31 octobre 2017

Le retour aux sources de Marc Aymon

A la fois disque et livre illustré par Cosey, le nouveau projet de Marc Aymon baptisé «Ô bel été! Chansons éternelles» revisite avec fraîcheur le patrimoine chanté suisse.

marc aymon
Avec son dernier album, Marc Aymon aimerait inciter ses auditeurs à aller se balader dans la nature et à pousser la chansonnette.
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Rencontrer Marc Aymon a le don de vous mettre de bonne humeur et de vous faire croire en la bonté des hommes. Le sourire généreux, les yeux curieux et le verbe facile: le chanteur sait communiquer ses passions, sans tomber dans la promotion appuyée ou la démagogie simpliste. En deux temps, trois mouvements, il vous embarque dans son univers, actuellement teinté de chansons populaires issues du patrimoine suisse.

«Tout a commencé en 2015 lorsque je reprenais sur scène une sublime chanson datant de 1890 baptisée La délaissée. A la fin du concert, un couple est venu me voir pour me proposer un recueil ancien compilant différents titres», se souvient Marc Aymon.

Le musicien s’y plonge rapidement et découvre au travers des textes la vie de gens «très rock’n’roll» vivant leur destin intensément. «A l’époque, j’envisageais plutôt de faire un album avec des musiciens du Niger.»

Et puis j’ai fait connaissance avec ce patrimoine, le nôtre, et je me suis dit que c’était dommage de vouloir aller chercher à comprendre une culture lointaine alors que je ne connaissais même pas ce qu’il y avait devant ma porte.

Et de poursuivre: «Connaître le passé permet de mieux comprendre le présent et de construire l’avenir.»

Chantons tous ensemble

Marc Aymon n’est toutefois pas du genre à estimer que «c’était mieux avant». Les textes guerriers, nationalistes et religieux sont ainsi passés à la trappe au moment de la sélection. Pas question non plus de reprendre les chansons sans les mettre, musicalement du moins, au goût du jour. «J’ai eu envie de passer du popu à la pop.» Pour ce faire, Marc Aymon fait appel aux réalisateurs complices que sont Yann Arnaud et Frédéric Jaillard pour donner du peps à des mélodies qui en manquaient parfois.

Au risque de choquer? «J’ai pris soin de respecter les chansons et ai présenté les nouvelles versions aux ayants droit. A chaque fois, j’ai reçu un accueil bienveillant de leur part.»

Cliquez pour écouter des extraits de l'album «Ô bel été! Chansons éternelles»

Certains titres sont restés très naturels, accompagnés par des chœurs mixtes, d’hommes ou d’enfants. Sur d’autres, on reconnaît le timbre de la chanteuse lucernoise Heidi Happy, les cuivres du Valaisia Brass Band – l’un des meilleurs du monde – ou les notes pincées de hackbrett. Bref, on reste dans une parfaite suissitude musicale, d’autant plus qu’une partie de l’album a été enregistré à Saint-Luc (VS), dans le vieil hôtel Bella Tola, histoire de s’imprégner de la pureté des paysages alpins et d’une époque révolue.

Malgré tout, certains puristes pourront faire la moue en entendant l’hymne romand qu’est Le vieux chalet transformé en ballade ou Le retour de mai à la mode country.

Tant mieux si certains viennent me voir en me disant qu’ils préfèrent leur version. Je souhaite qu’ils la chantent.

Marc Aymon

«Le but de cet album est que l’on se retrouve, qu’on laisse les smartphones sur la table, qu’on parte en promenade dans la nature et que l’on chante ensemble.»

Pour faciliter l’échange, Marc Aymon a décidé d’accompagner son CD d’un livre-carnet de chants présentant les paroles et les partitions des quatorze titres sélectionnés ainsi que plusieurs compositeurs et paroliers. «Le destin d’Arthur Parchet est par exemple fascinant. Il a écrit plus de deux mille chansons mais passait pour fou. Je le tiens moi pour un génie, incompris.»

Cerise sur le gâteau, la publication est illustrée par Cosey. «Je voulais vraiment collaborer avec lui, car j’adore depuis toujours son travail. Il y a chez lui un côté très aquarellé et il dessine les plus belles montagnes.»

Pour la couverture, Cosey a peint un oiseau pépiant. Ce volatile, on le retrouve tout à la fin de la dernière piste du disque. «Il nous invite à prendre le temps d’écouter», commente le chanteur. Tout simplement.

Dans les écoles et la francophonie

A peine sorti, l’album Ô bel été! Chansons éternelles est déjà promis à un bel avenir. «Des hautes écoles pédagogiques sont en train d’élaborer un manuel reprenant les titres du CD. Il sera destiné aux écoliers.» Sur scène aussi, l’héritage chanté est appelé à connaître une seconde vie. «Nous prévoyons l’année prochaine de nombreuses dates en Suisse romande ainsi que dans toute la francophonie. J’ai envie d’aller chanter en Afrique par exemple et de montrer au public une Suisse curieuse, ouverte, dynamique, cultivée. Une Suisse qui chante et qui partage.»

En échange, Marc Aymon espère bien pouvoir apprendre à connaître le patrimoine musical des pays qu’il traversera. C’est que le chant ne transmet pas que des émotions. Il est également vecteur de savoirs et de traditions.

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