18 janvier 2014

Poignée de main: un geste pas si anodin

Quoi de plus banal qu'une poignée de main? Geste immémorial pourtant, qui a pu marquer l’histoire, qui renseigne et invite, et dont il vaut mieux connaître les codes.

Le premier ministre israélien Yitzhak Rapin et le leader palestinien Yasser Arafat se serrent la main.
Le 13 septembre 1993, le premier ministre israélien Yitzhak Rapin et le leader palestinien Yasser Arafat se serrent la main, sous le regard de Bill Clinton, sur la pelouse de la Maison Blanche. (photo Keystone)

Septante mille: c’est en moyenne, si l’on n’a pas choisi la politique pour horizon, le nombre de poignées de mains qu’on distribuera au cours d’une vie. Pour tout et pour rien, «séduire, congédier, partager sa peine».

Banal, mécanique, inévitable, rusé, chaleureux ou bêtement sincère, le processus méritait bien un petit guide. C’est chose faite avec La poignée de main du journaliste Jacques Briod et du psychologue Gustavo Basterrechea. Où l’on apprendra, entre mille choses, que si les autres primates se serrent parfois aussi la main, ils privilégient plutôt, en signe de reconnaissance et de hiérarchie sociale, l’épouillage. A chacun de voir.

Surtout que le mécanisme est bien plus complexe qu’il n’en a l’air. Tendre la main, pour une poignée, c’est mettre en branle «vingt-sept os (en trois rangées: quatorze os des doigts, cinq os de la paume et huit os du poignet), trente-trois muscles et vingt-deux articulations.»

Avec aussi une angoissante question, insinuant que ce geste-là viendrait vraiment de loin: «Comment se fait-il qu’on ne se rate jamais la main dans une poignée de main?»

Décryptage d'un acte courant

Le Dr Gustavo Basterrechea
Le Dr Gustavo Basterrechea.

Une poignée de main n’est presque jamais innocente. Ce ne sont pas les politiciens, les assureurs, les vendeurs d’automobiles et autres maquignons qui nous contrediront!

Se serrer la louche, surtout la première fois, revêt une importance primordiale dans la mise en place d’une relation, qu’elle soit amicale ou d’affaires. Pourquoi? Parce qu’à travers ce geste d’apparence anodin, nous échangeons – outre des germes de toutes sortes – nombre d’informations non verbales qui traduisent ou trahissent nos intentions les plus nobles comme les moins louables.

Psychiatre et psychothérapeute à Sion, coauteur du guide La poignée de main, le Dr Gustavo Basterrechea analyse ici cinq types parmi les plus répandus:

  • Il vous écrase les phalanges
«Il convient de distinguer ici une poignée de main ferme, signe de franchise et de tonus psychique et physique, d’une en «étau». Trop serrer, c’est ne pas tenir compte du fait que l’autre puisse avoir mal, c’est un geste de rejet. A son origine, il y a peut-être un contentieux ou alors il s’agit d’une tentative d’intimidation. En réalité, celui qui montre sa force en serrant trop fort ne se sent pas très sûr de lui. Il y a chez l’écraseur de phalanges une crainte de l’autre. Ce type de comportement peut signifier une médiocre estime de soi.»
  • Il vous tend une paluche molle et parfois moite aussi
«La poignée de main, c’est un geste dans lequel nous livrons un peu de nous-mêmes et il existe des personnes pour lesquelles ce dévoilement d’une part de soi est difficile. Le contact physique devient source d’inconfort, ce qui se traduit par un mouvement d’évitement (le manque de tonus musculaire) et par des signes d’anxiété (la main moite). C’est une forme de phobie (à l’extrême, certaines personnes refusent même de toucher la main, on appelle cela l’haptophobie). Plus un individu est «bileux», plus il a de risques de développer ce trouble.»
  • Il ne vous lâche pas la raquette
«La poignée de main est en quelque sorte un condensé d’une relation humaine. Une relation est comme une valse à trois temps: c’est une rencontre, un attachement temporaire et une séparation. Certaines personnes vivent mal les séparations. On parle parfois d’anxiété de séparation. Cela se traduit par mille comportements d’agrippement dont le but est de garder l’autre sous contrôle, près de soi. Une poignée de main interminable peut aussi être le signe d’une profonde amitié ou d’une grande admiration de l’autre envers vous.»
  • Il vous serre la pince du bout des doigts
«Comme dans le cas de la main molle, ça peut être une tentative d’évitement anxieux. Mais une telle poignée de main peut aussi révéler un manque de considération. C’est un peu comme si on nous dit: «Vous ne valez pas vraiment la peine que je me fende d’une vraie poignée de main.» Cette attitude a quelque chose de rejetant. Elle se fonde sur un sentiment de supériorité de l’autre. A chacun d’en faire quelque chose en fonction de son analyse: faire face ou passer son chemin…»
  • Il serre la poigne à deux mains
«C’est un geste dont usent les politiciens en spectacle. Il s’accompagne souvent d’un sourire charmeur, d’un regard franc et d’un «comment ça va?» Il n’en laisse pas moins un vague malaise chez celui qui en a été gratifié. Heureusement, cela ne dure pas, car le «serreur à deux mains» a d’autres électeurs à capter! En revanche, si la poignée à deux mains est partagée et qu’elle s’inscrit dans une relation d’amitié, alors c’est une forme de mini-accolade. Un geste qui veut dire la chaleur et l’envie de protéger l’autre en l’abritant dans nos mains.»

Le geste parfait selon Chevrolet

En vue de créer un manuel de la bonne poignée de main à l’usage de ses commerciaux (il a été édité en 2010) – celle donc qui les fera paraître chaleureux, sympathiques, sociables et dynamiques –, la branche anglaise de Chevrolet avait demandé à Geoff Beattie, alors professeur à l’Université de Manchester, de définir ce qu’était le «perfect handshake». Voici, en condensé, les quelques règles de base que cet éminent psychologue avait alors émises à l’intention des vendeurs et vendeuses d’automobiles de cette firme:

  • Toujours avoir la paume sèche
  • Tendre la main droite
  • Poigne ferme (mais pas trop) avec les doigts qui enserrent parfaitement la main de son interlocuteur
  • Trois ou quatre secousses imprimées avec une vigueur moyenne durant deux à trois secondes
  • Le tout accompagné d’un regard direct, d’un sourire naturel et de paroles appropriées

Ce que Chevrolet ne dit pas, c’est si les doctes recommandations du professeur Beattie ont fait grimper ou non les ventes de voitures de cette marque en Grande-Bretagne…

Infographie: les dix commandements d'un bon salut

Infographie: les dix commandements d'un bon salut.

© Migros Magazine - Alain Portner et Laurent Nicolet

Benutzer-Kommentare