2 juillet 2020

Cointrin, à l’heure du lent redécollage

En hibernation depuis la mi-mars, l’aéroport de Genève renaît à la vie. Même s’il lui faudra sans doute plusieurs années pour retrouver son rythme de croisière.

Il faudra sans doute plusieurs années pour retrouver le trafic d'avant la crise

Ce n’est pas encore la grande marée humaine. Par petits groupes très épars, ce matin de fin juin, quelques passagers pénètrent dans l’aéroport de Genève Cointrin. Certains masqués, d’autres pas. On croisera même un énergumène dans une tenue digne d’un nettoyeur de Tchernobyl. Chacun est pris en charge dès les premiers mètres par des employés vêtus de t-shirts rouges.

«Des volontaires qui se sont engagés sur leur temps de travail ou parce qu’ils sont au chômage partiel et ont du plaisir à revenir à l’aéroport», explique Ignace Jeannerat, chef adjoint du service de communication. Le rôle de ces «gilets rouges» est multiple: souhaiter la bienvenue, évidemment, proposer un masque, dont l’usage est fortement recommandé en période dite «rouge», c’est-à-dire lorsque l’afflux dans le terminal est tel qu’il n’est pas possible de respecter la distanciation sociale.

À chaque compagnie sa politique

«Mais dans les avions, chaque compagnie a sa propre politique, qui peut être dictée
par son autorité nationale. Chez EasyJet par exemple, le masque est obligatoire pour tout le monde, tandis que chez Swiss, il est seulement recommandé. Spontanément, on observe qu’au moins 85% des passagers choisissent de le porter.»

Il s’agit aussi d’expliquer aux passagers la procédure du plan de protection mis en place par l’aéroport: règles d’hygiène et de distanciation, pose de plexiglas à tous les desks,
invitation faite aux passagers d’effectuer eux-mêmes leur enregistrement aux bornes automatiques s’ils le peuvent ou encore fléchage au sol destiné à éviter que des flux de passagers se croisent. À cet égard, les femmes et hommes en rouge ont un rôle de vigilance consistant à repérer des groupes qui seraient un peu trop stationnaires ou dont les membres seraient un peu trop serrés les uns contre les autres.

En outre, des équipes de nettoyage interviennent fréquemment pour désinfecter tout ce qui est touché: les rampes, les portes, les boutons, les surfaces tactiles, etc.

En revanche pas de prise de température. Une décision de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) est attendue à ce sujet. Pour l’instant, seuls les vols en provenance de la Suède et atterrissant à Kloten sont concernés par cette mesure.

Il n’existe pas vraiment de changement au niveau des procédures de sûreté. «Juste de petites adaptations, explique Thomas Romig, chef du département conduite des opérations et chef de la Task Force Covid-19. La fouille corporelle se fait dorénavant par-derrière au lieu de face à face comme auparavant. On va privilégier aussi l’utilisation de mesures qui ne nécessitent pas de contacts physiques.»

Il faut donc plutôt moins de temps qu’avant pour effectuer toutes les démarches d'embarquement. Même si les bus qui conduisent aux avions ne prennent plus maintenant que 20 passagers à la fois, ou 50 si l’on est en période rouge, au lieu de 80. «On a vu des gens inquiets se présenter quatre heures à l’avance, raconte Ignace Jeannerat. Venir deux heures avant l’heure du départ est largement suffisant.»

Une hygiène de bloc opératoire

Thomas Romig, lui, se veut rassurant: «Il n’y a pas de raison d’avoir peur de venir dans un aéroport. Ni de voler. Au contraire dans un avion, il y a moins de risques de contamination, même si l’on est assis côte à côte avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, parce que les mesures mises en place au niveau des filtrages et du changement d’air sont extrêmement efficaces, davantage que ce que vous avez dans la majorité des locaux administratifs et des bureaux. C’est plus proche de ce qui existe dans les blocs opératoires. Le risque de propagation et de contamination est donc très faible. Jusqu’à présent en Europe, il n’y a d’ailleurs pas eu de cas rapporté de contamination dans un avion.»

Une envie de consommer

Ce jour-là, une seule colonne du grand tableau des départs suffit à indiquer tous les vols, au nombre de seize, avec des destinations comme Paris, Porto ou Nantes. À noter que le redémarrage de l’aviation d’affaires en jet privé se fait à un rythme beaucoup plus soutenu, puisque ce secteur a retrouvé déjà 50 à 60% de son activité normale.

Près de la moitié des revenus de l’aéroport, enfin, dépendent de ses commerces. Boutiques, restaurants et loueurs de voitures ne rouvrent là aussi que «progressivement, en fonction du flux des passagers», explique Christelle Hutin, cheffe du service concessions commerciales. Et surtout dans la partie «airside» (la zone après les contrôles de sécurité) où le Duty free s’est remis à fonctionner, mais sous forme de comptoir. «Les clients ne peuvent pas rentrer dans la boutique, on avait un problème de croisement des flux de passagers.» Les horaires ont été adaptés, passant de 6 h-21 h à 9 h-18 h.

La période s’avère financièrement compliquée, mais Christelle Hutin parle de vision commerciale à long terme. «Pour l’instant, l’important est que, quand les passagers arrivent à l'aéroport, tous les rideaux ne soient pas baissés. On sent d’ailleurs une volonté de consommer, de se faire plaisir, on retrouve une partie de ces achats d’impulsion qui font partie de l’expérience passager.»

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