13 novembre 2018

Dis merci à la dame!

Apprendre la politesse à ses rejetons, c’est leur permettre d’acquérir des compétences psychosociales essentielles, selon Charlotte Uvira, présidente de Ratatam-plus, l’association romande des approches éducatives positives.

politesse
Pas besoin de grands discours pour apprendre la politesse à un enfant. Il suffit de rester simple dans ses explications. (Illustration: Sylvie Serprix)
Temps de lecture 4 minutes

Tous les parents se rappellent le moment de solitude vécu lorsque, rencontrant leur patron, leur petit dernier s’est caché derrière eux sans dire bonjour. Ou quand leur aîné(e) a décidé d’omettre systématiquement le «s’il vous plaît». Ou encore lorsque leur rejeton a préféré se consacrer à son smartphone plutôt qu’aux invités. Dans ce cas-là, chacun a sa méthode: botter en touche, prendre la situation avec humour ou favoriser la punition immédiate. Mais y a-t-il une manière idéale d’apprendre la politesse à son enfant?

Expliquer le sens de la démarche

«Plutôt que de politesse, je parlerais de l’acquisition de compétences psychosociales au sens large, remarque Charlotte Uvira, présidente de Ratatam-plus, l’association romande des approches éducatives positives, et également auteure du livre Parentalité affirmée: et si le capitaine du navire familial, c’était vous? Assimiler ces compétences, c’est permettre de s’intégrer et améliorer ses chances d’être entendu. Cela va ainsi tout définir, en tout cas durant les premières années de vie.» 

Il n’y a pas besoin de faire de grands discours. Dire simplement à un enfant: ‹Quand tu me dis merci, cela me donne envie de faire plein de choses pour toi›

Charlotte Uvira

L’exemple parental est donc déterminant, car il permet d’intégrer l’enfant dans la culture familiale et sociétale. Mais «pour inciter ce dernier à se comporter de manière courtoise, il est important de lui en dévoiler le sens, recommande la spécialiste. La psychologie positive montre que la motivation dépend de quatre critères essentiels: la perception du sens de ce que l’on fait, la connexion à l’autre, le sentiment d’utiliser un bon niveau de compétences et la possibilité d’être autonome.» C’est ainsi qu’il est important d’amener l’enfant à observer le résultat de ses attitudes sur les autres. Et cela, depuis qu’il est tout petit. «Il n’y a pas besoin de faire de grands discours, note ainsi Charlotte Uvira. Dire simplement à un enfant: ‹Quand tu me dis merci, cela me donne envie de faire plein de choses pour toi›, ou à un plus grand: ‹Si tu es invité chez un copain et que tu te tiens bien à table, les parents voudront te réinviter›, ça suffit à leur faire comprendre l’essentiel sans explications compliquées.»

La politesse ne se résume pas aux mots

Il est également inutile d’insister lourdement et de manière répétée sur une règle de politesse, au risque de perdre la connexion si importante entre l’enfant et nous. Et en ce qui concerne les fameux «mots magiques» si fréquemment invoqués, nous pouvons aussi lâcher du lest. «Il faut faire attention de ne pas s’acharner sur l’usage du mot uniquement, car n’oublions pas que la politesse ne se résume pas aux mots, mais qu’elle se communique aussi par le regard, les mimiques, l’attitude corporelle, le ton de voix, etc., remarque ainsi la présidente de Ratatam-plus. C’est ce message qu’il est important de transmettre aux enfants.»

L’enfant qui ne salue pas est peut-être en train de satisfaire un autre besoin, par exemple celui de sécurité, avant la politesse

Charlotte Uvira

Une bonne manière de leur permettre d’intégrer ces notions: les jeux d’imitation. Lorsque des enfants jouent «au restaurant» ou «au marchand», ils apprennent alors intuitivement à utiliser le vouvoiement et intègrent spontanément une multitude de formules de politesse.

Respecter ses retenues

Mais attention: au quotidien, il est essentiel de respecter les retenues de ces derniers, avertit Charlotte Uvira. «C’est le meilleur moyen de protéger son enfant des dérives et des abus. «Les adultes ont parfois tendance à prendre les choses personnellement et à se sentir vexés quand un enfant ne les salue pas. Ou alors à être très demandeurs de l’attention de ce dernier, ce qui le désécurise. Mais l’enfant qui ne salue pas est peut-être en train de satisfaire un autre besoin, par exemple celui de sécurité, avant la politesse. Et il se sent toujours très vulnérable face à des relations sociales complexes dont il ne maîtrise pas les codes: en effet, comment peut-il savoir quand on fait la bise, on serre la main, etc.?»

Dans ces cas de retenue, il est ainsi recommandé de ne pas humilier l’enfant en le faisant passer pour «timide», ni de l’obliger à tendre la main ou la joue. On peut lui expliquer qu’il est tout à fait possible et acceptable de saluer en faisant un sourire, ou en agitant la main, par exemple. «L’adulte doit être avant tout le protecteur de l’enfant face aux autres adultes, et le médiateur des gestes sociaux», résume ainsi la spécialiste.

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