8 mai 2018

Pierre Brisson: objectif Mars

Pierre Brisson a les pieds sur terre mais la tête dans les étoiles: le rêve de cet ancien banquier est voir de son vivant l’homme marcher sur la planète rouge.

pierre brisson
Pierre Brisson imagine un départ pour Mars à l’horizon 2026. (Photo: Matthieu Spohn)

Pierre Brisson nous reçoit dans son appartement chaux-de-fonnier, un ancien atelier d’horlogerie transformé en un vaste loft lumineux et accueillant. L’homme est élégant, courtois, affable. Pourtant, ne vous fiez pas aux apparences: son côté vieille France (il est citoyen de ce pays) dissimule en fait un puits de science, un mordu de géographie physique, de planétologie et d’astronautique. Autant de passions qu’il exprime à travers son rôle de président de la Mars Society Switzerland et son blog hébergé sur le site du quotidien Le Temps.

«Le but de notre association, c’est de montrer au public que la conquête de la planète rouge n’est plus de la science-fiction, que c’est l’aventure du XXIe siècle, que c’est le renouveau des grandes découvertes, que c’est notre premier pas vers les étoiles!» Ce septuagénaire balance ses arguments sur un ton aimable et convaincant, celui dont il usait sans doute face à ses interlocuteurs lorsqu’il était analyste de risques au sein d’une grande banque internationale.

Tout en sirotant un café encore fumant, il énumère les principales raisons qui plaident pour des voyages habités, direction cet astre au demeurant hostile et situé à quelque six mois de fusée de notre monde: «Mars est la sœur de la Terre. Au cours des premiers âges, durant environ un milliard d’années, ces deux planètes ont connu des conditions environnementales très semblables avant que celles-ci ne se figent sur Mars. Sous certains aspects, c’est vraiment un fossile de la Terre. Si on veut mieux connaître notre passé, il faut donc se rendre là-bas.»

Si on veut mieux connaître notre passé, il faut donc se rendre là-bas.

Pierre Brisson

Mais encore? Devant notre air dubitatif, l’ancien banquier ne se démonte pas. «En clair, Mars a été une planète vivante et c’est par conséquent là que nous avons le plus de chances de savoir si la vie a pu exister ailleurs que sur Terre.» Cet économiste de formation voit aussi dans ce challenge l’occasion pour les ingénieurs en aéronautique et en recherches environnementales de se dépasser avec les retombées technologiques positives que cela pourrait engendrer pour nous terriens.

Perpétuer notre civilisation

Après avoir reposé la tasse vide sur sa soucoupe, Pierre Brisson précise enfin que la planète rouge est aussi le seul endroit en dehors de la Terre où l’on pourrait s’installer de façon pérenne. «Notre planète est vulnérable, elle n’est pas à l’abri d’un accident. Ce n’est pas catastrophiste que de le penser. Pourquoi alors refuser cette opportunité qui nous est donnée de sauver, le cas échéant, un échantillon des meilleurs d’entre nous dans le but de perpétuer notre espèce et notre civilisation?»

Il reste toutefois des problèmes à résoudre avant d’envisager un tel scénario. Entre autres, l’exposition durant le trajet aller et retour à des radiations dangereuses pour l’organisme, l’atterrissage de lourds spationefs dans une faible densité atmosphérique, la garantie de la subsistance durant les trente mois que durera une mission, l’impact psychologique de ces voyages au long cours sur l’équipage… Pas de quoi entamer l’enthousiasme de cet ancien analyste de risques qui, au vu des avancées technologiques actuelles, estime que ce défi spatial est tout à fait réalisable.

Le président de la Mars Society Switzerland voit ainsi en Elon Musk le nouveau Christophe Colomb, celui qui nous permettra de coloniser ce nouveau monde. Surtout après le succès du décollage de sa superfusée Falcon Heavy en février dernier. «Le patron de Tesla et de SpaceX est notre meilleure chance d’aller sur Mars. Ce Sud-Africain est un entrepreneur à l’américaine, il possède l’audace et l’esprit des pionniers du Far-West. En plus, il a les moyens financiers de réaliser son projet et les capacités technologiques pour le mener à bien. C’est «une force qui va» comme disait Victor Hugo. »

Elon Musk est un entrepreneur à l’américaine, il possède l’audace et l’esprit des pionniers du Far-West

Pierre Brisson

Ce milliardaire atypique ambitionne de lancer les premiers vaisseaux habités vers la planète rouge en 2024 déjà. Pour autant bien sûr qu’il n’y ait pas d’accidents de parcours et que son équipe parvienne à mettre au point sa BFR, sa «Big Fucking Rocket» («putain de grosse fusée» en français) d’ici là. Rien d’impossible pour Pierre Brisson qui imagine, lui, un départ pour Mars plutôt à l’horizon 2026. «On y est presque…» Des étoiles brillent dans ses yeux.

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