16 avril 2012

Pénis en panne

Un tiers des hommes souffrirait de problèmes d’érection. C’est beaucoup, beaucoup trop si l’on songe que ce type de dysfonctionnement se soigne plutôt bien… Le point avec la célèbre médecin et sexologue Catherine Solano.

Hommes en slip
Près de 30% 
de la population masculine 
souffrirait 
de troubles 
de l’érection.
Temps de lecture 4 minutes

Les troubles de l’érection, on n’en parle pas ou peu. Parce que ça touche à l’intimité du couple et à la virilité de monsieur, parce que ce problème est considéré comme honteux. Pourtant, ainsi que le relève la Dr Catherine Solano sur son blog consacré justement à ce sujet tabou: «Pour un médecin, la panne sexuelle est d’une banalité extrême. Aussi fréquente peut-être que les rhumes ou les angines!»

En fait, à peu près 30% de la population masculine souffrirait d’impuissance comme on disait autrefois. Un pourcentage un poil alarmiste selon la sexologue française que nous avons jointe à Paris par téléphone. «Ce sont les fabricants de médicaments qui donnent ces chiffres et ils ont donc intérêt à les gonfler un peu.» Reste que tout mâle, si l’on en croit les experts en la matière, risque un jour ou l’autre d’éprouver des difficultés à bander…

Pas forcément besoin de s’inquiéter

Co-auteure, entre autres, d’un «petit traité du savoir éjaculer» intitulé La mécanique sexuelle des hommes (Ed. Robert Laffont), notre interlocutrice tient tout de même à préciser que l’on ne pose un diagnostic d’insuffisance érectile que lorsque ce genre de pépins se répète au moins deux mois durant. «Si ça arrive un soir et que ça va déjà mieux le lendemain, ce n’est pas une panne, c’est juste la vie, quoi!»

Beaucoup d’hommes hésitent à consulter.

D’après elle, les mecs trahis par leur pénis appartiennent à deux catégories bien distinctes: «D’un côté, les anxieux qui vont, à la moindre petite défaillance, en faire une maladie. Par exemple, des jeunes gens peu sûrs d’eux qui ont l’impression de ne pas être à la hauteur, qui vont stresser et faire un blocage. Et de l’autre, les personnes ayant de vrais soucis de santé – problèmes neurologiques ou de circulation – qui les empêchent d’avoir une érection.»

Mais qu’ils soient d’origine psychologiques ou physiologiques, ces «coups de mou» ont tous un point commun: ils finissent par prendre le chou de ceux qui en sont victimes. D’où l’importance d’oser confier ses angoisses à son généraliste ou à un spécialiste. «Beaucoup d’hommes hésitent à consulter, certains attendent même des années avant de venir nous voir, constate la Dr Solano. C’est malheureux qu’ils se laissent ainsi dépérir moralement parce que ces dysfonctions se soignent vraiment de mieux en mieux.»

«De la psychothérapie en comprimés»

En effet, quelques pilules de type Viagra, Levitra ou Cialis, qui facilitent l’érection, suffisent déjà à résoudre le problème dans… 70% des cas. «C’est de la psychothérapie en comprimés, image la sexologue. Ces médicaments permettent de casser très vite le cercle vicieux dans lequel s’enferment la plupart des patients.» Et le divan du psy? «L’un n’empêche pas l’autre, c’est complémentaire. Il faut utiliser la méthode la plus adaptée, parfois les deux.»

Ensuite, si ça ne marche toujours pas, les médecins prescrivent des remèdes qui provoquent des bandaisons «artificielles». Soit chimiquement (injections intra-caverneuses ou introduction dans l’urètre d’une sorte de micro-suppositoire), soit mécaniquement (vacuum ou pompe à érection). Et quand tout échoue, ils ont encore la possibilité de jouer du bistouri (pose d’un implant pénien).

Efficaces, mais peu romantiques, ces solutions thérapeutiques en effarouchent encore plus d’un… Conséquence: certains hommes renoncent à ces traitements et donc souvent à leur vie sexuelle également. Ce qui fait évidemment bondir Catherine Solano: «On peut avoir et donner du plaisir sans érection, on peut même être un très bon amant!»

A vous de jouer!

Pour Catherine Solano, là où il y a de l’hygiène de vie, il y a davantage de plaisir! Elle invite donc les victimes de pannes sexuelles à se (re)prendre en mains: les trop enrobés à maigrir, les fumeurs invétérés à arrêter de cloper, les pantouflards à se bouger, les personnes souffrant de diabète ou d’un trop-plein de cholestérol à bien se soigner…

Cette sexologue encourage aussi vivement les hommes à muscler leur périnée et à faire l’amour régulièrement. «Rien ne vaut la pratique pour entretenir de bonnes érections.» «L’hygiène de vie est très importante, conclut cette doctoresse. On n’en parle pas assez parce que ça prend plus de temps d’aborder ce sujet que de faire une ordonnance.»

Côté femme

«Les femmes croient toujours qu’elles sont à l’origine des pannes sexuelles de leur partenaire, parce qu’elles ne seraient pas assez belles ou désirables… C’est tout faux! Quand l’homme essaie de faire l’amour, c’est qu’il en a envie.»

Au lieu d’avoir inutilement mauvaise conscience ou, pire, de jouer les castratrices en fustigeant leur amant, les dames devraient, selon la Dr Solano, faire sentir à ce dernier qu’il est aimé même s’il s’avère pour l’heure moins vaillant. Car il angoisse et a donc besoin en priorité d’être rassuré.

Mais concrètement, comment réagissent ces épouses et concubines de mâles défaillants? Si l’on se réfère à une étude menée auprès de 358 d’entre elles et pêchée sur le blog www.pannes-sexuelles.com : «55% ne dramatisent pas et estiment que ce n’est pas très grave. 47% trouvent pénible que l’homme s’énerve et culpabilise. 48% ont une attitude résignée, pensant que c’est l’évolution naturelle de la sexualité liée à l’âge, à la fatigue, au stress. 47% sont prêtes à insister pour que leur partenaire consulte un médecin…» Enfin, pour les trois quarts de ces femmes, «prendre un traitement contre les pannes sexuelles redonnerait à leur couple l’envie de faire l’amour plus souvent».

Photographe: Véronique Hoegger

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