8 août 2018

Pèlerinage polychrome à Arles

Les Rencontres photographiques ont propulsé la capitale camarguaise sur le devant de la scène culturelle. Et la Suisse, très présente dans les expositions de cette nouvelle édition, a joué un rôle clé dans le renouveau de la commune.

arles
L’exposition de Paul Graham, «La blancheur de la baleine», à l’église des Frères-Prêcheurs. (Photos: Nadia Barth)

Boostée par un véritable bouillonnement culturel, Arles, petite sous-préfecture des Bouches-du-Rhône, peut aujourd’hui se targuer d’avoir un rayonnement international. Connue notamment pour être l’un des lieux de passage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, la capitale camarguaise doit désormais sa renommée à un autre genre de pèlerinage: celui des Rencontres photographiques. L’événement, qui a lieu en ce moment et durera jusqu’au 23 septembre, attire – pendant deux mois et demi – des dizaines de milliers de visiteurs aux quatre coins de la commune. Églises, cloîtres, maisons, jardins, friches industrielles, partout les photos s’exposent dans de superbes décors aux accents «arty». Parce qu’il faut bien le dire, derrière l’image historique de la commune aux arènes millénaires, c’est un nouveau style qui s’affirme avec sa scène artistique branchée et cosmopolite et un public qui lui ressemble.

Pour leur 49e édition, les Rencontres proposent ainsi un programme dense avec de nombreux photographes suisses tels que Matthieu Gafsou, René Burri ou Robert Frank. Sur la vingtaine d’espaces d’exposition, l’un d’entre eux, baptisé Nonante-neuf, est même entièrement produit par la Confédération. Et ce n’est pas un hasard si les Helvètes sont si présents, puisque c’est à un riche mécène bâlois – Luc Hoffmann, héritier des laboratoires Roche – et à ses trois enfants que l’on doit la mutation d’Arles.

Les célèbres arènes d’Arles classées au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mécène suisse

Parmi eux, Maja Hoffmann, collectionneuse d’art et infatigable promotrice de la commune. Avec sa fondation Luma, elle est l’instigatrice de la reconversion du parc des anciens ateliers SNCF, une friche industrielle de onze hectares. C’est là qu’elle a fait dresser une tour d’inox froissé encore en construction et signée de l’architecte Frank Gehry. Cette œuvre déstructurée qui culmine à 57 mètres – ovni dans un paysage bâti en pierre – accroche tout de suite l’œil du visiteur. Et c’est d’ailleurs dans ce décor industriel – à l’atelier des Forges – que deux expositions remarquables ont trouvé leur écrin.

La première est celle d’Ann Ray appelée Les inachevés. Pour ce projet, la photographe française a suivi durant treize ans l’ami et créateur de mode Lee McQueen dans les coulisses de ses défilés. Il en ressort un diaporama poignant et une série de photos en noir et blanc qui retrace, avec poésie, le parcours créatif du designer décédé en 2010.

L’exposition autour du thème de Mai 1968 à l’espace Nonante-neuf.

À l’étage du bâtiment à l’ossature métallique, une autre exposition, celle de Paul Fusco. Son nom: The train. Une rétrospective qui se regarde, mais aussi qui s’écoute. Un bruit de train qui passe, résonne partout. À bord, se trouve la dépouille de Robert F. Kennedy, assassiné le 5 juin 1968, qui traverse les États-Unis de New York à Washington. Le photographe alors dépêché en urgence s’installe dans ce convoi funéraire et braque ses appareils sur la foule amassée le long du parcours. C’est le fruit de ce travail, ajouté à une recherche d’images d’archives des quidams présents le jour J, que Paul Fusco expose.

Centre et décor historiques

Après ce premier tour d’horizon, partez donc en direction du cœur d’Arles pour d’autres visites. Là, terrasses, artisans glaciers et petits magasins de souvenirs au style typiquement provençal se succèdent, comme du côté de la place du Forum. Les plus assoiffés comme les plus gourmands y trouveront quelques bonnes adresses comme celle du Bar à l’Huître ou encore le Nord Pinus. Une fois rassasié, flânez donc à travers les nombreux sites de l’événement. Parmi les incontournables, l’espace Van Gogh où l’on peut admirer les photos de Raymond Depardon et de Robert Frank. Deux photographes à la renommée mondiale.

La tour de l’architecte Frank Gehry au parc des ateliers.

À quelques encablures de là se trouve la place de la République avec l’excellente exposition de Jonas Bendiksen, Le dernier testament, à l’église Sainte-Anne. Le thème religieux des photos fait parfaitement écho à l’architecture sacrée du bâtiment, avec ses grands volumes et ses voûtes. Juste à côté, courez voir les polaroïds de William Wegman au palais de l’Archevêché. C’est l’une de ses images qui a servi à réaliser l’affiche de cette nouvelle édition. On peut y voir un chien habillé d’un pull et d’un long collier. La série est aussi drôle qu’esthétique. Un incontournable. Dans ce périmètre, entrez ensuite où le cœur vous en dit et laissez-vous guider par votre instinct. Les expositions sont bien sûr toujours signalées à l’entrée.

Enfin, sachez que les distances d’un lieu à l’autre sont assez courtes, mais entre les flâneries et les moments de contemplation, les heures passent… à toute vitesse parfois. Impossible donc de faire l’ensemble des expositions en une seule journée. Comptez deux jours au minimum, et trois dans l’idéal, pour profiter pleinement de la manifestation comme des autres attractions touristiques de la ville. Et si vous cherchez un lieu agréable pour siroter un verre, vous relaxer sur des chaises longues, rendez-vous à l’espace Nonante-neuf. Parfait pour prendre la pause près de la charmante buvette tout en découvrant les œuvres exposées. De la rétrospective de Mai 68 au Prix Pictet, cet espace se visite à l’envi.

L’un des quelques photomatons que l’on trouve sur différents sites d’exposition.

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