plutôt tendre, quasiment aucun des testeurs ne s’est douté qu’il pourrait ne pas s’agir de viande.

Une alternative à la viande

Marc-Olivier Wahler

«Visiter une exposition ne sera qu’une des options du musée»