30 octobre 2017

Réseau professionnel: l’art de bien s'entourer

Qu’ils réunissent des entrepreneurs, des femmes actives ou des salariés tous azimuts, les cercles professionnels essaiment en Suisse romande et dans le monde. Le but: réseauter, mais aussi bâtir des relations de confiance afin de mieux collaborer.

Andrea Onori a rencontré des personnes qui partagent ses valeurs au sein du Booster Club.
Andrea Onori a rencontré des personnes qui partagent ses valeurs au sein du Booster Club.

«Aujourd’hui, il est primordial de bien s’entourer.» Jeune entrepreneur romande, Sophie Lambert en est convaincue: rien de tel que les échanges d’expériences entre novices et professionnels expérimentés pour se sentir soutenu au moment de lancer sa propre société. Voilà pourquoi la Vaudoise a fondé l’an dernier la communauté LEAF (L’Entreprenariat Au Féminin), qui permet à des femmes du monde entier de communiquer et de s’entraider, notamment par le biais d’une application, mais aussi de talk-shows dynamiques – l’édition 2017 était animée par la musicienne Marianne James en personne – faisant la part belle aux parcours de vie inspirants.

Si la formule est innovante, le concept de se réunir en réseau, lui, n’est pas nouveau. On connaît bien entendu les éternelles chambres de commerce défendant les intérêts des entreprises helvétiques, mais ces dernières décennies ont également vu essaimer, en Suisse et sur le reste de la planète, une foule de clubs visant à rassembler les professionnels de tout bord (lire ci-après)! Certains ciblant une population bien précise, comme les femmes ou les entrepreneurs, d’autres étant ouverts à un public plus large. Avec toujours un même but: créer des liens.

Réseauter, en somme? Oui, mais pas uniquement. «Bien sûr, une première étape passe par l’échange de cartes de visite», reconnaît Geneviève Morand. Pionnière en la matière dans notre pays, elle a lancé la communauté Rezonance en 1998, sept ans avant l’apparition de Facebook, cinq avant celle de Linkedin. Et si elle loue les mérites des réseaux numériques, elle reste persuadée que rien ne remplace une rencontre autour d’un café. «Ça ne sert à rien de s’agiter sur internet si on ne cultive pas la qualité de la relation ensuite. Et il s’agit avant tout de bâtir une relation de confiance avec les autres.

Aujourd’hui, on ne fait rien tout seul.

Geneviève Morand, créatrice de la communauté Rezonance

D’où l’importance de trouver un réseau qui vous convient, qui vous tire vers le haut. Surtout à une époque où on sait que l’on ne travaillera pas pour la même entreprise toute sa vie.»

Chacun ses affinités

Par ailleurs, souligne-t-elle, nous ne tissons pas tous des liens de la même façon. Voilà ce qui expliquerait l’émergence continuelle de nouveaux concepts et groupes de professionnels, répondant à des attentes variées. «Tout dépend de ce que l’on recherche, confirme Laurent Cordaillat, fondateur du Booster Club à Genève, qui défend avant tout les valeurs éthiques et l’attitude positive de ses membres. Pour ma part, j’ai voulu créer un réseau à mon image. Chez nous, on cherche à construire des relations sur le long terme. Et à mon sens, la confiance est un générateur d’emploi et de business.» 

Andrea Onori, 46 ans, membre du Booster Club à Genève depuis 2015.

«Notre but n'est pas de faire du business à tout prix»

«A chaque fois que je sors d’un afterwork mensuel du Booster Club, j’ai une niaque d’enfer! Les membres font preuve d’un tel enthousiasme que je me sens stimulé dans mes propres projets…» Réunir des personnes affichant une attitude positive, voilà le credo de ce réseau créé en 2013 à Genève et qui a essaimé depuis dans plusieurs régions de Suisse romande et de France voisine.

«Nous parlons plus volontiers d’un cercle d’amis professionnels, précise l’Helvético-Italien Andrea Onori, qui a rejoint le club en 2015. Nous ne cherchons pas à faire du business à tout prix, mais plutôt à nous réunir autour de valeurs éthiques communes, comme l’honnêteté, la loyauté, le respect. Aujourd’hui, nous comptons près de 250 membres et 55 métiers sont représentés. Nous découvrons donc constamment de nouveaux univers, nos différences nous enrichissent et, bien sûr, il nous arrive d’échanger nos compétences. Nous apprenons à prononcer cette phrase: j’ai besoin de ton aide. Et nous n’hésitons pas à refuser les gens qui ne viennent là que pour distribuer des cartes de visite et qui ne s’intéressent pas vraiment aux autres.»

Pour sa part, le quadragénaire a trouvé dans le club, qu’il a rejoint suite à une conférence du fondateur Laurent Cordaillat – «Je m’étais reconnu dans les valeurs dont il parlait» –, l’occasion de rebondir après une grosse déconvenue professionnelle.

«En 2014, j’ai été licencié, pour des raisons économiques, du centre de formation au sein duquel j’occupais une fonction de cadre et pour lequel je travaillais depuis quatorze ans. J’ai ressenti un grand sentiment d’injustice et le Booster Club, qui réunit de nombreuses personnes étant passées par les mêmes épreuves mais refusant de se poser en victimes, m’a aidé à donner un sens à cette expérience.»

Il a également rencontré, en la personne de Laurent Cordaillat, un futur associé. «Début 2017, nous avons fondé ensemble Privilèges Genève, le premier centre de formation à l’attitude positive en Suisse. Nous intervenons principalement en entreprise et nous valorisons le capital humain. Même si initialement je ne me considérais pas comme un entrepreneur, je me sens aujourd’hui reconnu dans mes compétences professionnelles et mes valeurs humaines et je suis reconnaissant d’avoir la possibilité d’en vivre.»

Site internet: www.boosterclub.ch/

Valérie Gloor, 39 ans, membre des Business and Professional Women (BPW) Valais depuis 2015.

«Au fil des rencontres, un climat de confiance s’établit»

«Si un jour je rencontre une quelconque difficulté professionnelle, je sais que je pourrai compter sur l’une ou l’autre membre du club pour me venir en aide.» Voilà près de trois ans que Valérie Gloor, collaboratrice scientifique à l’Observatoire valaisan de la santé, a rejoint la branche valaisanne des Business and Professional Women (BPW), une organisation regroupant, depuis 1930, des femmes actives en Suisse et dans le monde.

«Dans le cadre de ma profession, j’ai pu construire un réseau assez solide, mais qui reste spécifique à mon domaine d’expertise. J’avais envie de rencontrer des personnes issues d’autres horizons. Or, parmi la quarantaine de membres qui composent notre club, nous comptons entre autres des patronnes de PME, des ingénieures, des médecins ou encore une juriste. Bref, une foule de profils disparates… Nous nous réunissons une dizaine de fois par année. Mais notre but n’est pas de récolter un maximum de cartes de visite! Le réseautage s’opère de manière naturelle et nous privilégions avant tout les échanges interpersonnels.»

C’est donc à la faveur de sorties en groupe – «En octobre, nous avons visité les locaux de Pharmalp, une start-up de la région, et en novembre, nous irons voir une expo au Manoir de la Ville de Martigny» – que les liens se créent. «Au fil de ces rencontres, nous faisons connaissance, un climat de confiance s’établit et nous découvrons les centres d’intérêt et les compétences de chacune, auxquelles nous pouvons faire appel au besoin. Il m’est déjà arrivé d’interpréter des statistiques pour l’une ou l’autre membre.» De son côté, Valérie Gloor a pu ajouter de nouvelles cordes à son arc en intégrant le groupe de communication des BPW Valais.

Faut-il nécessairement être féministe pour rejoindre un club fermé aux hommes?

«Si être féministe c’est croire en l’éga­lité salariale, alors oui, je suis féministe!

Mais je n’ai pas rejoint les BPW dans la perspective de militer, même si cette thématique constitue le principal cheval de bataille du réseau. Chaque année, nous lançons d’ailleurs une action pour sensibiliser le public. Ne subissant pas moi-même cette discrimination sur mon lieu de travail, faire partie des BPW me permet de ne pas oublier que la situation est loin d’être réglée partout. Et ce sujet n’aurait peut-être pas été abordé dans un réseau mixte.»

Site internet: Business and Professional Women (BPW)

Sandra Jacot, 42 ans, directrice de la branche yverdonnoise du Business Network International (BNI), créée en juin 2017.

«Notre but, c’est de générer du chiffre d’affaires»

Qui donne, reçoit. Tel est le concept sous-jacent du Business International Network (BNI), un réseau professionnel fondé aux Etats-Unis en 1985. «Nous fonctionnons comme une entreprise, souligne Sandra Jacot, directrice depuis juin 2017 du chapter (ou groupe régional) yverdonnois du BNI. Notre but, c’est de générer du chiffre d’affaires.» Chaque semaine, le mercredi entre 7 heures du matin et 8 heures et demie, la quadragénaire rencontre les quarante-cinq autres membres du groupe régional, tous entrepreneurs ou indépendants, pour une séance de travail hebdomadaire: «Nous avons tous vingt secondes pour présenter nos activités, évoquer nos attentes et inciter les autres à recommander nos services.»

Un échange de bons procédés donc, qui facilite l’expansion du carnet d’adresses de chacun. «Après avoir fondé une première entreprise de marquage publicitaire à Neuchâtel, j’ai renouvelé l’expérience à Yverdon. Le BNI m’aide à faire ma place dans la région. Si la porte d’un nouveau client m’est ouverte par l’un des membres du réseau, la tâche m’est facilitée. Je n’ai pas à faire des ronds de jambe, à essayer de m’imposer. De mon côté, j’ai toujours en tête les intérêts des quarante-cinq autres personnes.»

Mais avant de se voir ainsi recommandé à toute une gamme de potentiels clients, il est primordial de gagner la confiance des autres membres. «C’est à cela que servent nos séances hebdomadaires. Nous nous voyons aussi régulièrement en one-to-one et nous testons les services des uns et des autres avant d’essayer de les placer.» Et de préciser que chaque corps de métier n’est représenté qu’une seule fois au sein d’un chapter, «afin de ne pas susciter de jalousie à l’interne».

A noter que les membres du BNI signent un contrat d’un an et sont notés en fonction du nombre de recommandations qu’ils dispensent et du chiffre d’affaires qu’ils génèrent pour les autres. «Ce fonctionnement n’est pas fait pour tout le monde et nécessite un certain investissement de temps, que tous ne sont pas prêts à concéder.» Quant au côté relationnel, il est mis en avant lors des rencontres informelles qui précèdent et suivent chaque séance: «Bien sûr, le réseau génère aussi des amitiés.»

Site internet: www.bni.swiss

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