8 novembre 2017

Joséphine Bailat, la cordonnière bien chaussée

A 28 ans, Joséphine Bailat est à la tête de la Nouvelle Cordonnerie du Pont-d’Arve. Un amour du cuir et de la chaussure qu’elle met au service des Genevois depuis plus d’un an.

Joséphine Bailat
Joséphine Bailat adore son métier et a déjà suscité des vocations.

C’est une petite cordonnerie au centre de Genève, où les chaussures abîmées attendent sagement d’être réparées. Derrière le comptoir, une jeune femme blonde en salopette grise s’affaire, embaumée par l’odeur du cuir et de la colle. Elle a ouvert la Nouvelle Cordonnerie du Pont-d’Arve en mai 2016, avec un associé, mais depuis quelques mois, la Genevoise est seule aux commandes. Et comment décide-t-on de devenir cordonnière? «J’avais commencé à étudier l’histoire de l’art et l’histoire générale à l’Université, raconte Joséphine, mais j’ai arrêté au bout d’un an. Je ne suis pas du tout scolaire et je déteste être coincée derrière un ordinateur. Je savais que je voulais faire un métier manuel, quelque chose d’utile et de concret. A l’époque, j’allais très souvent chez un cordonnier de mon quartier, et c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à ce métier.

Les odeurs, le fait de travailler un matériau noble comme le cuir et la convivialité de cette profession.

J’avais 20 ans et tout ça m’a donné très envie de me lancer. J’ai donc fait un apprentissage de trois ans, et après quelques années de salariat, je me suis embarquée dans l’aventure de la Nouvelle Cordonnerie.»

Avec le choix de ce nom, le message est clair: Joséphine et son employé, Charles, incarnent la relève. Un amour du métier et d’un savoir-faire quasi inchangé, transmis de génération en génération. Le tout saupoudré de modernité, puisqu’ils sont très actifs sur les réseaux sociaux.

Le goût des autres

Les clients de la petite cordonnerie passent et ne se ressemblent pas, et c’est justement cette diversité qui plaît à Joséphine. «Dans mon métier, le rapport avec les gens est très important. Je côtoie tout type de personnes et c’est super enrichissant. Je suis très proche de ma famille et je retrouve justement ce côté familial à la cordonnerie. Les amis passent pour un café, les commerçants du quartier nous saluent à travers la vitre: il y a une ambiance de quartier très conviviale.» Cette passionnée de chaussures et de baskets (elle en possède soixante) se nourrit donc des autres, mais aussi des difficultés inhérentes à son statut de jeune patronne. Un challenge auquel elle n’était pas vraiment préparée. «Mon associé et moi étions complémentaires, alors quand il est parti, j’ai vraiment flippé. Je me suis retrouvée seule à devoir gérer des choses que je connaissais pas et ça a été très difficile. Ça va mieux maintenant, même si cela reste un peu dur parfois. Mais grâce à tout ça, je suis devenue plus forte.»

Celle qui se voyait bien faire un huitante pour cent, avec des horaires fixes, ne reviendrait en arrière pour rien au monde et savoure le plaisir du temps passé dans son atelier. Certains de ses clients lui confient des chaussures pour lesquelles ils ont souvent un attachement émotionnel très fort.

Réparer plutôt que jeter

Ce sentiment d’être utile et de rendre service, c’est ce qui fait vibrer la jeune cordonnière et qui l’empêche de se projeter dans tout autre métier. D’ailleurs, n’a-t-elle pas peur que le sien disparaisse à terme? «C’est vrai qu’on est à une époque où l’on a davantage tendance à jeter qu’à réparer. Et c’est pour ça qu’il y a des personnes qui ne connaissent même pas le métier de cordonnier. Mais je constate que les mentalités sont en train de changer, que les gens commencent à réfléchir à un mode de consommation durable.»

A partir du moment où les gens achèteront moins mais mieux, ils comprendront ce que ma profession peut leur apporter.

Et cela peut même créer des vocations. «Un ami banquier s’achetait de très belles chaussures. A force d’aller chez le cordonnier, il a fini par lâcher son boulot et se lancer dans l’aventure. A 35 ans.» Un exemple parmi tant d’autres au sein des amis de Joséphine, en quête de sens.

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