14 septembre 2017

Quand l’eau du glacier se fait bisse

Construit sur le tracé de la voie ferrée autrefois utilisée pour acheminer la glace du glacier du Trient jusqu’au col de la Forclaz (VS), le cours d’eau offre un panorama unique accessible aux petits et aux grands.

le glacier du Trient
Au loin, le glacier du Trient d’où découle le bisse.

De son ancienne activité de convoyeur, il ne reste plus qu’un vieux wagon de bois et un tronçon de rails. C’était jadis, quand le tracé où coule aujourd’hui le bisse du Trient servait à amener la glace par blocs jusqu’à Marseille et à Paris pour rafraîchir les denrées des brasseries et les bouteilles de champagne de la clientèle huppée des palaces.

Un temps où le frigo n’existait pas et où la glace ne fondait pas si vite... Cette route du froid s’est depuis transformée en eau vive grâce au travail des agriculteurs qui ont dompté l’eau du glacier pour irriguer les prairies et les vignes de la combe de Martigny. Nous sommes en 1895 et le bisse du Trient remplace alors les rails.

Le Chalet du Glacier, avec ses spécialités valaisannes alléchantes, permet de refaire le plein d’énergie après cette magnifique randonnée.

Un siècle et deux décennies plus tard, nous voilà au départ de ce tracé, le plus méridional du Valais, devenu attraction touristique depuis sa remise en service en 1986. Des cars aux plaques espagnoles garés dans le contour du col de la Forclaz et des bribes d’anglais glanées dans l’air frais du matin témoignent de son succès bien au-delà de la vallée.

Un glacier peut en cacher un autre

Le sentier offre une vue magnifique sur les divers glaciers de la région.

Sous un ciel bleu digne d’une carte postale, on s’élance à la suite des randonneurs. Le panneau jaune des sentiers pédestres indique la direction du Chalet du Glacier, ou la buvette, comme on l’appelle dans le coin, à cinquante minutes de là. Quelques toupins accrochés au cou de vaches Holstein en train de paître plus haut sur le coteau sonnent le départ.

Notre guide, Paul Gay-Crosier, responsable des sentiers pédestres pour la commune, connaît le coin comme sa poche.

Le large chemin de terre sur lequel nous nous engageons vire rapidement sur la gauche et nous quittons le replat du col de la Forclaz pour nous diriger vers le glacier. Le tracé alternant passages ombragés et ensoleillés au rythme des mélèzes et des épicéas qui jalonnent la route et des bouquets d’épilobes qui maculent les abords de mauve. Sur la gauche, le regard est immanquablement attiré par la seule cime enneigée au milieu des sommets verdis par les beaux jours: un premier glacier se détache sur un fond bleu impeccable. Ce n’est pas encore le Trient mais celui des Grands, fait remarquer Paul Gay-Crosier, responsable des sentiers pédestres pour la commune et enfant du pays.

Deux glaciers pour le prix d’un en moins d’une heure de marche et un panorama digne de la haute montagne ont fait de cette destination l’une des courses les plus prisées des écoles de Suisse romande, se rappelle notre guide qui a été à la tête du Cycle d’orientation de Martigny. Gamin, il se rendait régulièrement au pied de la montagne toucher la glace. Mais, ajoute-il en soupirant,

aujourd’hui, ce n’est plus possible, car le glacier a subi une sévère cure d’amaigrissement.

Aux petits soins pour le bisse Le jour de notre balade, le cours d’eau revêt des airs de ruisselet et, signe qui ne trompe pas, le marteau qui retentit lorsque l’eau coule d’un bon pas reste muet. L’herbe couchée sur les flancs du lit du bisse témoigne d’un niveau plus élevé il y a peu. Mais alors que l’on s’interroge sur l’absence de courant, surgit une silhouette au détour d’un rocher. C’est Simon Crettenand, montagnard au regard bleu glacier de 85 ans, gardien du bisse depuis 2004 et Bedjuis de naissance, comprenez d’Isérables.

Simon Crettenand bichonne le bisse avec son «capion», une sorte de fourche.

Dans sa main, un «capion», comme on dit en patois de la vallée du Trient, sorte de fourche à manche court à l’aide de laquelle il vient à bout des branches et des cailloux qui entravent l’écoulement. Le vieil homme a «capionné» çà et là et redonné vie au cours d’eau, car, avertit-il,

un bisse ne doit jamais être à sec! Comme les tonneaux de vin!

Nous reprenons notre route avec sur la droite la vallée du Trient ou s’étirent les hameaux qui forment la commune, passage obligé du Tour du Mont-Blanc. Il y a quelques jours, ce sont les mordus de l’ultra-trail qui ont foulé au pas de course le tracé. La France et la vallée de Chamonix ne sont pas loin, juste là, derrière le col de Balme qui signe la frontière entre les deux pays et qui affiche sa pente verdie en face de nous.

L’eau dans toute sa splendeur

Un petit pont de bois et le chemin vire pour déboucher sur une silhouette blanche. Cette fois c’est bien lui, le glacier du Trient, qui semble attendre dans la quiétude du ciel azur que les grappes de randonneurs viennent à lui. Est-ce la vision de la glace qui nous fait tout à coup entendre le clapotis de l’eau à côté de nous? Les coups de «capion» de Simon Crettenand semblent avoir porté leurs fruits, car à mesure que l’on avance, le bruit se fait plus vigoureux.

Par endroits, les dégâts causés par l’avalanche de ce printemps sont encore bien visibles.

«Ça, c’est un bisse!», se réjouit Paul Gay-Crosier en enjambant le lit pour nous faire voir un bloc de granit tombé en travers et qui fait désormais office de tunnel naturel. Il a beau avoir repris vie, notre bisse a de la concurrence, car sur la droite, en contrebas, le cours naturel de la rivière du Trient fait maintenant entendre son grondement. Nous sommes à quelques pas de l’arrivée et c’est alors que nous remarquons le paysage désolé qui s’offre à nous de l’autre côté de la rive. «C’est là qu’est passée l’avalanche au printemps dernier, indique notre guide en pointant des amas de neige et de bois.

Sa force était telle que la neige est remontée sur l’autre versant pour venir s’écraser en dessus du bisse.

Des mois plus tard, les bûcherons travaillent encore à déblayer le bois mort. Notre ruisseau n’a pas échappé à la catastrophe et s’est vu obstrué par des rochers et des arbres avant d’être remis en service. Çà et là, les traces des troncs cassés par le poids de la neige témoignent de la violence du choc.

La buvette sert des spécialités de la région.

Nous nous approchons de la prise d’eau du bisse. Encore quelques pas et nous voici dans l’œil du cyclone, là où l’eau du glacier gronde en cascade tout en se retrouvant en un fin ruisseau. Les parasols rouges et les bancs de la terrasse de la buvette offrent un endroit idéal pour admirer le spectacle de la montagne blanchie au milieu des verts pâturages. Avec une seule envie, aller là-haut, toucher la glace.

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