17 août 2017

Le scénario catastrophe des secours genevois

Un grave accident sur un pont autoroutier urbain avec morts et blessés en pleine nuit? C’est le scénario catastrophe auquels pompiers, policiers et ambulanciers genevois ont dû faire face. But principal de la manœuvre: vérifier l’efficacité de la coordination entre les unités lorsque chaque seconde compte.

Exercice secours
Sur le viaduc de La Praille, les secours ont pu sortir l’occupant d’une voiture avant qu’elle n’explose.

Comme une explosion. Il est près de 23 h en ce jeudi de juin. Au milieu du viaduc de La Praille plongé dans l’obscurité, les pneus et les airbags de la petite berline en proie aux flammes viennent d’éclater sous l’effet de l’intense chaleur. Quelques mètres en arrière, coincés dans l’habitacle du bus des Transports publics genevois (TPG), des passagers crient et tentent de se libérer en tapant sur les vitres. Le car s’est renversé sur son flanc droit, écrasant deux voitures et tuant l’occupant de l’une d’entre elles. Et créant accessoirement un important bouchon. Grièvement blessé, inconscient, le conducteur gît contre le grand pare-brise. Arrivés rapidement sur les lieux, les pompiers commencent à découper le plexiglas.

L’ambulancier leader décide de l’ordre de prise en charge des blessés selon la gravité des blessures.

Une simulation sophistiquée

En contrebas, devant le centre commercial de la Praille, quelques badauds se rassemblent. «Au vu du nombre de gyrophares et de véhicules, ça a l’air très grave», souffle ce sexagénaire qui, comme tous les soirs, promène son chien.

Le premier but de cet exercice de secours monté par le Service d’incendie et de secours (SIS) de Genève est donc atteint: créer des conditions suffisamment stressantes pour que les différentes unités intervenantes se sentent aussi proches que possible de la réalité. «Evidemment, psychologiquement, on ne peut jamais tout à fait créer la même pression, explique Nicolas Schumacher, le commandant du SIS et patron de l’opération effectuée . Mais le but étant à la fois de tester nos aspirants sapeurs-pompiers et nos officiers tout en vérifiant la qualité de la coordination entre les différents partenaires de l’intervention, nos simulations sont aussi sophistiquées et compliquées que possible. Et surtout, rien ne filtre de la situation avant le déclenchement de l’opération.»

Comme dans un vrai drame, c’est donc en arrivant sur place que chacun, quel que soit son grade, découvre l’ampleur de la catastrophe et doit faire preuve de ses compétences à son niveau de responsabilité.

Dans le bus, les pompiers tentent de rassurer les passagers paniqués.

Degré de gravité

Un pont autoroutier comme celui de la Praille représente un vrai sac de nœuds en cas d’accident grave. D’abord tout simplement parce qu’il s’agit d’une autoroute, très difficile d’accès et qu’il faudra impérativement fermer avec les complications de circulation prévisibles. «Et puis un tel endroit suppose un axe d’intervention unique puisque l’on y roule que dans une direction. Dans l’échelle de gravité des secours, l’événement de ce soir est qualifié de majeur. Soit plus important que le «journalier» et juste en dessous de la catastrophe. «Pour un accident de ce genre, c’est naturellement le plus haut gradé des pompiers qui commande les opérations. Et qui décide quel est le degré de gravité de la situation, et donc quels moyens vont être mobilisés», détaille encore Nicolas Schumacher. En l’occurrence, pas moins de 15 véhicules et 60 intervenants sont désormais sur place: sapeurs-pompiers, forces de l’ordre de la police cantonale et ambulanciers de plusieurs compagnies. Une pollution aux hydrocarbures étant suspectée, la brigade sanitaire cantonale est également sur le…pont, tout comme le Ministère public, toujours appelé lorsqu’un décès doit être constaté.

Face à l’urgence d’une situation compliquée entre incendie, blessés graves, cris et plusieurs personnes impliquées ou bloquées, il est impératif de prendre les bonnes décisions dans le bon ordre.

Les moins grièvement atteints sont identifiés et mis en sécurité à l’écart de tout danger en attendant d’être examinés.

L’ordre des priorités

Priorité des priorités, nécessitant une prise de décision avant même l’arrivée des premiers professionnels sur place: la fermeture de l’ouvrage à toute circulation. Comme en montagne ou dans tout environnement hostile, la sécurité des sauveteurs reste indispensable pour qu’ils puissent travailler efficacement. Ils arrivent sur place en nombre, à peine dix minutes après l’alerte. Seconde urgence: éteindre l’incendie, qui menace de s’étendre au bus dans lequel plusieurs personnes sont enfermées. D’autres pompiers les rassurent en attendant d’entreprendre de les libérer en découpant l’imposant pare-brise. Rassurer, éviter la panique qui créerait des lésions supplémentaires. Intervient ensuite un autre élément clé du dispositif: l’ambulancier leader, dont la fonction écrite en lettres fluorescentes sur son gilet orange brille dans la nuit. «Son rôle demeure absolument essentiel: lui et lui seul repère les blessés les plus graves, l’urgence est alors de les évacuer le plus rapidement possible», relate Nicolas Millot, adjudant instructeur du SIS. Les personnes moins touchées sont référencées et gerées dans un premier temps sur place, sous une tente installée à quelques mètres du drame.  

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