29 août 2019

À l’assaut de la phobie des hauteurs

Marcher en montagne, emprunter un télésiège et grimper au somment d’une tour malgré sa peur? Barbara Hunziker, thérapeute corporelle et coach, aide à surmonter l’acrophobie.

La coach Barbara Hunziker a permis au journaliste Flavian Cajacob de vaincre sa peur des hauteurs.
La coach Barbara Hunziker a permis au journaliste Flavian Cajacob de vaincre sa peur des hauteurs.

J’ai la phobie des hauteurs. Toute activité qui m’éloigne du sol me cause des ­tremblements dans les genoux, me ­remplit de trouille et sape radicalement mon moral. Barbara Hunziker, thérapeute corporelle et coach, appelle cet état «la peur de la peur». En effet, ce n’est pas véritablement la situation réelle qui angoisse les ­personnes souffrant d’acrophobie, mais l’idée qu’au prochain pas, tout peut leur arriver: trébuchement, chute, issue fatale. «La peur est un système d’alarme indispensable. Mais chez les victimes de phobie des hauteurs, ce système d’alarme est déréglé», explique Barbara Hunziker.

Mission combative

Aujourd’hui, nous avons une mission importante: tenter de vaincre ma phobie en grimpant sur la tour en bois Loorenkopf, haute de 30 m, située aux portes de Zurich. «Vaincre n’est pas le mot qui convient dans ce cas, précise la coach. On ne peut pas vaincre la peur. Mais on peut trouver un moyen de l’apprivoiser et de remettre le système d’alarme en ordre.»
Marche après marche, je monte lentement l’escalier. Chaque nouveau pas est une épreuve dont je me serais bien passé. Je voudrais rebrousser chemin.

Mais Barbara Hunziker m’en empêche. «Concentre-toi sur ce que tu es en train de faire. Tu montes un escalier. Tu n’as aucune raison valable d’avoir peur.» Abandonner n’apporterait absolument rien, bien au contraire. La coach sermonne: «Qui redoute la confrontation avec sa phobie adopte un comportement d’évitement. Et cela se répercute négativement sur sa qualité de vie.»

Des origines diverses

Il existe différentes théories sur les causes possibles de la phobie des hauteurs, ou ­acrophobie en langage scientifique. Un ­événement passé en est souvent la cause. Mais celui-ci n’est pas nécessairement une chute, ni même en lien avec la hauteur. En réalité, les phobies sont des craintes exacerbées qui, vues objectivement, sont la plupart du temps dénuées de tout fondement. Barbara Hunziker fait une­comparaison: «C’est un peu comme si l’on était persuadé qu’un tigre vorace se cachait derrière le prochain arbre, même si l’on sait très bien qu’il n’y a pas de tigres sous nos latitudes.»

Entre le quatrième et le septième étage de la tour composée de dix étages, mes jambes deviennent lourdes et mon pouls s’accélère. Barbara Hunziker situe mon état émotionnel autour de quatre ou cinq sur dix sur l’échelle de l’angoisse. Je ne me sens pas très à l’aise, mais je tiens le coup. Contracter les muscles des jambes, puis les relâcher, ­retrouver un pas sûr... Je tente de me calmer. Mais mon esprit est obnubilé par des pensées morbides. Barbara Hunziker me sort de ma torpeur:

Concentre-toi sur un point fixe à l’extérieur de toi, cramponne-toi à la rampe, inspire et expire profondément. Il ne peut rien t’arriver.

Moi je préférerais m’enfuir. J’ai l’impression de devoir réaliser les travaux d’Hercule. «Regarde en bas!», ordonne ma coach. Je me penche à contrecœur. J’aperçois d’un côté une réparation dans la poutre et de l’autre un paratonnerre. Mon cœur et mon cerveau s’emballent: c’est un signe qui ne trompe pas! La foudre va s’abattre d’un instant à l’autre sur cette tour vétuste. C’est sûr!

Toujours imaginer le pire

Barbara Hunziker connaît trop bien ce raisonnement. «Quand nous avons peur, notre attention se porte sur des choses que nous évaluons automatiquement de façon négative, analyse-t-elle. Pourtant, une réparation et un paratonnerre prouvent que cette tour est bien entretenue et très sûre.»

Nous ne sommes plus qu’à quelques marches de la plateforme supérieure. Normalement, j’y monterais le plus vite possible pour pouvoir ensuite redescendre le plus vite possible. «Ce comportement est totalement inadapté», assène la coach.

En montagne, vouloir surmonter le plus rapidement possible l’obstacle qui nous effraie peut s’avérer fatal. Comme le rappelle Barbara Hunziker:

Avec la précipitation, le risque de chuter ou de dévisser menace vraiment.

Il vaut mieux s’arrêter, respirer profondément et ressentir le sol sous ses pieds. Le sommet de la tour est atteint. Nous nous approchons de la balustrade. Sur l’échelle de la peur, je suis sans doute maintenant à sept ou huit. Je me sens mal, je ne peux pas me concentrer. Je voudrais tout arrêter. Barbara Hunziker me somme de la regarder. «Tu me vois?», demande-t-elle, tout en sachant pertinemment que j’en suis incapable. En effet, mon regard la traverse. Mon cerveau me signale que la tour vacille. Ou moi. Ou les deux à la fois. «Donne-moi ta main et serre très fort.» La coach me promet qu’avec le temps, la phobie des hauteurs va perdre de son intensité.

Composer avec sa peur

Une bonne demi-heure se passe ainsi. Au bout d’un moment, la tension baisse. Je prends conscience du fait qu’avant moi, des milliers de personnes se sont trouvées ici et ont survécu. Rien ne bouge plus. Le tigre est toujours là, mais il n’est plus vorace. «Qui apprend à gérer correctement sa phobie reconquiert quelque chose, souvent un morceau de qualité de vie», remarque Barbara Hunziker en se réjouissant de mon succès. Avant de redescendre les 152 marches, elle donne encore un conseil: «Recommence, remonte sur la tour les deux prochaines semaines et envoie-moi une photo.» Dix jours plus tard, elle reçoit un selfie de ma part. Moi, tout en haut de la tour Loorenkopf, les bras reposant décontractés sur la balustrade, le nez au vent, avec en prime une vue magnifique.

Auteur: Flavian Cajacob

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