13 avril 2015

Qu'est-ce qu'un bon prof?

Difficile d’établir une liste exhaustive de critères qui définiraient les compétences requises pour être un bon enseignant. D’autant qu’entre élèves, parents et spécialistes de l’éducation, les avis divergent souvent.

Une classe d'ado en cours
Il y a certainement autant d'avis que d'ados! (Photo: Getty Images)

Passionné, équitable, bienveillant, érudit, drôle, motivé, compréhensif, intéressant, compréhensible, intéressé: la liste des qualités requises chez un enseignant pour être taxé de «bon» s’avère presque sans fin. D’autant que les juges ne manquent guère: élèves, parents, pairs, autorités et même, tant qu’à faire, société.

Il est par ailleurs fort possible que, sur le sujet, l’avis d’un adolescent diverge de celui d’un spécialiste de l’éducation. Alors, finalement, donner une définition objective, absolue et définitive de ce que serait un bon prof, impossible mission?

«Vous avez suffisamment de temps devant vous?» Eloquente, la réponse de François Barras, enseignant en 8e HarmoS dans le Val-de-Ruz (NE)!

Il est difficile d’établir le portrait-type du bon prof, confirme-t-il. Il existe de nombreux profils différents.

Il n’y a pas de recette miracle. Finalement, l’important, c’est de rester soi-même, d’être le plus vrai possible. Il ne faut pas chercher à imiter le collègue, mais plutôt s’appuyer sur ses propres atouts.» Surtout que, poursuit-il, le métier a passablement évolué ces dernières années: «Il est devenu plus difficile, plus exigeant:

les compétences requises sont multiples.»

Qualité requise: la capacité d’adaptation

Même son de cloche chez Jean-Claude Marguet, chef du service cantonal de l’enseignement obligatoire de Neuchâtel: «La tâche du professeur ne se limite plus à l’apprentissage des fondamentaux (lire, écrire, calculer, s’exprimer). Outre la préparation des cours et la correction des devoirs, il doit aussi assurer la planification de l’année, soigner ses relations avec les parents, participer au bon fonctionnement de l’établissement, etc.»

Le Neuchâtelois évoque également l’importance du contexte dans lequel l’école évolue actuellement: «Les classes sont devenues très hétérogènes: les élèves, issus de milieux socioculturels divers, présentent aussi des différences au niveau des connaissances, de la motivation, de l’autonomie, de la vitesse d’exécution des tâches.

L’enseignant doit travailler sur cette différenciation, sans toutefois devenir inéquitable.»

La capacité d’adaptation, voilà bien une qualité requise chez les professeurs d’aujourd’hui. «En face d’êtres humains, c’est indispensable», relève François Barras.

«Un bon prof doit répondre de manière compétente à des problème singuliers, dans un contexte particulier», souligne quant à lui Olivier Maulini, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Genève, et auteur de plusieurs études sur la thématique.

Et de préciser: «On a tendance à penser que tout dépend de l’enseignant. Mais pour qu’un enfant puisse apprendre, il s’agit de remplir plusieurs conditions, donc certaines sont extérieures à l’école, comme l’environnement social, l’engagement des parents, la fratrie, etc. Des variables internes, mais indépendantes de la qualité du maître, telles que le système scolaire ou la politique de l’établissement, entrent en ligne de compte.

Et il ne faut pas oublier qu’un prof est aussi contraint par des directives et des moyens d’enseignement.»

De ce fait, explique-t-il, la littérature existant sur le sujet se penche davantage sur les bonnes pratiques que sur les bons enseignants.

Mais alors, personne pour nous donner une définition plus précise de ce qu’est un bon prof? «Les élèves savent assez bien répondre à cette question, note Olivier Maulini. Et en général, les deux adjectifs qui reviennent le plus souvent sont «intéressant» et «juste».

Les élèves n’aiment pas avoir l’impression que le cours traîne en longueur et sont très sensibles à l’injustice, à l’arbitraire.»

Pour François Barras, il est indispensable dans son métier de savoir se remettre en question, de s’interroger constamment sur les pratiques. Jean-Claude Marguet, quant à lui, estime qu’un bon prof réunit «une richesse de compétences et de qualités. Il doit respecter ses élèves, savoir susciter leur intérêt, être un excellent communicateur, voire parfois un acteur,

enseigner non seulement des savoirs mais aussi une méthode de travail, adapter ses pratiques au groupe dont il s’occupe, rester motivé et, surtout, passionné. La passion est primordiale: sans elle, on n’arrive à rien dans une classe.»

Un sacré cahier des charges! «C’est une profession exigeante, mais tellement passionnante. Enseigner, c’est le plus bel acte du monde!» Et Georges Pasquier, président du syndicat des enseignants romands, de renchérir:

Il ne faut pas oublier que nous avons affaire à des être humains branchés sur l’avenir. Nous faisons germer des graines qui écloront plus tard.»

L'évaluation des enseignants

Président du syndicat des enseignants romands, Georges Pasquier ne regrette en rien le temps «où l’on fichait une paix royale aux profs. Cela pouvait mener à de graves dysfonctionnement.»

Ainsi, il assure que l’introduction progressive dans certains cantons d’entretiens périodiques avec les enseignants n’a pas été vue d’un mauvais œil par ces derniers. «Cette démarche s’inscrit dans une logique de rendre des comptes.» Confirmation de François Barras:

Nous vivons dans un monde régi par une culture de l’évaluation. Il n’y a pas de raison que l’enseignement y échappe.»

Dans le canton de Neuchâtel, un cadre de référence a été introduit cette année scolaire, définissant les compétences attendues chez les professeurs. Ce document sert de base pour des entretiens d’évaluation entre l’enseignant et sa direction.

A noter que les cantons de Genève, de Berne et du Jura ont déjà introduit un système d’entretien périodique.

En Valais, l’évaluation des enseignants se base sur la visite ponctuelle d’inspecteurs dans les classes, de même que sur des entretiens menés par la direction à l’issue d’un temps d’essai.

Fribourg finalise une nouvelle loi scolaire et développe des nouveaux outils d’évaluation: les changements sont prévus pour 2016.

Le canton de Vaud ne dispose pas pour l’instant de système d’évaluation des enseignants.

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