20 août 2019

Une sirène en eau douce

La force et la grâce rassemblées dans un seul corps. Celui de Gaia Rasmussen, championne suisse espoirs de natation artistique, qui donne un nouveau souffle à cette discipline sportive.

Echauffement au bord de la piscine des Vernets.
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Elle a un nom qui la relie à la terre, mais l’eau est visiblement son élément de prédilection. Il suffit de la voir glisser dans l’onde, maillot de bain ajusté et découpé en flammèches multicolores, pour s’en rendre compte. En un plouf élégant, elle disparaît dans les profondeurs de la piscine des Vernets, à Genève, fait remonter ses jambes fuselées avant de bondir tout entière comme un dauphin. Gaia Rasmussen, 15 ans, ne fait pas seulement partie de l’équipe nationale de natation artistique: elle vient aussi de décrocher la première place en solo et en duo aux derniers championnats suisses et elle a déjà représenté deux fois les couleurs helvétiques lors de compétitions internationales.


Il faut dire qu’elle a commencé tôt. À 8 ans, elle s’est mise à fréquenter les bassins, entraînée par une amie. «Au début, je ne voulais pas, je détestais mettre la tête sous l’eau! Et puis j’ai fait un cours d’essai et j’ai tout de suite adoré», raconte Gaia Rasmussen. La chevelure ondulante d’une sirène, un beau sourire encore empreint de timidité, mais déjà
un corps sculpté par l’effort. Une silhouette dynamique, qui dégage puissance et féminité.



Pour arriver à ce haut niveau sportif, il a fallu des heures d’entraînement, de natation chronométrée, de sueur, de fitness aussi. Au lieu de traîner avec les copains après l’école, la jeune fille, qui est en classe sport-études depuis trois ans, rejoint son club, Genève-Natation, tous les jours sauf le dimanche. «On s’entraîne pendant trois heures d’affilée. Il faut travailler les muscles, le cardio, la technique et la chorégraphie. Mais le plus dur, c’est le souffle», avoue Gaia Rasmussen.


Un travail assidu avant tout
On le sait, l’essentiel de la natation artistique se passe en immersion. On voit disparaître les nageuses pendant de longues secondes sous la surface, où seules affleurent les chevilles, puis les jambes qui font le grand écart ou tournent sur elles-mêmes en petits ballets aquatiques. «On apprend depuis toutes petites à tenir les figures sous l’eau. J’ai commencé par nager dix mètres sans respirer, puis quinze, puis vingt. Aujourd’hui, j’arrive à tenir sur cinquante mètres, la distance d’un bassin olympique.»

Au souffle s’ajoute encore la rigueur: chaque geste est compté, chaque mouvement est millimétré, chaque détail a son importance pour que la synchronisation soit parfaite et l’effet d’harmonie réussi. «On doit regarder les lignes du corps et être conscient jusqu’au bout des pieds.» Ce qu’elle préfère? Nager avec sa duette, Milla Morel. Sa grande copine, à l’école et dans l’eau. «Avec Milla, on a fait deux ans de compétition en duo (Comen Cup). On doit avoir une connexion pour nager ensemble. Et quand on est en solo, donc en concurrence l’une contre l’autre, on se dit toujours bravo quel que soit le résultat.»

Ce sport me permet d’aller au-delà de moi-même


À l’heure où les autres filent en vacances, les nageuses de l’équipe suisse partent en camp d’entraînement, à Tenero  (TI) ou à Kerenzerberg (ZH) pour des séances intensives de quatre heures le matin et le soir. «Quand je plonge à 7 heures du matin, je me demande parfois ce que je fais là», rigole Gaia Rasmussen, qui avoue terminer les entraînements «complètement courbaturée». Mais Martina, leur entraîneuse, est toujours présente pour repousser les limites. Et le doute est vite éclipsé: la jeune fille a un objectif et de la volonté à revendre. «Tous les efforts que je donne, je ne me vois plus vivre sans ça. Ça devient un automatisme, c’est ma vie. Je travaille pour quelque chose, j’aimerais l’atteindre. D’abord les championnats du monde de 2020 et de 2022 et puis les JO de 2024.»


Une vraie révélation
S’il fallait jeter une poignée de qualificatifs pour la définir, ce serait: souplesse, force, concentration, endurance et bon mental. Autant de qualités qui étonnent même ses parents. «On est impressionné, d’autant qu’on n’a rien vu venir. Je suis très admirative de son engagement sportif, émue aussi de la grâce et de la puissance qu’elle dégage. Ce sport l’a révélée», lâche Beata Rasmussen, sa maman.


Pour l’heure, Gaia sort de l’eau, essore délicatement sa chevelure. Et se réjouit de s’envoler fin août pour Samorin en Slovaquie, où elle participera aux championnats du monde, catégories solo, duo et groupe. «Ce sport me permet de me dépasser, d’aller au-delà de moi-même. Et puis j’aime être connectée aux autres personnes qui nagent avec moi.» 

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