24 septembre 2012

Quand les Suisses parlent de leur budget

Chaque année, l’Office fédéral de la statistique mène l’enquête auprès des ménages afin de connaître l’état de leurs finances. Pour mieux comprendre les résultats, «Migros Magazine» est allé à la rencontre de quatre foyers romands.

Illustration d'une femme désemparée
Les Suisses ont en moyenne un revenu brut de 7053 francs par mois. (Illustration: Pascal Jaquet)

En Suisse, les ménages dépensent en moyenne 1496 francs par mois pour se loger. Durant la même période, ils touchent un salaire brut de 7053 francs et leurs impôts s’élèvent à 1126 francs. Toujours en moyenne, ils sont par ailleurs en mesure d’économiser 1158 francs. Voilà, du moins, les chiffres avancés par l’Enquête sur le budget des ménages 2009, publiée par l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Comment interpréter ces chiffres?

Des montants qui peuvent paraître surprenants, surtout lorsqu’on les compare au prix de l’immobilier dans certains cantons, notamment sur l’arc lémanique, et que près de 40% des foyers assurent dépenser entièrement ce qu’ils gagnent, selon une autre enquête, le Panel suisse des ménages, menée celle-ci par le Centre de compétences suisse en sciences sociales (FORS). Comment faut-il dès lors interpréter les chiffres de l’OFS (voir le budget du ménage moyen dans l'encadré)?

Il est souvent difficile d'interpréter les chiffres obtenus.
Il est souvent difficile d'interpréter les chiffres obtenus.

«Les résultats de l’enquête se basent sur un échantillon représentant au mieux tous les ménages privés en Suisse, précise Jürg Marti, directeur de l’OFS. En effet, parmi les 3000 foyers qui participent par an, on en trouve de tous types, de la personne âgée de 85 ans qui vit seule et dispose uniquement de sa rente AVS à la famille du banquier résidant dans une luxueuse villa. Ces ménages ont été choisis au hasard. Sur la base des données récoltées, l’OFS publie des chiffres en utilisant une pondération qui permet de contrebalancer des déformations éventuelles liées à la non-participation. Quant aux moyennes sur l’ensemble des ménages, il faut bien comprendre qu’elles représentent toute la variabilité – tout aussi bien les rentiers que les hauts revenus – en un seul chiffre, ce qui rend leur interprétation souvent difficile.» Voilà pourquoi l’OFS publie également des résultats différenciés par sous-groupes, tels que les retraités, les couples sans enfants, les familles, et surtout selon les classes de revenus – afin de donner des chiffres plus faciles à interpréter et dans lesquels chaque foyer individuel puisse se retrouver.

Des résultats qui doivent être pondérés

En moyenne, les Suisses sont en mesure d’économiser 1158 francs.
En moyenne, les Suisses sont en mesure d’économiser 1158 francs.

En ce qui concerne les dépenses liées au logement, Jürg Marti rappelle que le montant cité comprend les chiffres de tous les ménages confondus, donc autant les loyers et les charges des locataires que les intérêts hypothécaires des propriétaires – certains d’entre eux n’ayant d’ailleurs plus de dettes et donc moins de frais dans ce domaine. «Par ailleurs, l’amortissement de ces dettes n’est pas considéré comme une dépense mais comme un investissement. Il est donc comptabilisé comme épargne. A ce sujet, il faut aussi spécifier que le chiffre global sur l’ensemble des ménages doit lui aussi être pondéré par ceux des sous-groupes, en particulier selon les classes de revenus. Ici, les résultats montrent qu’un bon nombre de ménages a effectivement une épargne négative ou quasiment nulle.»

Reste que la meilleure manière de se faire une idée précise du budget des ménages suisses est encore d’aller directement leur poser la question. C’est ce que nous avons fait, en menant l’enquête auprès de quatre foyers très différents, qui ont accepté, sous couvert de l’anonymat, de parler de leurs finances...

Les prénoms cités sont des pseudonymes.

«Je suis assez panier percé»

Françoise, célibataire, Morges. Domaine d’activité: enseignement (100%).

Revenu brut: 8200.–, revenu net: 7100.–; impôts: 1200.–; assurances: 400.– ; logement: 1100.–; communication: 200.– ; transport: 100.– ; santé: 300.–; frais d’écolage: 0; achats alimentaires: 600.–; vêtements et chaussures: 250.–; loisirs: 1200.–

Comment gérez-vous votre argent?

Je ne suis pas du tout organisée! Bien sûr, à la fin du mois, je suis obligée, par la force des choses, de contrôler l’état de mes finances, mais je ne tiens pas de décompte précis.

Etes-vous plutôt économe ou dépensière?

Je suis assez panier percé… Sans être dans les chiffres rouges, et sans mener un train de vie très élevé, je ne réalise pas d’économies. Je vis au jour le jour, je me fais plaisir, mais il s’agit surtout de dépenses ponctuelles: je ne débourse pas d’un coup de grosses sommes. Mais je m’offre souvent des petits week-ends, qui constituent l’un de mes postes de dépenses les plus élevés, avec les restos.

Vous estimez-vous satisfaite de votre situation financière?

Oui, j’ai la chance d’exercer une profession qui paie bien, et mon loyer n’est pas très élevé. Ma situation est assez confortable. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même si je n’arrive pas à mettre de l’argent de côté!

«Nous ne nous sommes jamais vraiment inquiétés»

Mélanie et François, mariés, Genève. Domaine d’activité: enseignement (50%) et milieu scientifique (100%).

Revenu brut: 10 000.–, revenu net: 9000.–; impôts: 750.–; assurances: 545.–; logement: 1850.–; communication: 210.–; transport: 170.–; santé: entre 20 et 200.–; frais d’écolage et de formation: 85.–; achats alimentaires: 500-700.–; vêtements et chaussures: 150.–; loisirs: 800.–

Comment gérez-vous votre argent?

Nous n’avons pas de compte commun, mais nous nous sommes réparti les dépenses: celui qui a le salaire le plus élevé s’acquitte du loyer et des charges fixes, l’autre des achats alimentaires et courants ainsi que des frais d’entretien de la voiture. Nous n’avons jamais vraiment tenu de budget.

Etes-vous plutôt économes ou dépensiers?

Ni l’un ni l’autre. Nous ne nous sommes jamais vraiment inquiétés ni sentis empêchés de partir en vacances. Lorsque nous devons faire un achat important, nous nous accordons toujours un temps de réflexion. Nous aimons manger de la nourriture de bonne qualité, donc pour cela nous ne regardons pas trop le prix. Mais autrement, nous n’avons pas vraiment des goûts de luxe.

Vous estimez-vous satisfaits de votre situation financière?

Elle s’est améliorée avec le temps. Nous nous estimons assez chanceux. Bien sûr, il y a toujours moyen de se comparer aux autres: avec notre niveau de formation et de compétences, nous pourrions prétendre à de meilleurs salaires. Et la vie à Genève est vraiment chère…

«Je suis entre la cigale et la fourmi»

Charlotte, veuve, La Chaux-de-Fonds. Domaine d’activité: retraitée.

Revenu brut: 2320.– (AVS), revenu net: 2320.–; impôts: 200.–; assurances: 400.–; logement: 730.–; transport: 40.–; santé: 85.– ; frais d’écolage: 0; achats alimentaires: 700.–; vêtements et chaussures: 150-200.–; loisirs: 220.–

Comment gérez-vous votre argent?

J’ai mon budget bien en tête, mais je ne m’astreins pas chaque mois à vérifier mes comptes. J’attends la fin de l’année pour établir un bilan. Et je m’en sors plutôt bien. Il faut dire que je dispose d’un petit capital, un héritage de ma mère.

Etes-vous plutôt économe ou dépensière?

Je suis entre la cigale et la fourmi. Sans vraiment compter mes sous, je ne suis pas non plus une grande dépensière. En revanche, je craque facilement pour les habits, je m’autorise des petites folies.

Vous estimez-vous satisfaite de votre situation financière?

Entièrement. Certes, je ne parviens pas à faire des économies, mon capital s’amoindrit, mais je ne m’inquiète pas, je dispose encore de suffisamment de moyens. A La Chaux-de-Fonds, les loyers sont assez avantageux, et en termes d’impôts, il ne me semble pas que je paie trop cher.

«Nous avons beaucoup de chance par rapport à la moyenne suisse»

Sandrine et Frédéric, mariés, deux enfants, Lausanne. Domaine d’activité: communication (70%) et banque (80%).

Revenu brut: 15 500.–, revenu net: 13 300.–; impôts: 1300.–; assurances: 1700.–; logement: 2410.–; communication: 70.–; transport: 710.–; frais d’écolage: 900.–;santé: 60.–; achats alimentaires: 500-600.–; vêtements et chaussures: 150.–; loisirs: 900.–

Comment gérez-vous votre argent?

Nous n’avons jamais vraiment fait de budget, si ce n’est une estimation globale que nous réadaptons en fonction des factures mensuelles et des circonstances, et nous nous y tenons. En général, les comptes s’équilibrent d’un mois à l’autre.

Etes-vous plutôt économes ou dépensiers?

Plutôt économes. En partie par la force des choses, avec la naissance des enfants: nous dépensons nettement moins en sorties. Et nous n’avons jamais été très portés sur les habits de marque, ce qui nous permet quelques économies: nous nous contentons de gros achats en début de saison. Par contre, nous craquons volontiers pour tout ce qui est loisirs et vacances en famille.

Vous estimez-vous satisfaits de votre situation financière?

Oui, nous avons beaucoup de chance par rapport à la moyenne suisse. Nous arrivons à mettre un peu d’argent de côté chaque mois. Nous avons pu acheter une maison avant que les prix ne flambent et l’hypothèque nous revient nettement moins cher que serait la location d’un 5 pièces à Lausanne.

Illustrations: Pascal Jaquet

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