17 octobre 2017

Soldate du feu

Aurélie Bersier est l’une des deux seules femmes pompiers professionnels du canton de Genève. Un monde très masculin dont elle fait aujourd’hui partie, grâce à sa détermination et sa passion pour le métier.

Aurélie Bersier
Les débuts ont été difficiles pour Aurélie Bersier, mais ­aujourd’hui, la jeune femme est bien intégrée dans les équipes.

Pompier, c’est un peu arrivé par hasard pour Aurélie. La route jusqu’à «la profession de ses rêves» a été plutôt sinueuse. Des petits chemins de campagne plutôt que l’autoroute, qui l’auront vu faire quelques détours par l’enseignement, des études en psychologie et un poste d’agent de sécurité. Et puis, un jour, elle tombe sur une offre d’emploi de centraliste téléphonique au sein de la caserne de pompiers genevoise. Afin de comprendre le métier, et être ainsi en mesure de collaborer au mieux avec les soldats du feu, Aurélie entame l’école de formation à leurs côtés. Une révélation pour la jeune femme qui a alors 24 ans. «Dépassement de soi, aide à la population et esprit d’équipe: quand j’ai vu tout ce que ce métier impliquait, j’ai tout de suite su que c’était pour moi.»

Un univers masculin

Aurélie travaille pourtant plus de quatre ans à la centrale d’alarme du 118 avant de se lancer. Il est vrai qu’à l’époque, le corps professionnel d’intervention ne compte aucune femme au bataillon et certains de ses futurs collègues ne sont pas vraiment enchantés d’en voir débarquer une dans «leur métier». Mais Aurélie a enfin trouvé sa voie et n’est pas prête à tirer un trait dessus. «Selon le commandant de l’époque, si je réussissais le concours d’entrée, je pourrais intégrer les sections d’intervention. Alors je me suis donnée à fond et j’y suis arrivée.» Les débuts sont difficiles. «J’étais la première femme et je sentais bien que l’on scrutait mon comportement, mes performances.» Et comment s’impose-t-on dans ces cas-là? «En faisant du bon travail. Mais au final, les nouvelles recrues doivent montrer ce qu’elles ont dans le ventre. Hommes ou femmes, c’est pour tout le monde pareil. Une fois sur le terrain, on est tous logés à la même enseigne, et rien que pour ça, j’ai un profond respect pour ma hiérarchie. Aujourd’hui, je me suis vraiment bien intégrée dans les équipes, et beaucoup de mes collègues sont devenus des amis.»

Des interventions multiples

Ce métier qu’elle aime tant ne ferait donc pas rêver les filles? «Pour être honnête, je ne comprends pas vraiment pourquoi nous ne sommes pas plus. Cela reste malheureusement un métier estampillé ‹pour hommes› et il peut paraître difficile d’accès. D’ailleurs, quand je dis aux gens que je suis pompier, la réaction n’est jamais neutre. Certains ne comprennent pas, d’autres sont impressionnés.» Car il faut savoir que les incendies ne représentent que 10% des opérations. Et le reste? «On s’entraîne, on s’occupe de l’intendance de la caserne et il y a bien sûr les autres interventions. Ce matin, des collègues ont dû aller récupérer un python sorti prendre l’air dans un parc genevois.» Un épisode reptilien dans un quotidien rythmé, entre autres, par les accidents de la route, les malaises et les évacuations de personnes en difficulté ou parfois décédées.» La mort fait partie du boulot, Aurélie l’a accepté. Fataliste, une condition sine qua non pour être pompier? «Je pense que nous le sommes tous, par la force des choses. Souvent les drames que nous voyons sont injustes et certaines situations nous touchent plus que d’autres, mais il est essentiel de garder notre professionnalisme pour faire du bon travail.» Un numéro d’équilibriste entre empathie et distance saine qu’elle réussit grâce à son uniforme. Et si cela ne suffit pas: «Je me rappelle que j’ai choisi ce métier avec la conviction de vouloir aider mon prochain. C’est ce qui m’aide à tenir en cas de coup dur.»

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