11 juillet 2019

La pop iodée de Billie Bird

Portée par le succès de ses deux récents titres, la chanteuse à l’univers pop-folk marque un tournant en composant en français. Son timbre chaud et ses paroles entêtantes débarqueront bientôt sur la scène du Paléo Festival. 

Billie Bird a lancé son propre label de musique en 2018.

Un superbe piano à queue luit dans son ­petit studio de répétition à Lausanne, aux côtés de trois guitares et d’un ukulélé. Billie Bird, rouge à lèvres bordeaux et haut en velours, est dans son élément pour se prêter au jeu des confidences. La chanteuse à l’univers pop-folk se raconte,
le regard dans le vague et ce qu’il faut de pudeur pour vous faire vriller, comme sa musique. Parmi ses titres phares, La nuit et Les déferlantes sortis en 2018 dans un EP remarqué qui lui vaut alors une véritable reconnaissance. Elle y chante en français, un retour à sa langue maternelle pour celle qui avait jusque-là surtout composé en anglais. L’artiste de 33 ans ensorcelle. Voix chaude, textes puissants, pop iodée… Sa musique marque, tourmente, submerge. Une gifle, c’est l’effet qu’elle voulait, mime-t-elle en ­balayant sa main avant d’y ajouter un «vlan!», «pouf!» Pour Billie Bird, la musique est physique, épidermique. Rien d’étonnant si, à l’écoute des premières secondes de son titre La nuit, un frisson vous prend. Sur Spotify, c’est d’ailleurs sa composition la plus écoutée. Une réussite qu’elle est allée chercher loin, dans ses tripes.

Quand elle l’écrit et la compose, elle ne le sait pas encore, mais la force cathartique de l’écriture opère en elle. «La nuit parle de ­solitude», lance la Lausannoise. Un sentiment que celle qui ­s’appelle de son vrai nom Élodie Romain expérimente très tôt. À 9 ans, ses parents la placent en foyer à Lausanne. Elle y entre, sa première guitare entre les mains. L’instrument, qui a le goût de la consolation, ne la quittera plus. De ces dix années passées en institution, elle se rappelle une période «riche, hyper-instructive, mais aussi très désécurisante». La ­musique comme l’écriture ­deviennent alors un moyen «de ne pas rendre vaines mes luttes, nos luttes», confie Billie Bird. Sa chanson La nuit en est justement l’exemple. Les paroles se font l’écho de ses heures sombres et prennent pour elle une tournure libératrice: «Je me suis beaucoup dérobée à la solitude, mais à un moment donné, je ne pouvais plus. Cette chanson, c’est le moment où j’ai appris à être seule. Ça a été extrêmement difficile, mais aujourd’hui, c’est ce qui me permet de m’isoler trois jours pour composer et ne plus être dépendante des gens.»

Celle qui a longtemps lutté pour se construire une assise émotionnelle confie qu’à présent ça va mieux, beaucoup mieux même. Depuis 2018, Billie Bird a lancé son propre label et a décidé de quitter son poste d’enseignante pour se consacrer entièrement à sa carrière musicale. Un véritable tournant qui promet un rythme de production musicale plus intense que celui qu’elle a connu jusque-là. «Je ne suis pas un bulldozer, mais je pourrais bien le devenir», déclame-t-elle. Le jour où nous la rencontrons, elle enregistrait le matin même un nouveau titre dont elle ne nous dira pas grand-chose, il faudra attendre. Billie Bird est une perfectionniste, tout doit être impeccable avant qu’elle livre sa création au public. Il faut dire que derrière le tempérament vif et solaire de la Lausannoise aux origines franco-espagnoles se cache une nature un peu anxieuse. Et ce n’est pas pour rien si elle a choisi à 19 ans de prendre un nom d’artiste. «À l’époque, j’avais besoin de me distancer pour oser me lancer. C’est pour cela que j’ai choisi le nom de Billie Bird en référence à Isabella Lucie Bird, une exploratrice anglaise du XIXe siècle. Aujourd’hui c’est différent, je suis plus assumée, plus à l’aise avec ce que je fais. Peut-être même que je reviendrai un jour à mon vrai nom.» En attendant, c’est bien sous celui de Billie Bird que le public pourra la voir sur la scène du Paléo Festival le 23 juillet.

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