7 septembre 2018

Prêtres pédophiles: la prévention attendra

Après des siècles de silence, la Conférence des évêques suisses instaure l’obligation de dénoncer à la justice les prêtres pédophiles. Une annonce sur des mesures de prévention préconisées par certains de ses experts était attendue. Elle n’a pas eu lieu.

prêtres pédophiles
Le célibat des prêtres est souvent mis en cause dans les affaires de pédophilie au sein de l’Église. (Photo: Getty Images)
Temps de lecture 5 minutes

Cela ressemble à une litanie sans fin. Les cas d’abus sexuels dans l’Église catholique font l’actualité à un rythme qui peut sembler infernal, partout dans le monde. États-Unis, France, Irlande, Chili, pour ne parler que de ces dernières semaines. Les critiques sur une inertie, une volonté de silence et une pratique de non-dénonciation de la part de la hiérarchie ont fini par atteindre le pape François lui-même. En France, le cardinal Barbarin, primat des Gaules, longtemps «papabile», est dans la tourmente, accusé d’avoir couvert des agissements pédophiles. «Rappelle-toi, Barbarin» titrait il y a deux ans déjà le quotidien Libération.

En Suisse, un tournant a eu lieu en 2010, avec la première reconnaissance officielle d’une responsabilité morale de l’Église, à travers une déclaration de la Conférence des évêques: «Nous avouons humblement avoir sous-estimé l’ampleur de la situation», disaient notamment les prélats qui, dans la foulée, donnaient des chiffres: 104 victimes et 72 auteurs d’abus sexuels depuis 1950. S’ensuivirent des processus d’indemnisations financières ainsi que des appels aux victimes à se faire connaître. En 2016, le président de la Conférence, Mgr Charles Morerod, parlait d’une «grande faute révélée à notre époque dans l’Église».

Aujourd’hui, la même Conférence des évêques, qui s’est réunie la semaine dernière, a réitéré sa volonté de durcir dans ses directives l’obligation de dénoncer les cas à la justice. Certains de ses experts préconisaient aussi des mesures de prévention, comme des cours obligatoires lors de la formation. Voire, pour les nouveaux prêtres, une évaluation de leur rapport à la sexualité, ainsi qu’un suivi psychologique tout au long de leur carrière. Il n’en a pourtant pas été question. Ce n’est sans doute que partie remise, si l’on partage le pessimisme de Mgr Morerod: «Malheureusement, la pédophilie sera toujours d’actualité. C’est une illusion de croire qu’elle disparaîtra complètement de l’Église.»

Que pensez-vous de la décision de la Conférence des évêques suisses d'instaurer l’obligation de dénoncer à la justice les prêtres pédophiles?

«L’Église doit prendre ses responsabilités»

Sylvie Perrinjaquet, présidente de la CECAR (Commission Écoute Conciliation Arbitrage Réparation) 

Comment jugez-vous l’attitude de l’Église s’agissant de la prévention des abus sexuels commis par des prêtres? 

Dans le cadre des discussions que nous avons eues avec ses représentants entre 2016 et aujourd’hui, nous avons en tout cas constaté une volonté de trouver des solutions, notamment dans la formation des jeunes séminaristes s’apprêtant à entrer dans les ordres. Avec des contenus de cours qui n’existaient pas jusqu’ici et qu’ils doivent mettre en place.  

Le principe vous semble juste?

Non seulement juste, mais indispensable, si l’Église veut que les croyants, les chrétiens continuent de croire en elle, continuent d’avoir confiance. Je serais même tentée de dire qu’il faudrait ensuite, une fois qu’ils ont un ministère, mettre en place un système de supervision. J’ai été présidente de la Fédération catholique romaine de Neuchâtel et j’ai pu constater que les prêtres souvent étaient très seuls dans leur ministère. Avec le poids à porter d’énormément de confessions, de choses qui leur sont dites, et personne à qui en parler.

Dans le public, la réaction en général est de mettre en cause le célibat des prêtres. Qu’en pensez-vous?

C’est évidemment à l’Église d’y réfléchir, c’est à elle de se poser la question. Nous nous sommes demandé de notre côté si effectivement, en raison du célibat, elle n’attirait pas des personnes avec des déviances pédophiles, pensant que là elles seraient «protégées». Nous n’avons pas la réponse. C’est à l’Église de la trouver et de mettre en place des processus pour que ça s’arrête. Je considère que les victimes doivent être entendues qu’elles doivent avoir réparation, et que l’Église doit prendre ses responsabilités.

Comment expliquez-vous l’augmentation importante du nombre de cas d’abus sexuels dans l’Église révélés en Suisse en 2017?

Cela tient déjà au fait que ce genre d’affaires soient aujourd’hui médiatisées. Les commissions diocésaines mises en place pour les traiter n’existent pas depuis des années. C’est maintenant que des victimes se lancent dans un processus personnel, se demandant si elles veulent ou pas ouvrir des démarches qui vont les confronter à nouveau à ce qu’elles ont vécu. C’est dans ce contexte je pense que l’on assiste à une augmentation du nombre de victimes qui désirent une réparation et une reconnaissance de la part de l’Église pour ce qui s’est passé lorsqu’elles étaient jeunes.

Quel est exactement le rôle de cette commission que vous présidez?

La CECAR a comme objectif d’accueillir les victimes d’abus sexuels dans l’Église pour des cas prescrits. En particulier des victimes qui ne veulent pas avoir de contact avec l’Église, qui ne veulent pas passer par les commissions diocésaines et qui souhaitent une entité neutre et indépendante pour traiter de leur situation. La CECAR est le résultat de travaux qui ont été démarrés par le groupe SAPEC, l’association des victimes.

Comment se passent les procédures d’indemnisation?

Les victimes sont reçues par des comités de trois personnes, en règle générale mixtes, avec des profils différents – juridique, psy, médiateur. Elles viennent expliquer, raconter, pièces à l’appui, ce qui leur est arrivé. Au terme des auditions, ces personnes indiquent ce qu’elles désirent. Certaines demandent une indemnisation financière. D’autres demandent à rencontrer leur abuseur, d'autres encore la congrégation de l’abuseur. Les démarches sont différentes, mais toutes les victimes ont connu après avoir été abusées des vies compliquées.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Solidarité Jouets

La deuxième vie des jouets

Informationen zum Author

enfant confiance

Aider son enfant à avoir confiance en lui

Pascal Roman

«Pas besoin d’avoir un QI au-dessus de 130 pour réussir sa vie!»

Illustration humoristique d'un enfant demandant à être encouragé.

Mon enfant se sent nul