23 mars 2018

Le burn-out guette les profs

Les enseignants n'en peuvent plus! Selon une enquête, leur état d'épuisement a augmenté au cours des cinq dernières années. Les syndicats tirent la sonnette d'alarme.

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Près de deux tiers des enseignants constatent que leur santé se dégrade. (Photo: iStock)

Laissez les enseignant-e-s enseigner! C’est sous cette interpellation que la commission «Formation, éducation et recherche» du Syndicat des services publics (SSP) a lancé, le week-end dernier à Neuchâtel, une pétition pour améliorer les conditions de travail des professeurs. Parmi les principales revendications: une diminution des effectifs des classes, un allègement du travail administratif et une meilleure reconnaissance du métier.

Rappelons qu’une enquête menée en 2017 par l’Institut universitaire romand de santé au travail, sur un mandat du Syndicat des enseignants romands (SER), pointait du doigt une augmentation alarmante de l’état d’épuisement dans la profession. «Près de deux tiers des enseignants constatent que leur santé se dégrade au fur et à mesure de l’année scolaire, déplore Samuel Rohrbach, président du SER. Ils ont le sentiment de devoir tenir le coup et, bien souvent, ils ne tombent malades que pendant leurs vacances. Il est donc urgent d’agir, d’autant qu’au final, ce sont aussi les élèves qui pâtissent de la situation. Investir dans la santé des enseignants entraînera une amélioration de la formation que nous leur dispensons.»

Le message est d’ores et déjà passé auprès de la Conférence inter­cantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), interpellée l’an dernier: «Les autorités concernées sont conscientes du problème et sont prêtes à agir en conséquence, se réjouit Samuel Rohrbach. Mais tout ne va pas changer en un claquement de doigts.»

Les enseignants sont davantage sujets au burn-out qu'avant. Quelle en est la cause selon vous?

Stéphane Quarroz: «Les enseignants ont le sentiment d’être plus épuisés qu’avant»

Stéphane Quarroz psychologue à l’Institut universitaire romand de santé au travail, co-auteur d’une enquête sur la santé des enseignants en Suisse romande.

Doit-on vraiment s’inquiéter de l’état de santé des enseignants?

Oui. Et pas seulement de celle des enseignants. Le problème doit être pris au sérieux dans tous les domaines professionnels, tout simplement parce qu’un collaborateur en bonne santé est plus motivé et plus performant. L’absentéisme s’en trouve réduit. La particularité, avec le milieu scolaire, c’est qu’au bout de la chaîne, ce sont les élèves qui trinquent: un prof en mauvaise santé délivre un enseignement de moins bonne qualité. On a donc tout intérêt à agir.

Les enseignants sont-ils réellement davantage sujets au burn-out qu’avant?

Il est difficile de répondre à cette question, les acteurs de la santé n’étant pas toujours en phase avec la définition du burn-out, qui n’est d'ailleurs pas répertorié dans la classification des maladies mentales. Les statistiques font donc défaut. Une chose est sûre: l’enquête que nous avons menée auprès des enseignants romands a montré qu’ils ont le sentiment d’être de plus en plus épuisés au fil de leur carrière. Plus de 60% d’entre eux estiment que leur état de santé s’est dégradé au cours des cinq dernières années.

Comment expliquer cette évolution?

Le métier est devenu plus contraignant. Au cours des dernières années, les enseignants ont dû intégrer un grand nombre de réformes. Aujourd’hui, ils doivent souvent gérer des classes plus nombreuses et plus hétérogènes, intégrant de plus en plus d’élèves atteints de troubles «dys» (dyscalculie, dyslexie, etc.) ou du comportement. Ils doivent donc constamment adapter leur enseignement, sans avoir forcément reçu une formation adéquate, ce qui leur coûte davantage d’énergie. Par ailleurs, leur charge administrative a aussi augmenté et ils doivent composer avec des parents de plus en plus revendicateurs, un élément parmi d’autres qui rend la fonction d’enseignant moins respectée que par le passé.

Ce manque de reconnaissance peut-il également expliquer le sentiment d’épuisement?

Oui, surtout si l’on s’en réfère au modèle effort-récompense de Johannes Siegrist, l’un des plus utilisés pour comprendre les mécanismes de stress au travail. Le bien-être d’un salarié dépend d’un bon équilibre entre les efforts fournis dans le cadre de sa fonction et les récompenses reçues, qu’elles soient salariales ou psychologiques. Or, on en demande toujours davantage aux enseignants et en parallèle, la reconnaissance de leur métier tend à baisser. Ce déséquilibre peut entraîner à terme des réactions pathologiques sur les plans émotionnels et physiologiques.

Cette tendance à l’épuisement professionnel n’est -elle pas généralisée à l’ensemble de notre société?

Tout à fait. Ce phénomène s’explique par l’économie actuelle, mais également par l’avènement des nouvelles technologies: de plus en plus, nous devons être constamment disponibles. Les frontières entre vie privée et vie professionnelle s’amenuisent. Cela dit, certaines professions sont plus à risque, notamment celles dont la composante relationnelle est importante: cela concerne les enseignants, mais aussi le personnel soignant.

Quelles mesures pourraient être prises pour rendre la tâche des enseignants moins contraignante?

Idéalement, il faudrait créer des espaces de discussion entre ceux qui sont sur le terrain, c’est-à-dire les enseignants, et les autorités qui prennent les décisions, afin de mieux identifier les difficultés rencontrées ainsi que les ressources disponibles pour y faire face, et de réfléchir à l’élaboration de solutions adéquates. Souvent, il peut s’agir tout simplement de diminuer les contraintes. Ainsi, la balance pourra être rétablie.

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