25 juin 2020

Réinventer la roue

À 25 ans, le Blonaysan Pierre Sturny est multiple champion du monde de monocycle. Il met tout en œuvre pour populariser son sport favori, via des cours, des démonstrations sur les quais et des tutoriels.

Lorsqu’il s’entraîne sur les bords du lac Léman avec son monocycle, Pierre Sturny ne passe pas inaperçu.
Lorsqu’il s’entraîne sur les bords du lac Léman avec son monocycle, Pierre Sturny ne passe pas inaperçu.

Avec son air serein et sa moustache discrète, Pierre Sturny cache bien son jeu: qui pourrait en effet penser qu’il est multiple champion du monde de monocycle? Et qu’il est ainsi capable, sans élan, de s’envoler littéralement au-dessus d’une rangée d’escaliers, ou de sautiller gaiement d'un rocher à l’autre au bord du lac Léman? Si vous avez l’habitude d’arpenter les quais de Vevey, vous l’avez sans doute déjà vu. «On s'y retrouve entre copains tous les week-ends, nous confie-t-il. On a deux ou trois petits spots qui présentent différents types d’obstacles, c’est vraiment idéal pour faire découvrir le monocycle aux gens. Il y a d’ailleurs toujours plein de monde qui vient nous poser des questions!»

Un sport à part entière

S’il y a bien quelque chose qui perturbe un peu sa zénitude,néanmoins, c’est le fait que le public continue à associer cette discipline au monde du cirque. «En réalité, c’est un sport très complet, qui fait travailler tout le corps. Il existe beaucoup de disciplines différentes. Avec les années, je me suis spécialisé dans deux d’entre elles: le flat, qui permet d’enchaîner des figures sur un sol plat, et le trial, où on franchit toutes sortes d’obstacles. Mais il existe aussi le saut en hauteur et en longueur, le monocycle de vitesse et le Muni (monocycle tout-terrain).» En effet, après un peu de monocycle de vitesse, le jeune homme s’est consacré uniquement au flat et au trial et a commencé à accumuler les médailles, que ce soit aux Championnats du monde en Italie en 2012, au Canada en 2014, en Espagne en 2016 et en Corée en 2018, ou encore aux Championnats d’Europe. «C’est vrai. J’ai gagné pas mal de médailles et de coupes un peu partout, confirme-t-il, gêné, avec un haussement d’épaules. Elles étaient exposées dans ma chambre pendant de nombreuses années, mais j’ai fait de l’ordre et je laisse tout dans un carton, maintenant.» Ce qui lui importe davantage, c’est qu’il a ainsi «pu rencontrer des gens qu’il admire beaucoup». Et que, «comme il n’y a pas d’argent dans ces compétitions, il y a une bonne ambiance: tout le monde est là pour la même passion, on s’entraide, c’est ça qui est essentiel».

Rochers ou barrière, tout obstacle est intéressant!

Tutoriels en duo

C’est d’ailleurs ce même esprit de solidarité sportive qui lui a donné envie de proposer des cours à Blonay, aux passionnés âgés de 9 ans et plus. Et, juste avant le confinement, de commencer à présenter différents tutoriels avec un copain: «J’aurais bien voulu aussi avoir quelques conseils à l’époque, car c’est important d’avoir de bonnes bases. Et on a réalisé qu’il n’existe aucun tutoriel en français, tous sont en anglais. J’essaie de rendre le monocycle plus populaire par le biais des réseaux sociaux. En Allemagne, ils apprennent la discipline dans certaines écoles, et la pratique est même obligatoire dans certains établissements scolaires en Corée, car des études prouvent qu'elle est bonne pour le cerveau et la coordination.»

Une question de persévérance

Leurs premiers tutos expliquent ainsi comment rouler, puis le duo passera à la présentation de sauts. «C’est un sport qui a l’avantage d’être accessible à tout le monde, il n’y a même pas besoin d’avoir du matériel haut de gamme pour commencer, on trouve facilement de bonnes occasions pour pas grand-chose sur internet. Il s’agit juste d’oser se lancer, puis d’être persévérant pour apprendre à rouler… Ça prend en général une petite semaine pour être à l’aise, parfois un peu plus. Il faut aussi accepter de tomber, parce que ça arrive souvent! Mais vu qu’on ne va pas à la même vitesse qu’un vélo et qu’il n’y a pas de guidon pour nous gêner, c’est plus facile à gérer.»

Pour sa part, il avoue ne pas avoir eu immédiatement le coup de foudre pour l’agile engin. «Enfant, j'étais totalement passionné par les trains. Je suis d’ailleurs polymécanicien spécialisé dans la pneumatique ferroviaire au MOB. Je travaille à 80%, ce qui me laisse un temps appréciable pour faire du monocycle.» C’est d'abord sa sœur, puis son père, qui en ont été mordus, avant que l’un de ses amis l’initie à son tour en 2007. «Ma sœur en a fait quelques années, puis a arrêté, mais mon père continue, il a même fait deux marathons organisés dans le cadre des Championnats du monde.» Lui est resté accro à «ce sport qu’on peut pratiquer partout, sans avoir besoin d’espace particulier».

Pas de limites

Chanceux, il dispose toutefois maintenant d’un terrain avec son équipe, mis à disposition grâce à la commune de Saint-Légier et qui lui permet de construire des obstacles et de s’entraîner avec ses élèves et amis.

Le plus difficile dans cette discipline, selon lui? «Garder l’équilibre sur les barrières! Cela exige beaucoup de persévérance et d’entraînement.  Mais ce qui est fabuleux avec le monocycle, c’est qu’il n’y a aucune limite: même après treize ans de pratique, j'apprends tous les jours quelque chose de nouveau, que ce soit une figure ou une combinaison. Cela exige de la créativité, qui permet de se démarquer ensuite lors des championnats.» Jamais lassé, le jeune homme a d’ailleurs décidé de partir à vélo sur les routes avec un ami, cet été. «On ira en Grèce, en revenant par l’Italie. Je prendrai mon monocycle sur le porte-bagages, cela me permettra de m’entraîner dans des endroits magnifiques et de trouver de nouveaux obstacles.»

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Le vélo, grand gagnant de la crise

Athlètes sur la touche

Sur les chemins, à bicyclette

«Le sport est un moyen de rebondir dans la vie»