31 octobre 2019

Mélodies hybrides

Dans «Les Volontés», la Neuchâteloise Olivia Pedroli métisse avec brio archives sonores, voix, piano et vidéos pour parler de transmission, d'héritage et de choix de vie.

Avec son nouveau spectacle, l'artiste concrétise son envie de travailler sur un format transdisciplinaire.
Avec son nouveau spectacle, l'artiste concrétise son envie de travailler sur un format transdisciplinaire.

Olivia Pedroli a le don de nous surprendre sans cesse. C’est à nouveau le cas avec sa toute dernière création, intitulée «Les Volontés», dans laquelle elle métisse pour la première fois audiovisuel, piano, voix et archives sonores. «J’avais envie de travailler sur un format transdisciplinaire, explique-t-elle. J’ai fait beaucoup de tournées, de CD, et je ressens de plus en plus le besoin de m’orienter vers des projets hybrides.»

On avait déjà pu remarquer ce processus de changement lors de ses productions «Préludes pour un loup», présentées en 2014 au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel, et «Uncertain Clarity», jouée au Théâtre Vidy-Lausanne en 2015. Elle y avait alors fait dialoguer différentes pièces de ses albums avec des extraits d’archives vidéo animalières.

«Mes parents sont biologistes, j’ai donc grandi dans un univers scientifique, nous apprend l’artiste neuchâteloise. J’aimais l’idée d’utiliser des archives constituées dans un but de recherche, sans vision esthétique: cela apporte un côté cru que je trouve très beau et que je peux utiliser de manière poétique.»

Des extraits symboliquement forts

Cette fois-ci, c’est l’archive sonore qui est reine, avec différents extraits traitant des thématiques de l'héritage, de la transmission et du choix de vie. «L’élément déclencheur de ce spectacle est lié à une histoire personnelle, raconte Olivia Pedroli. Lorsque mon grand-père, qui était avocat-juriste, est décédé, j’ai conservé son dictaphone. C’est un objet que j’aimais bien, il y dictait sa correspondance et avait ensuite gardé l’habitude de s’enregistrer à la retraite. Je l’ai mis dans un tiroir et n’y ai plus pensé durant trois ans, jusqu’à ce que je le ressorte pour l’utiliser lors de certaines recherches. En l’enclenchant, j’ai entendu sa voix, que je n’ai pas reconnue tout de suite, car il avait endossé son manteau d’avocat: il avait dicté son testament…»

Touchée par l’ambivalence entre cette voix docte et le «grand acte d’amour que représente le fait que le grand-père, soucieux que tout se passe bien lors de la répartition de son héritage, ait enregistré ainsi ses dernières volontés à la virgule près», la compositrice et chanteuse décide d’utiliser ce document. Avant d’y adjoindre d’autres extraits sonores qui l’ont «percutée et ont une empreinte symbolique forte»: un enregistrement de la conversation du conducteur de train espagnol avec la centrale, juste après l’accident de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013. Des extraits d’une lecture-performance de l’auteur et poète espagnol Federico García Lorca, qui aborde cette force étrange qu’est le duende. Un extrait d’un discours du célèbre physicien Stephen Hawking, mettant en garde contre l’intelligence artificielle. «Ces archives parlent toutes de ce qui fait de nous des êtres humains évoluant dans un monde numérisé, souligne la multi-instrumentiste. Je ne suis pas là pour faire la morale, mais pour poser des questions: de quelle manière transmet-on? Comment choisit-on d’être présent dans nos vies et celles des autres? Et qu’est-ce qui fait que c’est encore utile d’être là?»

À travers le temps

Pour ancrer ces messages, elle a décidé d’y adjoindre des vidéos rythmiques ainsi que trois dimensions scénographiques, symbolisant la traversée du temps: «Le piano à queue représente le passé, les synthétiseurs analogiques, la transition entre l’organique et la robotique, et enfin, je fais un dialogue entre ma voix chantée et une voix que je pilote avec des capteurs. On est ainsi de plus en plus hors sol.»

Afin d’aboutir à une homogénéité parfaite pour son spectacle, elle a fait appel à la chorégraphe Nicole Seiler, «pour analyser ma présence sur scène». Robert Torche s’est chargé de la création sonore et Stéphane Gattoni de la régie générale et des lumières. «On est une petite équipe, mais on est tous très impliqués dans le processus créatif, souligne ainsi Olivia Pedroli. Je veux que les spectateurs sentent que la démarche est sincère et qu’ils puissent ensuite faire un bout de chemin avec moi.» Pour les y aider, et en guise de transmission personnelle, elle a prévu de leur offrir un cadeau: une petite publication qui contient tous les extraits de textes présentés.

«Les Volontés»: du 12 au 16 novembre 2019 au Théâtre Vidy-Lausanne .

Informations supplémentaires disponibles sur le site d' Olivia Pedroli

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