23 avril 2020

Sur les pas de Monsieur Santé

Durant trois jours, «Migros Magazine» a suivi Alain Berset de conférences de presse en téléconférences internationales. Au cœur de la gestion de crise du Conseil fédéral, il est l’homme fort du gouvernement.

Le smartphone greffé à la main: depuis fin février, Alain Berset a dû mettre sa vie de famille entre parenthèses.
Le smartphone greffé à la main: depuis fin février, Alain Berset a dû mettre sa vie de famille entre parenthèses.

La Suisse vit un moment historique. Le mot n’est pas trop fort. Car jamais notre pays n’a été pareillement secoué et balayé par un tel mal, qui plus est invisible et encore peu connu. Mettant sous pression toutes nos institutions sanitaires, politiques et économiques, le Covid-19 exige des solutions rapides à des problèmes inédits. Rien de moins. Et si le Conseil fédéral y fait face officiellement de manière collégiale, force est de constater que le ministre de la Santé est devenu un interlocuteur incontournable.

En le suivant durant trois jours, au cœur du pouvoir, l’observateur verra sans doute en Alain Berset une force tranquille certaine, pour reprendre le slogan cher à François Mitterrand. «Cette crise demande avant tout de gérer une incertitude alors que tout le monde exige des certitudes. Une fois que l’on a compris et accepté ça, cela aide beaucoup», résume le socialiste, son smartphone greffé dans une main, un flacon des HUG rempli de gel hydroalcoolique dans l’autre.

Bien évidemment, au-delà des apparences et des discours de façade se cache un homme qui a dû apprendre à œuvrer dans l’urgence, un responsable qui doit faire face à des situations changeant en quelques minutes et une bête de travail qui a dû mettre sa vie de famille entre parenthèses depuis la fin du mois de février pour écouter des dizaines de paroles d’experts et compulser des montagnes de rapports scientifiques. «Fort de tous ces éléments, je fonctionne aussi à l’intuition et tranche quand je vois qu’en séance nous nous éloignons d’un résultat.» Puis d’avouer: «Je peux même être un peu désagréable quand la pression est forte.» Dans ce trait de caractère peu amène, Alain Berset, ancien champion de 800 mètres, y voit cependant un atout: «Si on veut courir vite, il faut être un peu fâché.»

Mais par-dessus tout, «il faut savoir garder une ligne, que je veux humaniste. J’entends les ­critiques, mais je ne me laisse pas démonter. On ne peut pas aller avec le vent et dévier chaque fois qu’il y a une rafale. Et croyez-moi, en ce moment, les coups de vent sont forts. Heureusement, je peux compter sur mon expérience de plus de huit ans au Conseil fédéral. Sans cet acquis, je n’y serais pas parvenu», analyse Alain Berset, qui entre les rendez-vous avec les représentants des cantons et les «calls» avec les ministres de la Santé des pays du G20 n’a plus une minute à lui.

J’ai toujours essayé de m’entourer des plus compétents. Car cela décharge.

Pour ne pas céder à la pression, Alain Berset sait aussi s’appuyer sur ses collaborateurs, qui eux également travaillent sans relâche, improvisent des séances dans les couloirs du Département fédéral de l’intérieur ou informent, sur le trottoir, leur chef se rendant au pas de course à l’une des innombrables réunions inscrites à l’agenda. «Pour chaque position, j’ai toujours essayé de m’entourer des plus compétents. Car cela décharge.» C’est aussi avec son équipe rapprochée qu’il peaufine ses interventions avant les désormais traditionnelles conférences de presse.

«Je crois beaucoup à la force des mots dans la politique. En temps de crise, c’est important de trouver le ton pour expliquer et traduire ce qu’il se passe.» Il en ressort un discours clair, loin de la langue de bois habituelle – et quelques perles comme le désormais célèbre «aussi vite que possible et aussi lentement que nécessaire», une phrase qui a marqué les esprits durant la conférence de presse du Conseil fédéral du 16 avril.

Un homme aux plaisirs simples

Si le conseiller fédéral travaille en équipe sa communication, il est absolument seul aux commandes de son compte Instagram. «Les photos sont de moi et je les trafique sans gêne. Évidemment, cela prend du temps, mais j’aime ce côté décalé et cela permet de toucher les jeunes», explique-t-il simplement.

Alain Berset, en jeans et veste en cuir. Derrière le conseiller fédéral se cache un homme qui se réjouit de pouvoir à nouveau boire une bière sur une terrasse ou assister à un concert d'un festival.

Troquant volontiers son costume-­cravate contre des jeans et une veste en cuir, Alain Berset a su garder les pieds sur terre. Et sait aussi faire preuve d’autocritique. «J’aurais bien voulu prendre conscience un peu plus tôt que la situation était problématique à ce point. Mais au début, comme tout le monde, on était un peu incrédule», admet-il avec franchise avant de filer à un duplex avec Darius Rochebin. Non sans oublier de prendre le temps de respirer et de rêver à des jours meilleurs. Ceux où le Fribourgeois pourra savourer une bière sur une terrasse au soleil ou écouter un concert dans un ­festival.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

Chaud devant!

Haut les masques

«Le rire, c’est bon contre l’anxiété générale»

Des patients singuliers et... pluriels