6 octobre 2014

Mélodie Zhao, la surdouée du piano

Enfant prodige devenue femme, la pianiste Mélodie Zhao développe un jeu plus mature. A découvrir dans le cadre d’une des tournées de la nouvelle saison des Migros-Pour-cent-culturel-Classics.

melodie zhao
Loin de l’agitation de Pékin où elle a grandi, Mélodie Zhao a trouvé la sérénité dans l’idyllique village de Saint-Prex (VD).
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Mélodie Zhao n’a pas froid aux yeux. Dans le cadre d’une tournée avec l’Orchestre symphonique de Guangzhou organisée par les Migros-Pour-cent-culturel-Classics pour la saison 2014-2015, la pianiste sino-suisse de 20 ans se mesurera au Fleuve jaune, une pièce emblématique du répertoire de l’Empire du Milieu. «A l’origine, il s’agissait d’une cantate dont les paroles invitaient les Chinois à se rebeller contre l’occupant japonais, explique Mélodie Zhao. L’œuvre a ensuite été transposée en concerto pour piano et orchestre. Plusieurs compositeurs ont travaillé sur le projet apportant chacun différents éléments rappelant Rachmaninov, Liszt ou Chopin. Au final, l’œuvre compile toutes les difficultés pianistiques existantes. C’est toujours une grande claque de l’entendre pour la première fois.»

Elève surdouée qui a commencé le piano à 3 ans et savait lire les notes en même temps que les lettres et les caractères chinois, Mélodie Zhao maîtrisait le Fleuve jaune à 11 ans déjà. «Si je suis née en Suisse, j’ai passé les neuf premières années de ma vie à Pékin. J’ai donc été initiée à l’école chinoise qui descend de l’école russe et se résume en trois mots: technique, technique et technique.»

Du coup, très tôt déjà, la pianiste a fait preuve d’un solide bagage pianistique. Rien d’extraordinaire à cela, selon elle. «La technique, c’est mathématiques et ça s’apprend.»

Bien plus complexe à acquérir est la musicalité qui passe par la compréhension des œuvres et leur interprétation.

Mélodie Zhao au piano (Source: Youtube)

Ainsi, pour l’enregistrement de l’intégralité des sonates de Beethoven, réunie en un coffret de dix CDs, la pianiste confie avoir effectué un grand travail intérieur. «Je me suis beaucoup remise en question. Beethoven est mon compositeur favori – quand je suis à Vienne, je ne manque pas d’aller lui rendre hommage sur sa tombe –, et ses sonates ont changé ma perception de la vie.» Et de poursuivre avec une touchante sincérité: «Avant, j’étais très jeune et faisais preuve d’une grande dose d’immaturité. En concert, j’avais envie d’épater le public, d’en mettre plein la vue.»

Quelques jours de vacances pour la première fois de sa vie

Devenue femme, Mélodie Zhao avoue jouer avec plus de retenue, mais sans doute plus de profondeur. Faisant preuve de plus d’humilité, elle sait désormais qu’il est toujours possible de se perfectionner.

C’est pourquoi la résidente de Saint-Prex (VD) va suivre dès cet automne l’enseignement du professeur Pascal Devoyon à l’Université des arts de Berlin – tout en prenant des cours à distance de psychologie à Genève: «Le fonctionnement du cerveau me fascine. J’aurais voulu commencer des études en neurologie mais en parallèle du piano, cela n’est malheureusement pas possible.»

Autre nouveauté dans la vie de Mélodie Zhao: pour la première fois de sa vie, la pianiste a pris des vacances. «Je suis partie en Grèce cet été avec des amis. C’était divertissant, mais la musique électronique en soirée, c’est assez vite ennuyeux.»

Pour autant, ce petit goût de liberté et d’évasion loin de son piano ne lui a pas fait regretter son parcours d’enfant prodige qui, à 6 ans, donnait son premier concert et, à 13 ans, sortait son premier CD. Une enfance et une adolescence entièrement consacrées au piano: «Cela fait partie du jeu. On ne peut pas avoir une vie tout à fait normale en faisant quelque chose d’inhabituel.»

En concert le 26 janvier 2015 à Zurich et le 27 janvier 2015 à Genève dans le cadre des Migros-Pour-cent-culturel-Classics. Infos: www.melodiezhao.com .

Photographe: François Wavre

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