7 août 2018

Passer ses vacances en Suisse: rêve ou réalité?

La chronique de Sandrine Viglino, humoriste.

Sandrine Viglino
Sandrine Viglino

«Cette année, je reste ici!» Qui ose le faire quand on peut aller dans la moitié du monde en avion orange…? (Certes, en partant à 6 h du mat’, en y arrivant plus tard que prévu sans valises et sans être sûr de rentrer à la bonne date, MAIS pour Fr. 39.90!)

Pourtant, c’est tentant de rester en Suisse. On a tout ce qu’il faut. Si des hordes de Chinois viennent profiter de nos sommets enneigés et de nos paysages à couper le souffle, plus achat de montre en trois heures, ça doit pouvoir se faire!

Avec mes parents, on a passé tous nos étés au camping de la Maladaire au bord du lac Léman. Petite je trouvais ça ringard. Rimini et son Tetris de chaises longues me faisaient rêver. Pourtant, à 10 ans, descendre au canton de Vaud, voir cette ouverture sur le lac, le soleil après 15 h (je suis de Martigny- Combe ) et l’accent des indigènes: c’était déjà l’étranger.

Au camping, mon frère, qui était moins timide que moi, a même appris l’allemand avec des touristes argoviens. Et ça, c’est dépaysant. Nous faisions du paddle bien avant la mode, parce que notre planche à voile n’avait plus de voile. Nous explorions des heures les fonds marins, à la recherche de perches. Parce qu’au restaurant du camping, ils en servaient. Ce n’est que plus tard que j’ai appris les notions d’importation et de congélation.

Bref, je me suis fait plein de souvenirs de vacances à 30 kilomètres de chez moi. Alors pourquoi se sent-on obligés de partir? Pourquoi n’ose-t-on pas rester en vacances chez nous? Combien de like pour une photo de la plage de La Tour-de-Peilz avec le bateau Suisse qui passe sur le lac et les montagnes en fond avec: #mesvacances #léman #camping?

Pour certains, partir c’est obligatoire. Comme les binationaux qui sont obligés d’aller retrouver leur famille pour montrer l’Audi ou la Mercedes. Ou les Suisses qui ont acheté une maison en Provence à l’époque où c’était à la mode, donc cher, et qui, quadras aujourd’hui, doivent y retourner chaque été pour amortir l’investissement. Et voir si la maison n’a pas été vandalisée.

Cet été, certains étaient prêts à passer leurs vacances en Suisse. C’était avant de voir le prix d’un verre d’eau en montagne. J’ai compris que, parfois, si on part très, très loin, c’est qu’on n’a pas les moyens de rester en Suisse.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Fred Valet

Prochain arrêt: le divertissement

Informationen zum Author

Sandrine Viglino

«Is this the real life? Is this just fantasy?»

martina chyba

Abou d’amis

sandrine viglino

Go et nigaud