9 février 2018

A quand une assurance obligatoire qui rembourse les soins dentaires?

Plusieurs initiatives ont été déposées dans les cantons romands pour demander l'instauration d'une assurance dentaire obligatoire. Les Vaudois se prononceront sur le sujet le 4 mars prochain.

soins dentaires
En Suisse, de nombreuses personnes peinent à financer leurs soins dentaires. (Photo: Gaetan Bally/Keystone)
Temps de lecture 5 minutes

L’excès de sucre provoque des caries, mais la facture du dentiste, elle, s’avère souvent salée. Les soins dentaires, c’est bien connu, ne comptent pas pour beurre dans le budget des ménages. Et les quelque Fr. 500.- déboursés en moyenne chaque année par les citoyens helvétiques pour l’entretien de leur mâchoire sont rapidement dépassés lorsque des complications surviennent.

Alors, faut-il, comme le demandent plusieurs initiatives déposées dans les cantons romands, à commencer par Vaud qui se prononcera le 4 mars prochain, instaurer une assurance dentaire obligatoire pour les soins de base, à l’instar de nos voisins allemands ou français?

L’idée n’est pas nouvelle. La gauche qui la soutient s’est cassé les dents à plusieurs reprise au niveau fédéral. Les arguments des opposants à cette assurance financée par une cotisation paritaire entre employés et employeurs, Société suisse des médecins dentiste en tête, sont clairs: la santé buccale relève de la responsabilité individuelle et rien ne remplace la prévention. Se brosser les dents trois fois par jour et se rendre chez l’hygiéniste ainsi qu’à un contrôle annuel, voilà la recette d’un sourire éclatant. «Surtout quand le niveau socio-culturel est élevé!» rétorque-t-on dans le camps des initiants. L’impact du statut social sur la santé bucco-dentaire n’est pas une chimère, rappellent-ils.

Vraie fausse bonne idée ou simple bon sens? En attendant le verdict des urnes, mieux vaut ne pas oublier de se brosser régulièrement les dents.

Êtes-vous favorable à une assurance dentaire obligatoire?

«Réduire la santé bucco-dentaire au brossage des dents est simpliste»

Rebecca Ruiz, conseillère nationale (PS/VD) et vice-présidente de la Fédération suisse des patients, dont la section romande soutient l’initiative.

En Suisse, les soins dentaires relèvent de la responsabilisation individuelle. Cela fonctionne plutôt bien puisqu’en comparaison européenne, les citoyens helvétiques ont un bon niveau de santé bucco- dentaire. Pourquoi vouloir changer le système?

Le système fonctionne, mais pas pour tout le monde de la même manière. Il charge fortement les classes moyennes et les familles. Environ 10% de la population renonce à des soins bucco-dentaires pour des raisons financières, même parmi les personnes qui travaillent. Il nous paraît juste de rembourser les soins bucco-dentaires de base puisqu’on part du principe que la bouche fait partie du corps au même titre que les autres organes.

Près de 80% des ménages prennent actuellement à leur charge les frais dentaires. Cela ne reviendrait-il pas à créer une assurance publique pour une minorité?

Ceux qui prennent aujourd’hui ces frais en charge en seront aussi bénéficiaires. Pour la classe moyenne, en particulier pour les familles, les soins bucco-dentaires pèsent lourd sur le budget du ménage. Avec une telle assurance, tout le monde serait gagnant.

L’assurance ne concerne que les soins dentaires de base, mais l’on sait que ce sont les couronnes et les implants qui coûtent cher. Qu’est-ce que cette assurance prendra en charge?

Il faudra établir un catalogue détaillé des prestations qui seront remboursées. Mais le but est surtout de développer une prophylaxie générale, à l’instar de ce qui existe déjà actuellement pour les enfants, qui sont contrôlés une fois par an chez le dentiste scolaire. En offrant la possibilité de faire un contrôle et un détartrage remboursés, on évitera de devoir soigner des complications plus tard, qui coûteraient évidemment beaucoup plus cher.

Les médecins-dentistes sont clairs à ce sujet. Pour eux, la prévention qui passe par un brossage des dents trois fois par jour et une visite chez l’hygiéniste sont le nerf de la guerre. N’est-ce finalement pas la recette d’une bonne santé bucco-dentaire?

Ce type d’affirmations de la part de professionnels de la santé est simpliste. Partir du constat qu’il suffit d’avoir les bons gestes au quotidien afin d’éviter l’apparition de maladies peut être appliqué dans de nombreux domaines de la santé. Mais nous savons tous que cela ne fonctionne pas comme cela. L’être humain est complexe et les conditions socio-économiques dans lesquelles il évolue jouent un rôle important. Un médecin ne peut pas faire l’impasse sur le fait que tous les patients ne sont pas tous égaux. Par ailleurs, on sait que certaines maladies fréquentes telles que le diabète, la dépression ou le cancer provoquent des parodontites qui peuvent générer des pertes de dents, cela malgré une bonne hygiène bucco-dentaire. Réduire le tout au brossage des dents fait dans les règles est simpliste.

Que répondez-vous aux opposants qui estiment qu’un remboursement des soins ne ferait qu’augmenter les coûts de la santé publique?

On ne peut exclure une hausse au départ, mais sur le long terme, il est certain que, grâce à la prévention, nous pourrons éviter des coûts qui auraient été bien plus importants sans cette dernière. Cette assurance est un investissement sur le long terme.

Les initiatives en faveur d’un remboursement des soins dentaires ont été lancées dans des cantons romands. Comment expliquez-vous le désintérêt de la Suisse alémanique?

La notion de responsabilisation individuelle est beaucoup plus ancrée en Suisse alémanique. En Suisse romande, nous avons une approche beaucoup plus solidaire, notamment en matière de santé.

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