9 juillet 2020

Quand le parking devient salle de concert

Charmey accueillera, en première suisse, un «drive-in» dédié à la musique classique. Une idée aussi originale qu’innovante née de l’imagination de Marie-Claude Chappuis, directrice du Festival du Lied et mezzo-soprano à la carrière internationale.

Cette année, le Festival du Lied aura lieu à Charmey sur le modèle du «drive-in», une première en Suisse pour un événement de musique classique.
Cette année, le Festival du Lied aura lieu à Charmey sur le modèle du «drive-in», une première en Suisse pour un événement de musique classique.

Montreux, Nyon, Verbier, Lucerne: ces dernières semaines, les festivals ont l’un après l’autre annoncé qu’ils renonçaient à leur édition de 2020. Seule une poignée de manifestations résistent encore et parviennent à présenter une programmation estivale, quitte à devoir se réinventer. C’est le cas par exemple du Festival du Lied qui jouera du 25 au 31 juillet la carte du drive-in. «L’idée m’est venue en voyant des personnes se faire tester en toute sécurité au Covid-19 sans sortir de leur voiture. J’ai alors pensé que l’on pouvait transposer ce qui se fait déjà pour le cinéma à la musique», explique Marie-Claude Chappuis, la fondatrice et directrice du festival.

C’est sur le parking des remontées mécaniques de Charmey, avec les Préalpes fribourgeoises en toile de fond, que cette première suisse pour du classique se déroulera. Une centaine de places pourront accueillir autant de véhicules alors qu’une partie de l’espace sera réservée aux piétons. Pour assurer une bonne visibilité, les performances des artistes seront projetées sur un grand écran et une ­sonorisation assurera le confort d’écoute.

Par beau temps, il suffira de baisser sa fenêtre pour écouter les concerts; en cas de pluie, les festivaliers allumeront leur autoradio qui ­diffusera en direct le festival. «Je dois être honnête: ce ne sont pas des conditions idéales pour un partage d’âme à âme entre artistes et auditeurs et j’espère que la prochaine édition retrouvera un format plus classique. Mais pour moi, il était essentiel de pouvoir refaire vibrer la musique et d’inviter de grands musiciens et chanteurs, comme le flûtiste Maurice Steger ou la soprano Rachel Harnisch, à monter sur scène pour des prestations en live.»

À Charmey, le glamour et le chic des grandes soirées laissera place aux côtés ­ludiques et innovants. «Les spectateurs ­pourront être quatre par voiture et ne paient qu’un billet par véhicule. C’est avantageux pour les parents qui pourront venir avec leurs enfants et vivre ensemble une expérience inédite. De plus les concerts sont courts, ce qui ne devrait pas effrayer les plus réticents. Je suis sûre que ce concept permettra de rendre la culture plus accessible aux jeunes.» À ces soirées sur le parking s’ajoutera un festival off constitué de petits concerts gratuits donnés la journée en pleine nature.

Variations des genres

Côté programmation aussi, l’édition 2020 ­revoit quelque peu la formule. Ainsi, si tout continue à tourner autour du lied (ndlr. poème chanté à une ou plusieurs voix, avec ou sans accompagnement), danse, grands airs d’opéra et même chants traditionnels sont à l’affiche. «Brahms et Schumann ont écrit des lieder en s’inspirant de mélodies populaires. Le folklore y a donc toute sa place», précise Marie-Claude ­Chappuis, qui n’aime pas être enfermée dans un genre. Ainsi, tout au long de sa carrière qui l’a fait voyager de Berlin à ­Salzbourg, de Londres à Vienne, la mezzo-­soprano est passée de l’opéra à l’opérette, du chant sacré aux airs traditionnels. «Je ne suis pas une touche-à-tout, mais une passionnée par tout ce qui est beau. De plus, les styles se complètent: la théâtralité que l’on développe dans les opéras aide à l’interprétation d’un lied. Et l’art de la diction des textes d’un chant est précieux quand on chante un opéra.»

Preuve de l’étendue de son talent, Marie-Claude Chappuis a fait en 2017 ses débuts à la Scala de Milan – «un immense cadeau» – dans l’opéra Fierrabras de Schubert, tout en sortant quelques semaines plus tard, à la demande de Sony Classics, un CD baptisé Au cœur des Alpes qui regroupe vingt-cinq mélodies populaires, dont certaines sont yodlées.

«Le disque a connu un incroyable succès, en Suisse mais aussi en Allemagne et même en Australie. Ces mélodies rappellent l’enfance et réveillent des émotions enfouies. Sur l’un des titres, je chante avec ma mère. Je suis très reconnaissante de tout ce que m’ont offert mes parents. Ma première école musicale a été le chant populaire, avec eux.»

Avec Simonetta Sommaruga au piano

Lors du concert marquant le vernissage du CD à Gruyères, la mezzo-soprano a pu compter sur la présence de Simonetta Sommaruga. La conseillère fédérale a été si émue par la performance qu’une année plus tard, lors de son discours du 1er Août 2019, la socialiste a longuement évoqué le souvenir de cette ­soirée mémorable pour elle. Depuis, les deux femmes sont proches et il arrive que la conseillère fédérale accompagne Marie-Claude Chappuis au piano. «Cela m’honore énormément», reconnaît la mezzo-soprano, qui retrouve petit à petit la joie de vivre et l’optimisme qui font sa force.

«Le printemps a été très violent et chaque annulation de mes engagements m’a plongée dans une profonde tristesse. Mais aujour d’hui, l’organisation du festival et les retrouvailles avec mes amis artistes me ­procurent une grande joie», poursuit la Fribourgeoise qui se réjouit de ­remonter à nouveau sur scène, d’abord à Charmey, puis au Grand Théâtre de Genève la saison prochaine dans Didon et Enée. C’est que Marie-Claude Chappuis vit pour son art et a donné toute sa vie pour son métier. Surtout, elle connaît le pouvoir réconfortant que peut avoir un concert: «Vous savez, la musique et le chant peuvent être d’un très grand secours en cas de crise.»

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