13 juin 2016

Quand les tiques attaquent en force

Plus de 4000 Suisses ont consulté un médecin en début d’année 2016 suite à une piqûre de cet acarien assoiffé de sang, soit deux fois plus qu’en 2015 à la même période. La faute à un hiver doux et un printemps pluvieux.

Tique
Au printemps, la tique se met en quête d’un hôte. Elle se poste au sommet d’une brindille et attend... (Photo: Alamy stock photos)

Promeneurs, ouvrez grand les yeux! Et n’oubliez pas d’inspecter scrupuleusement votre peau au retour d’une balade en forêt, les tiques étant particulièrement voraces cette année... Depuis début 2016, plus de 4000 Suisses ont déjà consulté un médecin à la suite d’une piqûre, soit le double de l’an dernier à la même période. Le nombre de cas déclarés de borréliose de Lyme – maladie due à une bactérie hébergée par certaines de ces charmantes bestioles – s’est vu lui aussi multiplié par deux.

Les raisons d’une telle intensification? Un hiver doux, un printemps pluvieux: la météo capricieuse de ce premier semestre semble être en cause (lire ci-contre). Et de là à accuser le réchauffement climatique, il n’y a qu’un pas, qu’il est aisé de franchir.

Quelles que soient les causes, la prudence est de mise, même si l’on se débarrasse plus ou moins facilement de la borréliose – pour autant qu’elle soit diagnostiquée à temps – à l’aide d’antibiotiques. Plus dangereux, le virus de la méningo-encéphalite verno-estival, ou encéphalite à tiques, touche chaque année entre 100 et 250 personnes dans notre pays, 80% des patients devant être hospitalisés.

Pour l’heure, le nombre de cas n’a pas pris l’ascenseur en ce début d’année 2016 et un vaccin permet aux personnes évoluant dans les zones à risque de se prémunir contre cette maladie.

A noter que la tique fait partie de la famille des acariens et que l’espèce que l’on trouve le plus fréquemment en Suisse porte le doux nom d’Ixodus ricinus, ou tique du mouton...

«La prévention demeure la meilleure des protections»

Caroline Burri Cordonier, docteur en biologie diplômée de l’Université de Neuchâtel.

Pourquoi les tiques sont-elles particulièrement voraces cette année?

La population de tiques dépend non seulement de la végétation et de la présence d’hôtes, mais également du climat, un facteur crucial pour la survie de l’espèce. Cette arachnide apprécie l’humidité (80%) et la douceur de l’air: au printemps, elle se met en quête d’un hôte dès que la température atteint les 7 °C. Le climat humide et suffisamment chaud de ce début d’année lui a donc été favorable.

Le réchauffement climatique pourrait donc présager d’une augmentation de la population de tiques à l’avenir?

Il est vrai qu’avec l’effet du réchauffement, certains endroits sont devenus plus propices à l’établissement de populations de tiques: aujourd’hui, on en trouve par exemple jusqu’à 1500 m d’altitude, contre 800 m il y a une trentaine d’années. Mais des températures trop élevées peuvent également leur être néfastes: lorsqu’il fait trop chaud et trop sec, la tique stoppe son activité de quête (c’est-à-dire attendre au sommet d’une brindille qu’un hôte passe) et se réfugie au sol pour se réhydrater. Une prolongation de ces conditions climatiques peut la conduire à la mort.

Que risque-t-on si l’on se fait piquer par une tique?

Si elle n’est pas infectée, absolument rien. En Suisse, environ 30% des tiques sont porteuses de la borréliose, une maladie bactérienne qui peut atteindre la peau, le cœur, le système nerveux et les articulations. Elle est difficile à diagnostiquer, mais si une ou plusieurs taches diffuses (c’est-à-dire évoluant vers un anneau) apparaissent au niveau de la piqûre, il est indispensable de se faire traiter à l’aide d’antibiotiques. L’érythème disparaît spontanément après quelques semaines. Par ailleurs, entre 0,4 et 10% des tiques peuvent transmettre le virus de la méningo-encéphalite verno-estivale, dite encéphalite à tiques.

Quelles sont les conséquences de ce virus?

Il provoque un syndrome grippal (maux de tête, fièvre, douleurs musculaires, fatigue) une à deux semaines après la piqûre, et peut atteindre ensuite le système nerveux chez moins de 10% des personnes infectées. Cette maladie est fatale dans 1% des cas, mais un vaccin est disponible. Sinon, les tiques peuvent être porteuses d’autres organismes pathogènes pour l’homme, plus difficiles à diagnostiquer, car causant des symptômes non spécifiques.

Comment explique-t-on que certaines zones, comme le pied du Jura, la plaine de l’Orbe, la rive sud du lac de Neuchâtel, sont plus touchées par le virus de l’encéphalite à tiques?

Certaines conditions microclimatiques permettent aux larves et aux nymphes de s’attaquer au même hôte – ce qui n’est pas le cas généralement: on retrouve d’habitude les premières sur les rongeurs et les deuxièmes sur des animaux de plus grande taille. Ce système de co-repas permet une transmission plus aisée du virus.

Quelles mesures prendre pour éviter de se faire piquer?

Etant donné que la tique véhicule de nombreux pathogènes contre lesquels on ne peut pas se vacciner, la meilleure des protections reste la prévention: porter des vêtements clairs et longs, mettre les chaussettes par-dessus les pantalons et le t-shirt dans le pantalon, vaporiser un répulsif antitiques sur les habits, emprunter des sentiers larges et éviter le contact avec les herbes. Après chaque balade en forêt, il s’agit de bien examiner son corps, notamment aux endroits chauds et humides, où la peau est fine, comme le creux du genou, l’aine, l’aisselle, derrière les oreilles et au niveau de la tête pour les enfants. Il faut également réexaminer son corps les jours qui suivent la promenade.