16 janvier 2012

Textiles recyclés: rien ne se perd

A côté du géant alémanique Texaid, l’entreprise vaudoise de réinsertion Textura fait à la fois œuvre écologique et sociale en récupérant les habits usagés.

Alain Bolomey (à droite) et Olivier Coulet.
Alain Bolomey (à droite), membre de la direction de Démarche, la coopérative qui chapeaute Textura, et Olivier Coulet.

Cette fois, ça y est. Les bonnes résolutions de Nouvel-An sont passées par-là, ainsi peut-être qu’un peu trop de calories pendant les fêtes. Vous avez enfin décidé de trier le contenu de vos armoires; et de jeter les textiles sans utilité dans les fameux containers de récupération.

«Textiles usagés au sens large, puisque peuvent y être déposés non seulement les textiles en bon état, mais aussi ce qui est déchiré, les vieux draps et autres habits hors d’âge. Seuls sont à éviter les chiffons imbibés de graisse ou de solvants», tient à préciser d’emblée Olivier Coulet, responsable depuis avril dernier de l’entreprise à but social vaudoise Textura.

Partant d’un bon sentiment, les Suisses rechignent à mettre dans les sacs de récupération des habits trop abîmés et autres draps déchirés. «On trouve même souvent des vêtements lavés et repassés.» Pourtant, à part donc les rebuts de garages, n’importe quel textile, quel que soit son état, y a davantage sa place que dans une poubelle.

Car en la matière, rien ne se perd. Et tout se transforme. Le marché suisse du recyclage des textiles représente la bagatelle de quelque 42 000 tonnes annuelles. Soit une bonne moitié de nos vêtements. Le géant alémanique Texaid sort largement gagnant de la course au sac, récoltant à lui seul 35 000 tonnes chaque année.

Face à lui, les Vaudois de Textura font figure de lilliputiens. Même si les cinquante containers lausannois, où une convention assure à Textura (en alternance avec Texaid et Terre des Hommes) une exclusivité dans le domaine, ainsi que les nonante autres disséminés dans le canton engloutissent quand même quelque 1300 tonnes annuelles. Autant de sacs qui aboutissent ici, dans ces anciennes casernes de pompiers (à l’époque des chevaux!) de la capitale vaudoise, amenés par une quinzaine de camions qui opèrent deux rotations quotidiennes dans un endroit ou un autre du canton.

Des bénéficiaires de l’aide sociale comme collaborateurs

Première et indispensable opération: séparer le bon grain de l’ivraie, en l’occurrence ausculter les montagnes de textiles pour en dégager ce qui pourra encore être porté. Mais aussi y enlever les déchets annexes, qui n’ont rien à y faire, et qui partiront en récupération.

Cette tâche de tri est essentielle.

Même si certains habits qui arrivent ont été repassés, tous seront relavés.
Même si certains habits qui arrivent ont été repassés, tous seront relavés.

En plus de treize collaborateurs permanents, Textura propose cent quinze postes pendant une durée moyenne de trois mois à celles et ceux qui ont besoin d’un coup de pouce pour se réinsérer professionnellement: chômeurs, bénéficiaires de l’aide sociale ou de l’AI. «L’une des choses que nous devons leur expliquer à leur arrivée est que si nous ne dégageons pas de bénéfice, puisque nous sommes subventionnés, nous réalisons cependant du chiffre d’affaires, d’abord pour offrir un cadre d’activités formateur conforme à la réalité du marché du travail; et ensuite pour diminuer les financements publics. Du coup, cette tâche de tri est essentielle.»

La bonne marche des quatre boutiques Picpus en dépend. Près de la moitié des textiles repartent donc à la vente, après un nécessaire détour dans une laverie semi-industrielle du côté du Chablais, active également dans la réinsertion professionnelle. Et depuis que la mode de la fripe bat son plein, «de plus en plus d’amateurs de vintage rejoignent la clientèle traditionnelle, qui vient pour des raisons financières.» Si les boutiques marchent bien, elles remplissent ainsi un double rôle social: du côté des clients, donc, mais également vis-à-vis du personnel qui trouve ainsi une occasion de se former à la vente.

Une partie des habits part pour l’Afrique

«Le reste du textile non recyclé en Suisse, relève Olivier Coulet, est exporté dans les pays du Maghreb et une partie de l’Afrique noire, afin d’y être revendu via l’économie locale.» Quant au petit pourcentage restant, il finira broyé et incorporé à la fabrication de béton. Ou encore effiloché afin de rembourrer les sièges de voitures ou de salons. «On le retrouve également comme isolant phonique», précise encore le responsable de la coopérative.

Du côté de Texaid, les vêtements non portables (environ 40% des collectes) deviennent matière première pour l’industrie du chiffon, une fois débarrassés de tout élément rigide, ou servent à la fabrication de cartons et de papier. Le résidu (environ 5%) offrira un bon combustible thermique.

Parmi les vêtements récupérés, on retrouve parfois des trésors!
Parmi les vêtements récupérés, on retrouve parfois des trésors!

Chez Textura comme chez Texaid, le recyclage des textiles ne s’avère économiquement viable qu’à travers un financement direct ou indirect du consommateur, via notamment la vente des vêtements usagés et revalorisés. Un cycle indispensable pour diminuer quelque peu la charge environnementale importante que représente la production de fibres textiles: pesticides pour la laine et le coton, déchets toxiques pour le synthétique, substances chimiques diverses pour tout le monde, entre autres au moment de la coloration. Sans même parler d’une grande consommation en eau, puisqu’il en faudra par exemple 16 000 à 20 000 litres pour une seule tonne de coton brut.

Photographe: Laurent de Senarclens

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