6 juillet 2017

Rome, de l’autre côté du Tibre

Vivant, grouillant, populaire et coloré, le quartier du Trastevere s’est mué au fil des vagues de touristes en un lieu aussi incontournable que le Colisée et la fontaine de Trevi. Y venir, c’est respirer une tranche de la vie à la romaine.

Un bateau à Rome sur le Tibre
Vue sur le Tibre depuis le Ponte Sisto. (Photo: Valeria Scrilatti/Contrasto)

Rome, Piazza Campo dei Fiori. Il est 9 h 30 et le marché bat son plein comme chaque jour. Des fleurs, des olives, des tomates, du basilic, toute l’Italie se balade sur les étals qui s’étirent d’un bout à l’autre de la place jusqu’à l’après-midi.

La Piazza Campo dei Fiori et son marché. (Photo: Valeria Scrilatti/Contrasto)

Lumière blanche, écrasante, comme seules les villes du Sud savent en offrir. Entre les travées, la vie grouillante de la vente rythmée par les palabres à l’italienne et les hordes de touristes venus se payer une tranche de vie à la romaine.

Rendez-vous a été donné sous la statue de Giordano Bruno qui trône au centre de la place. D’accord, ce n’est pas encore là-bas, de l’autre côté du Tibre, Trans Tiberim en latin comme le signifie «Trastevere», mais c’est déjà là, au sud de la place Navone, que ce moine hérétique à l’esprit libre a été brûlé un jour de l’an 1600.

C’est la place du peuple, la seule sans église à Rome,

énonce Amandio, guide et comédien passé maître dans l’art de conter la ville à pied ou à vélo.

Graffiti au jet d’eau

De la place du peuple au quartier qui était il n’y a pas si longtemps encore l’un des plus populaires de la cité, voilà qui a du sens. Car si les prix ont flambé au nord, la moitié sud demeure encore accessible. Les trattoria s’y font plus rares et les boutiques n’ont rien à voir avec les mignonnes échoppes du haut. Les jours de marché, comme le dimanche le long de la Via Portuense, on y trouve des fripes made in China plutôt que de l’huile d’olive de la région.

L’âme du Trastevere s’est-elle perdue dans ses ruelles colorées noircies de touristes? »Non, non, assure le tenancier du bar San Calisto sur la place du même nom.

On reconnaît ses habitants à leur façon d’être plus gouailleurs que les autres

et à leur manière de commander un latte macchiato en disant ‹un ammazzato› – entendez un assassiné… Et puis, si un Trasteverin traverse le fleuve, il meurt», rigole-t-il.

Isolé de la Ville éternelle au temps de l’Antiquité, l’endroit marquait alors l’entrée en pays étrusque. Aujourd’hui, il fait partie du Municipio I, le cœur historique de la ville, mais reste le seul à se trouver sur la rive droite du Tibre. On y arrive par le pont Sisto après avoir serpenté dans les ruelles qui s’élancent de la place Campo dei Fiori.

Mais avant, une halte au milieu du pont s’impose: en face, sur la rive droite, l’histoire de la ville est désormais «taguée» par l’artiste William Kentridge sur une gigantesque fresque de 550 mètres de long par la magie d’un jet d’eau à haute pression devenu pinceau sur la pierre noircie par la pollution. De Romulus et Rémus à Pier Paolo Pasolini, on se balade le long du fleuve accompagné des figures emblématiques de la cité avec vue sur Saint-Pierre de Rome et le Janicule.

Retour sur le bitume. Alors que l’on s’apprête à traverser, une drôle de silhouette de bois attire notre attention sur la gauche. C’est La Papesse, œuvre du jeune artiste Andrea Gandini qui taille les vieilles souches rencontrées au gré de son inspiration.

La «Papessa», une sculpture d'Andrea Gandini. (Photo: Valeria Scrilatti/Contrasto)

C’est que «Rome est une ville vivante, en perpétuel mouvement, loin des villes-musées, fait remarquer Amandio.

Ici, l’Antiquité, le Quattrocento ou le baroque surgissent à tous les coins de rue, sur une place comme à l’arrière d’une cuisine.»

Pecorino, supplì et gelato

De l’autre côté, la place Trilussa – en l’honneur du poète romain du XXe Carlo Alberto Salustri qui a pris ce nom de plume, et dont la statue allongée semble vouloir se lever dans un effort désespéré –, avec sa fontaine monumentale construite par Paul V en 1612, inaugure notre arrivée en terre trasteverine.

Sur la Piazza Trilussa, la fontaine du pont Sisto, construite sur l’initiative du pape Paul V. (Photo: Valeria Scrilatti/Contrasto)

Les rues se font plus étroites et les façades se teintent d’ocre, de jaune et de rouge délavé. Il y a peu, le linge pendait encore aux fenêtres. Trattoria, cafés et boutiques se succèdent dans le dédale des rues emplies de fêtards le soir venu.

On s’engouffre dans la Via del Moro avant de bifurquer à droite sur la Via Pelliccia, puis à gauche sur le Vicolo del Piede, passant sous la vigne qui s’étire de part et d’autre pour déboucher sur la Piazza Santa Maria in Trastevere. C’est là, autour de sa fontaine et face à sa basilique, l’une des plus anciennes de Rome, que bat le cœur touristique du quartier.

Cette mosaïque de la basilique de Santa Maria in Trastevere date du XIIIe siècle. (Photo: Valeria Scrilatti/Contrasto)

On laisse ses terrasses pour celle plus confidentielle de San Calisto, juste derrière. Changement de décor. Le bar et son extérieur ont des airs de dolce vita. La boule de glace y est encore à 1 euro (voir encadré) et le café à 90 centimes... Les anciens se pressent au comptoir tandis que les étudiants préfèrent une bière dehors.

Le quartier invite à déambuler dans une ambiance détendue. (Photo: Valeria Scrilatti/Contrasto)

Mais déjà les devantures de la longue rue San Francesco a Ripa, diagonale qui traverse le quartier d’est en ouest, de l’autre côté du Viale di Trastevere, nous appellent. Ici, les boutiques fleurent bon la Rome des Romains. Poussez la porte du numéro 18 et vous découvrirez une cour typique: vase de fleurs peint dans une alcôve, escalier en colimaçon, les anciens locataires n’ont pas encore été chassés par la cherté des loyers.

L’obtention d’un fil de fromage est obligatoire pour un supplì réussi! (Photo: Istock)

A quelques pas de là, on y déguste un pecorino et un supplì, sorte d’arancino à la romaine, car, intime Amandio, «on ne peut venir à Rome sans goûter à cette spécialité». Encore quelques mètres et nous rejoignons la longue artère du Viale di Trastevere. Le tram 8 passé, on foule la Piazza Mastai avant de remonter en direction du pont Palatino signalant l’entrée du ghetto juif. Mais ça, c’est une autre histoire.

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