20 août 2012

Quand le sable révèle l’inconscient

Pour les secrets trop lourds à porter ou les malaises trop durs à dire, une thérapie propose une approche en douceur: le jeu de sable. A découvrir avec Isabelle Brunner, à Morges (VD).

Figurines posées sur du sable
La thérapeute interprète le jeu de l’enfant selon l’analyse psychologique jungienne.
Temps de lecture 5 minutes

Comment dénouer les problèmes d’un enfant qui ne trouve pas les mots? Comment aider, quand le mal-être de l’adolescent a de la peine à s’exprimer? Parmi toute la panoplie de thérapies en vogue, il en est une qui propose une approche différente, particulièrement adaptée aux enfants: le jeu de sable. «C’est une approche intéressante parce qu’elle est ludique et créative. Les enfants n’ont pas l’impression que l’on fait un travail sur eux», explique Isabelle Brunner, thérapeute de jeux de sable depuis dix ans. Qui reçoit autant d’enfants, dès 3 ans, que d’adolescents et même quelques adultes dans son cabinet, à Morges (VD).

Si cette thérapie, conçue par la psychologue zurichoise Dora Kalff, est moins présente en Suisse romande, elle est en revanche très répandue en Suisse alémanique, en Allemagne, en Italie et au Danemark. Et s’inscrit sur une base psychothérapeutique selon l’analyse psychologique jungienne. «Les mains souvent savent déchiffrer une énigme avec laquelle l’intellect se bat en vain», disait justement le psychiatre Carl Gustav Jung. Une approche qui fait écho à tous les anciens rituels sacrés des cultures primitives, Indiens navajos, aborigènes australiens ou lamas tibétains.

«C’est une approche intéressante parce qu’elle est ludique et créative.»

Un cabinet qui sort de l’ordinaire

Ainsi, le cabinet d’Isabelle Brunner se donne des airs de vacances et ne ressemble en rien à un cabinet ordinaire. Pas de divan, pas de bureau. Mais des dessins d’enfant, des peintures et une alignée de bacs à sable aux coloris et aux grains différents: sable gris du Rhône, blanc des Seychelles, roux d’Egypte ou de Dubaï, le patient choisit son terrain d’évasion, selon son humeur. Contre les murs, des étagères couvertes de jouets. Des centaines de figurines, fées, dragons, chevaliers, animaux d’ici et d’ailleurs, personnages historiques ou de dessins animés, santons d’argile, mais aussi des matières minérales et végétales, pives, pierre, mousse, coquillages… A disposition encore, des outils et de l’eau pour mouiller le sable, ou non.

Le sable amène les choses à la conscience en douceur.

C’est au milieu des ces éléments de décor, comme autant de «représentants du monde intérieur», que l’enfant peut se mettre à jouer. Et que la séance proprement dite commence. «La relation thérapeutique permet à l’enfant de s’ouvrir en confiance, de créer et de déposer dans le sable son univers intérieur. Les parents n’assistent pas», explique la thérapeute. Pendant trente ou quarante-cinq minutes, l’histoire se tisse. Comme cet enfant de 7 ans qui inventait chaque fois des histoires de dinosaures, où le bébé était refusé par le père. «Ses parents étaient divorcés. Ce qu’il rejouait avec les animaux était son histoire.»

Pour la thérapeute, tout fait sens: la façon dont l’enfant touche le sable, la répartition des personnages dans l’espace, l’interaction entre eux. Et tout est symbole. A chaque séance, le patient recommence généralement une nouvelle histoire, mais en profondeur, le processus continue et la problématique se dénoue. «Je prends toujours une photo des bacs, pour constituer un album, témoin de l’évolution, qui revient aux patients.»

«Les outils inhérents à cette méthode permettent de dégeler les énergies bloquées.»

Pour les adultes aussi

Traumatismes de la petite enfance, tabous, divorce des parents, échec scolaire, manque d’estime de soi, énurésie ou hyperactivité, autant de troubles que le sable aide à mettre en lumière. «C’est un bel outil pour aider les personnes à intégrer leur expérience de vie.» Un outil qui convient aussi aux adultes, lesquels vont plus souvent vers le minéral, se lancent dans une recherche épurée et sensorielle des formes plutôt que dans des jeux de rôle figuratifs. «Souvent ils avouent se sentir mieux, plus libres après la séance.» Comme si, en jouant, les mains mettaient en scène ce que l’inconscient gardait sous scellé. «Les outils inhérents à cette méthode permettent de dégeler les énergies bloquées. Le sable va là où le mental n’a pas accès. Et on ne peut pas tricher», dit encore Isabelle Brunner. Qui poursuit: «Le sable révèle, amène les choses à la conscience en douceur, ce qui permet de les accepter.»

Mais quoi, une partie de bac à sable dans le parc public n’aurait-il finalement pas le même effet? «Non, parce que le but n’est pas le même. Ici, il y a un thérapeute, un contenant psychique, qui permet à l’enfant d’aller chercher ce que son inconscient a envie de montrer. Un parent ne peut pas jouer ce rôle-là.»

Après cinq séances, Isabelle Brunner propose un bilan, donne un éclairage aux parents, une lecture, une couleur de ce qui a filtré pendant les jeux. Et remet l’album photos des séances, comme une trace du chemin parcouru. D’ailleurs, à un moment donné, les enfants n’ont plus envie de venir en consultation. «L’expression a permis la transition vers une nouvelle créativité en eux. Ils ont retrouvé leur force d’auto-guérison.»

L’enfant est l’auteur de sa thérapie

Témoignage de Véronique, mère de trois enfants entre 6 et 11 ans:

«Mon deuxième enfant a toujours été un peu agité et, à 9 ans, continuait d’avoir des problèmes d’énurésie. On m’a conseillé une kinésiologue, qui lui mettait un caillou sur le ventre, mais c’était trop abstrait pour moi, et ça n’avait pas vraiment d’effet sur lui. J’ai cherché une autre thérapie, mais je n’avais pas envie de longues séances chez le psy. Peut-être que j’avais peur que la psychothérapie aille chercher trop loin et remue toute la dynamique familiale. Je ne voulais pas non plus de six mois de séances à la recherche de problèmes hypothétiques. Et puis, on m’a parlé des jeux de sable.

» Dès la première séance, la thérapeute m’a révélé des aspects de la relation que je ne voyais pas. Que j’étais la colonne vertébrale de mon fils, qu’il y avait un lien très fort entre lui et moi, d’où ce poids que je ressentais. Les jeux ont permis aussi de mettre en lumière des problèmes de territoire dans la famille, chacun empiétait sur celui des autres.

» L’avantage de cette approche, c’est que ça ne dure que quelques séances et qu’on peut y retourner au besoin, au cas par cas. En tout cas, mon fils y est allé chaque fois très volontiers. Parce que c’est ludique, spontané et qu’il participe manuellement et inconsciemment. En trois séances, j’ai vu une amélioration. Ça l’a calmé, ça l’a aidé pour la lecture, ça lui a fait du bien, même si le problème de l’énurésie n’est pas complètement résolu. La thérapeute nous a donné des conseils pratiques. Comme les contrats, les conseils de famille pour parler de ce qui ne va pas. Ça m’a aussi aidée, ça m’a rassurée et déculpabilisée.»

Photographe: Jeremy Bierer

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