27 septembre 2018

Rebelles jusqu’aux roulettes

Un peu casse-cou, les adeptes du roller derby, une discipline venue d’outre-Atlantique, sont en grande majorité des femmes. En Suisse romande, elles sont de plus en plus nombreuses à se lancer à bras-le-corps dans ce sport d’équipe.

roller derby
Sur la piste, les bloqueuses ont pour but de stopper la jammeuse adverse. (Photo: Nicolas Schopfer)
Temps de lecture 6 minutes

Mini-shorts, collants déchirés, casques flashy et patins à roulettes aux pieds, elles filent à toute allure sur la piste. Elles se font appeler «Marquise de Sade», «GI Jojo» ou encore «Crash Princess», des surnoms qui en disent long sur le caractère rebelle de leur sport. Coup de hanche ou coup d’épaule, elles n’hésitent pas à envoyer leur adversaire dans le décor pour faire triompher leur équipe. Ces femmes mêlant parfois look punk ou rockabilly et bras tatoués sont toutes des adeptes du roller derby, une discipline principalement féminine, venue tout droit des États-Unis. Le principe: lors d’un match, deux équipes de cinq patineurs s’affrontent sur une piste ovale. Chaque équipe est composée d’un jammeur, dont le but est de marquer des points en dépassant ses adversaires, et de quatre bloqueurs, dont le rôle, comme leur nom l’indique, est de bloquer le jammeur adverse. Depuis quelques années, ce sport de contact gagne du terrain dans plusieurs régions de Suisse romande. La preuve dans la ville du bout du lac où l’équipe Genève Roller Derby United organise un «survival», soit un tournoi mixte en langage de néophyte.

Malgré les apparences, le roller derby n’est en rien une discipline sans foi ni loi... (Photo: Nicolas Schopfer)

Sur les starting-blocks

Ce samedi-là, à la salle omnisports du Petit-Lancy, la musique pop résonne dans l’enceinte du bâtiment. Il est midi passé et l’ambiance est plutôt festive. Pas moins de neuf équipes de six joueuses et joueurs venus de Suisse et de France se sont donné rendez-vous ici. À l’entrée du lieu, un petit bar a été installé près d’un photomaton et d’un stand d’impression de t-shirts aux couleurs de l’événement baptisé «track’lette». Un jeu de mots entre le nom de la piste de roller derby, «track», et la raclette qui conclura dans la convivialité ce tournoi. Et pour coller au thème,chaque joueur a fait imprimer pour l’occasion sur son t-shirt un surnom tel que «Fromage raté», «Mr Gouda» ou encore «Joey aux Moines». Autour du terrain, des gradins en hauteur accueillent le public et, dans «l’arène», tout est en place: les bancs sont alignés sur le côté du terrain pour faire patienter les équipes, la zone de jeu est délimitée par des bandes roses et les arbitres, reconnaissables à leurs tenues bariolées, sont prêts.

Après l'effort, la détente. (Photo: Nicolas Schopfer)

«En tout, trente-cinq personnes encadrent la partie aujourd’hui, explique Cynthia, alias «Crash Princess», présidente de la ligue genevoise. Et chaque équipe d’arbitres est composée de quatorze personnes en roller et à pied. Certains se chargent exclusivement de surveiller la jammeuse ou le jammeur, d’autres la prison, une zone dans laquelle se retrouve, pendant trente secondes, chaque joueur qui a commis une faute.» Malgré les apparences, le roller derby n’est en rien une discipline sans foi ni loi. Les règles de jeu et de sécurité sont strictes. «Par exemple, on n’a pas le droit de bloquer une joueuse dans le dos ni de donner de coups de coude, de pied ou de tête, poursuit la trentenaire. Pour les protections, tous ont un casque, un protège-dents, des protège-coudes, poignets et genoux. C’est le minimum. Certaines ont même des protège-seins ou des protège-coccyx.»

Il faut aussi être coriace dans ce sport à la fois funky et guerrier. Mais surtout être fair-play

Joëlle, alias «GI Jojo»

  Jeu de stratégie

Alors que les premiers teams équipés jusqu’aux dents se lancent, la présidente de l’équipe genevoise nous explique le déroulement du tournoi: «Toutes les deux minutes, deux équipes s’affrontent. C’est ce qu’on appelle un «jam». Puis, après trente secondes de pause, deux autres équipes jouent à leur tour. Et ainsi de suite pendant trois heures et demie. Le team qui a marqué le plus de points remporte le «survival». La cadence est soutenue, marquée par le rythme effréné des coups de sifflet. Certaines équipes très expérimentées s’en sortent haut la main et le jammeur réussit à se faufiler avec adresse entre les patineurs adverses, alors que d’autres, plus novices, butent face des joueurs très aguerris.

Les équipes ont des noms poétiques...ici, les Trackooliques Anonymes. (Photo: Nicolas Schopfer)

«Il faut plusieurs qualités pour être jammeuse, explique Céline, alias «Absinthe», l’une des participantes. De l’endurance, un bon mental et être clairvoyant. Quant aux bloqueuses, elles doivent être réactives, avoir une bonne lecture de jeu et un esprit d’équipe. Le roller derby est un jeu de stratégie avant tout, avec des règles complexes qui changent régulièrement.» Pour Joëlle, alias «GI Jojo», «Il faut aussi être coriace dans ce sport à la fois funky et guerrier. Mais surtout être fair-play. L’esprit d’équipe et l’entraide sont très forts au roller derby.»

On ne compte pas les bobos

Il suffit d’observer le déroulement du match pour prendre toute la mesure de l’ambiance bon enfant qui règne entre les joueurs. Malgré les coups envoyés pendant le jeu, pas de rancune, accolades et rigolades sont de mise, même si, parfois, on peut se faire très mal. «Je me suis déjà déchiré les ligaments du genou, fracturé le coccyx et j’ai eu quelques commotions, lance «Crash Princess». Les blessures comme les hématomes, ça arrive quand on fait ce sport.» Mais quand on aime, on ne compte pas les bobos. «Pour moi, c’est vraiment une passion, développe «Absinthe». Depuis six ans que je fais du roller derby, je me suis ramassé beaucoup de coups, mais ça fait partie du jeu. Je me souviens de la première fois où j’ai essayé ce sport: c’était tout de suite le coup de cœur, une révélation. Je ne pensais pas être capable de faire ça. Depuis, je m’entraîne quatre heures par semaine avec l’équipe de Genève dont je fais partie.» Une passion qui lui a même permis de participer à la Coupe du monde de roller derby cette année. «J’étais dans l’équipe suisse et c’était vraiment une expérience de malade. J’ai pu progresser et apprendre, notamment, à garder mon self control.»

Ici, les MÊME pas peur. (Photo: Nicolas Schopfer)

Si le roller derby jouit d’une reconnaissance à l’échelle internationale, en Suisse, la discipline peine à trouver sa place pour l’instant. «Il n’existe pas de championnat et c’est difficile de trouver des sponsors qui veulent bien nous soutenir, commente «Crash Princess». On compte surtout sur nos proches. L’avantage, bien sûr, c’est qu’en fonctionnant ainsi, de façon autogérée, on conserve l’esprit d’ouverture et une vraie autonomie.» Il en faudra donc davantage pour entamer le moral de ces troupes remontées à bloc. D’ailleurs, même si le roller derby ne bénéficie pas encore de soutien privé ou public, l’intérêt pour la discipline est bien présent comme l’atteste le nombre de participants au tournoi. «La ligue genevoise compte vingt-cinq joueurs dont la moyenne d’âge se situe entre 25 et 35 ans. Et nous touchons aussi de plus en plus de jeunes qui ont parfois 11 ou 13 ans. Mais avant 16 ans et accord parental, nous ne pouvons accepter personne dans notre équipe.»

Seule la motivation compte

D’ailleurs, côté critères, la discipline est ouverte à tous les profils, les gabarits, les âges... Seule compte, semblerait-il, la motivation comme celle dont font preuve les inépuisables derbistes sur la piste. Alors que l’horloge affiche 17 heures, l’arbitre siffle la fin de la rencontre. Les t-shirts sont trempés de sueur et l’essoufflement mêlé de satisfaction se fait sentir parmi les participants. Certains se tapent dans les mains, d’autres se donnent des accolades et s’adressent des sourires.

Et le gagnant est...

L’heure de désigner le gagnant a sonné. Face au jury, les joueurs sont réunis en demi-cercle et, sans surprise, c’est une équipe venue de France, la plus expérimentée de toutes, qui remporte le «survival», devant l’équipe lausannoise. Aucune déception néanmoins pour ceux qui ne sont pas sur le podium. L’heure est désormais à la fête et à la détente… Ensemble.

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