21 février 2019

Sous les masques, la liberté

Ils sont fous de carnaval. Que ce soit à Évolène, à Monthey, au Noirmont, ou ailleurs dans le monde. Ce qui leur plaît avant tout dans cette fête? Se déguiser! Car bien cachés derrière leur costume, tout leur est permis... l’espace de quelques jours.

L'empaillé, la Marie et la peluche. Un trio incontournable du carnaval d'Evolène.
Temps de lecture 7 minutes

Les peluches

«À Évolène, le carnaval c’est à la fois une tradition séculaire et un point d’ancrage qui rassemble les jeunes. Les peluches sont de sortie dès le 6 janvier, chaque week-end jusqu’à la semaine de carnaval, avec des soirées à thème dans les établissements publics. Pour les masques, il y a quelques sculpteurs talentueux dans la région. Les peaux, on les obtient auprès des chasseurs du coin et dans un abattoir à Sierre. Ce sont généralement des peaux de chamois, de moutons, de renards ou de boucs noirs et blancs du Haut-Valais... Le but, c’est d’aller chasser les mauvais esprits à coups de bâton et de sonnettes qui caractérisent l’hiver, les maladies. C’est une tradition plus ou moins païenne. Pour les gens qui passent juste à côté, cela peut être assez effrayant. On va les taquiner de manière un peu espiègle.»  

Anonyme, 21 ans, étudiant en ingénierie du bois, Évolène (VS)

Les Marie

«Les Marie sont de sortie le samedi de carnaval. À l’origine, tout est parti d’une dame d’ici, un vrai phénomène qui s’appelait Marie. Ce qui est magique, c’est que tu peux dire que des conneries, mais t’es pas là pour faire peur, c’est plus le principe de chasser les esprits. On arrête les gens, on leur tient des théories de vieille commère sur eux-mêmes, sur les autres, sur ce qui se passe au village. Avec les touristes, on fait un peu les«chaudasses». Les Marie, ce sont toujours des hommes qui se travestissent, c’est plus rigolo. Elles portent le costume traditionnel des femmes d’ici, avec le chapeau, et on rajoute une chambre à air. À 23 ans, je suis le plus jeune des Marie. On n’est pas nombreux à les faire. Quelqu’un qui n’est pas très avenant, un peu timide, il ne peut pas faire ça: il faut débiter tout le temps.»

Anonyme, 23 ans, charpentier, Évolène (VS)

Les empaillés

«Avant, je faisais les peluches. C’est depuis l’année dernière que je me déguise en empaillé. Ça m’a tout de suite plu. Peluches et empaillés, c’est vraiment différent. Déjà, pour les empaillés, il faut être plusieurs pour se préparer parce qu’on n’arrive pas à faire tout seul la partie du haut. Et les masques sont différents: pour les peluches, c’est plutôt des animaux, pour les empaillés, des démons ou des êtres humains. Dans un empaillé, il y a en principe 30 kilos de paille, c’est vraiment que pour les hommes, même si personne n’interdirait à une femme de le faire. Les filles participent comme peluches en général le lundi de carnaval. Pour les empaillés, cela se passe le dimanche de carnaval après la sortie de la messe. Le but c’est d’embêter avec un balai les gens croisés dans la rue. Ce que ça m’apporte? Du plaisir!»

Anonyme, 17 ans, apprenti mécanicien poids lourds, Évolène (VS)

Le meneur de Sauvages

«La horde de Sauvages est constituée de quinze hommes du village. Pour en faire partie, il faut être un membre actif du comité de carnaval. Moi, j’y suis depuis seize ans. Chaque année, nous confectionnons nos costumes avec des branches de sapin et des objets récoltés en forêt. Les Sauvages sortent du bois la dernière nuit de pleine lune avant carnaval. En enfilant le costume et en se noircissant le visage, on devient un autre, on entre en transe, en Carimentran pour fondre sur le village et chasser les jeunes filles, les Baichattes comme on dit. Une fois qu’on a capturé une «connue», on lui noircit le visage, on la fouette et on la jette dans la fontaine. Aujourd’hui, on continue de faire honneur à la tradition, mais avec plus de douceur (l’eau de la fontaine, par exemple, est tempérée) et uniquement avec des demoiselles consentantes. À la fin, on s’empare des clés de la commune pour régner en maîtres sur Le Noirmont jusqu’au mercredi des Cendres.»

Stéphane Bourquenez, 39 ans, employé de commerce, Le Noirmont (JU)

Le Baitchaiteur en chef

«Cette année, ça sera mon 28e Baitchai, je n’en ai jamais loupé un! D’ailleurs, je me suis rapidement retrouvé au comité et j’en suis même le président depuis 2005. C’est important de faire vivre cette tradition, l’une des plus vieilles des Franches-Montagnes. Selon la coutume, la nuit du lundi au Mardi gras, les Baitchaiteurs, en chemises blanches (les nôtres sont à carreaux), font un monstre bruit avec des instruments hétéroclites pour chasser les mauvais esprits.Toute la nuit, on arpente les rues en s’arrêtant devant chaque maison et en faisant un boucan d’enfer. La journée, on fait la tournée des écoles et des entreprises. Notre périple se termine avec l'ouverture du bal le mardi soir. On est une septantaine au départ et encore une trentaine à l’arrivée. Dans le passé, le Baitchai était réservé aux garçons célibataires, mais nous avons fait une entorse à cette règle puisque les filles sont désormais admises parmi nous. En revanche, au comité, on préfère rester entre hommes…» 

Thierry Tomasina, 44 ans, technicien qualité, Le Noirmont (JU)

La belle de Rio

«Je suis Carioca, ça veut dire que je suis née à Rio de Janeiro. Le carnaval, j’y baigne donc depuis mon enfance, c’est ma vie! C’est pour cela que je mets tant d’énergie dans cette activité et que je n’hésite pas à m’offrir des costumes confectionnés sur mesure en fonction des thèmes du carnaval. Cette année, du 1er au 3 mars, je vais aller défiler avec trois ou quatre écoles différentes. Et je suis particulièrement fière d’avoir une position importante, dominante au sein de l’école «Unidos de Vila Isabel», puisque je figurerai sur le deuxième char. Je partirai au Brésil en avance pour participer aux répétitions. Défiler en hauts talons, au rythme de la samba, le long des 800 m du fameux sambodrome Marquês de Sapucaí, c’est assez physique. Mais je ne sens jamais la fatigue parce que je m’entraîne toute l’année, que je fais attention à mon alimentation et surtout parce que je danse avec le cœur et dans l’allégresse.»

Solenmira Munford, entre 48 et 52 ans («Ça ne se fait pas de demander son âge à une Brésilienne»), aide-soignante, Montreux (VD)

La romantique de Venise

«J’ai découvert le Carnaval de Venise avec mes trois filles en 2009 et nous avons trouvé ça tellement extraordinaire que nous avons décidé d’y retourner en faisant nos propres costumes! Depuis 2011, nous créons donc pour chaque édition une nouvelle tenue allégorique. On choisit les tissus, on customise les chaussures, on transforme les tapis de gym en chapeaux extravagants et les tringles à rideaux en sceptres étincelants. Je ne suis ni couturière ni douée en dessin, mais j’ai plein d’idées dans la tête. Je cherche des techniques sur internet et je me lance! Le Carnaval de Venise ne ressemble à aucun autre, il est vraiment poétique, mystérieux et élégant. La règle veut que, sous le masque, on ne doive ni parler ni laisser apparaître le plus petit bout de peau… On aime y aller pour déambuler lentement dans les ruelles et voir les yeux des gens qui brillent. C’est devenu une passion et un projet d’équipe. J’y ai entraîné une classe et plein d’amis, qui font désormais partie de l’association Objectif Carnaval de Venise. Le temps de rajouter encore une pression sur un costume et nous sommes prêts!»

Nathalie Vial-Héritier, 53 ans, enseignante, Saint-Prex (VD)

Les cradzets

La Guggen nommée Les Cradzets et sa trentaine de membres adore écumer ensemble les carnavals de la région d’Yverdon. «Quand on commence la Guggen, on ne connaît pas forcément tout le monde, mais ces inconnus deviennent notre famille de cœur très rapidement», lance Aurélie Pichonnat, joueuse d’euphonium. «On y trouve toutes les générations», poursuit Julie Quartier, adepte de la lyre. «Pour rejoindre cette joyeuse tribu, pas besoin de savoir forcément jouer d’un instrument», explique Mathieu Mayland, joueur de sousaphone. Côté répertoire, «nous avons une trentaine de morceaux traditionnels et plus modernes», précise Marie-Claude Turin, présidente de la Guggen créée il y a 17 ans. Leur prochain rendez-vous? Le Carnaval de Saint-Maurice début mars. 

Aurélie Pichonnat, 26 ans, Mathieu Mayland, 32 ans, Marie-Claude Turin, 54 ans, et Julie Quartier, 26 ans, Yverdon (VD)

La princesse et sa miss

«Le carnaval, je l’ai fait d’abord comme gamine, se souvient Rosy Motolla. On y retrouve tout l’esprit montheysan. C’est bon enfant, sympa. Je fais partie des commissaires qui s’occupent des guggenmusiks, je consacre deux jours du carnaval à ça, du samedi midi au dimanche soir. Je tiens aussi le bar de la société de gym de Monthey pendant le carnaval. Même si ça a un peu changé ces dix dernières années. Il n’y a plus les mêmes personnes, beaucoup de gens viennent de l’extérieur, surtout des jeunes, qui convergent vers Monthey. Bon, j’ai l’âge que j’ai, certains soirs je me sens un peu le dinosaure de la fête. Avoir été désignée Princesse du carnaval 2018, c’était incroyable, j’étais à deux doigts de dire non, je trouvais que c’était trop d’honneur. Le prince, ou la princesse, a toujours deux miss, élues en même temps, le vendredi, Miss Carnaval et Miss Pimponicaille. Le «Pimponicaille», c’est le lundi, le soir du carnaval montheysan par excellence».

Rosy Motolla, 59 ans, secrétaire médicale, avec sa Miss Pimponicaille, Christelle Morena, 18 ans, Monthey(VS) 

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