4 août 2017

Plutôt sexe ou origine?

La succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral s’avère moins limpide que prévue. Avec, en prime, le risque de décevoir le Tessin, qui attend depuis dix-huit ans, ou les femmes, sous-représentées au gouvernement.

Le débat sur le critère le plus significatif pour devnir ministre revient sur le tapis. Photo: Antony Anex / Keystone

Une femme ou un Tessinois? C’est le genre de question incongrue que l’étrange système politique suisse peut générer. En ouvrant des abîmes philosophiques consistant à imaginer quel pourrait être le critère le plus significatif pour devenir ministre: l’origine ou le sexe. Le départ de Didier Burkhalter a dans un premier temps suscité une évidence: c’était le tour du Tessin, qui n’avait plus eu de conseiller fédéral depuis dix-huit ans, depuis Flavio Cotti.

En plus, les Tessinois avaient un candidat crédible, qui attendait son heure depuis longtemps et était fin prêt pour le job: Ignazio Cassis. Et un argument choc: l’importance pour une minorité linguistique d’avoir de temps en temps un représentant au gouvernement. Comme l’expliquait le politologue d’origine tessinoise Oscar Mazzoleni sur la RTS: «La question de la représentation du Tessin revient de façon cyclique chaque fois qu’il y a une vacance au Conseil fédéral, parce que les Tessinois revendiquent cette représentation comme une façon d’être reconnus.»

Et puis patatras, le candidat Cassis est apparu comme trop proche des assureurs et l’on s’est avisé qu’il n’y avait que deux femmes sur sept au Conseil fédéral. Une injustice encore plus grande, selon l’écologiste Adèle Thorens, puisque, contrairement aux Tessinois, «les femmes ne sont pas une minorité». D’où l’émergence que l’on connaît de candidatures vaudoises et féminines, comme celle de Jacqueline de Quattro ou d’Isabelle Moret.

«Il est regrettable d’opposer le critère du genre à celui de l’origine»

Olivier Meuwly, historien, spécialiste du PLR

Olivier Meuwly, le critère de l’origine du candidat ne perd-il pas un peu plus d’importance à chaque nouvelle élection?

Oui, surtout depuis 1999, lorsque la clause imposant de n’avoir qu’un seul conseiller fédéral par canton a été rayée de la Constitution. Deux Bernois par exemple, Schneider- Ammann et Sommaruga, siègent actuellement. Ce qui est sûr, c’est qu’avoir un conseiller fédéral apporte un certain prestige à un canton, mais pas beaucoup plus.

Le cas du Tessin n’est-il pas néanmoins particulier?

L’argument des Tessinois expliquant qu’ils se sentent davantage suisses s’ils ont un conseiller fédéral n’est pas tout à fait illégitime. La Constitution dit qu’il faut veiller à une bonne répartition. Dans ce contexte, la longue période sans conseiller fédéral tessinois rend compréhensible que le Tessin souhaite ardemment retrouver un représentant au gouvernement.

Que penser de l’argument «femme» brandi contre le Tessin?

Je regrette à titre personnel qu’on oppose le critère du genre au critère de l’origine. Je crois important que les régions suisses soient représentées régulièrement. Mais le critère du sexe est entré en jeu, il faut le prendre en compte: une demande évidente de l’opinion publique va dans ce sens.

Pourquoi trouvez-vous que le critère du genre serait moins pertinent que le critère de l’origine?

Que l’on soit homme ou femme, on est aussi et surtout immergé dans une région, un contexte socio-économique. Que ce contexte soit représenté par un homme ou une femme, cela ne change pas grand-chose.

Des candidatures vaudoises se profilent. Deux conseillers fédéraux vaudois qui viendraient s’ajouter aux deux Bernois, cela ne ferait-il pas beaucoup?

Cela poserait certainement quelques problèmes. Outre l’élément du genre qui est venu perturber la donne, il y aussi le fait qu’Ignazio Cassis, le candidat du Tessin, soulève des critiques qui pourraient lui être fatales. Mais si les Romands prennent cette fois ce siège au détriment du Tessin, il ne faudra pas qu’ils viennent pleurer le jour où il y aura un retour naturel à la répartition cinq alémaniques, deux latins, et que l’un des deux latins soit alors un Tessinois.

Pourquoi pas une femme tessinoise, qui mettrait tout le monde d’accord?

Le problème c’est que la candidate qui aurait ce profil, Laura Sadis, n’intéresse qu’une partie de l’échiquier politique. Elle a fait aussi des choix en quittant la scène politique, certains comprendraient mal ce retour subit. Et puis si les Tessinois n’ont pas lancé Laura Sadis, c’est qu’ils ont sans doute des raisons.

Pourquoi les candidatures contre le Tessin émanent-elles essentiellement du canton de Vaud?

L’élément femme, on l’a dit, s’est imposé dans la campagne et en dehors de Jacqueline de Quattro et d’Isabelle Moret, on ne voit pas bien, même au sein des Conseils d’Etat, quelle femme romande PLR aurait le profil. Jacqueline de Quattro a l’inconvénient de n’être que conseillère d’Etat et on a constaté ces dernières années que c’était un vrai handicap, au contraire d’Isabelle Moret, dont la présence à Berne pourrait être un atout sérieux.

Un homme romand, genre Pierre Maudet, n’aurait donc aucune chance dans cette élection?

Il faut toujours être prudent, une élection dépend souvent du contexte et de l’ambiance au jour J, mais a priori, au vu des critères avancés par les uns et les autres, un conseiller d’Etat romand PLR ne semble pas pouvoir être en tête. Sauf si cela tourne à la foire d’empoigne: tout devient alors possible.

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