31 janvier 2018

Roulez, boulettes

Chaque week-end le montre: maladresses, simulations, tricheries et autres attentats contre le bon goût et le bon sens, sont un peu le sel du football. Ne vous excusez surtout pas.

Une danseuse prénommée Malcolm.
Une danseuse prénommée Malcolm.

De la balle à la boulette, il n’y a souvent qu’une épaisseur de crampons. Prenez un renard des surfaces, qui conclut victorieusement un centre de la tête. But splendide et accordé. Sauf que les multiples ralentis montrent que c’est avec la main que le renard a scoré. Il doit se justifier, le renard. La main de Dieu, ça ne prend plus - Dieu est mort, Maradona l’a tué. Alors le renard dit «qu’avec l’adrénaline et l’instinct» il a «cru avoir marqué de façon régulière». Jeune attaquant prometteur et déjà jésuitique d’un Milan AC victorieux ce soir-là de Lazio 2-1, il s’appelle Cutrone. Patrick Cutrone.

Lui, au contraire, joue dans les buts. Le score est de 1 à 1. L’horloge indique la 95ème minute. Corner. Le valeureux "keeper" s’interpose dans les airs. Veut relancer à la main. L’avant-centre adverse le bouscule alors légèrement. Ni une ni deux, le portier lui botte les fesses. Carton rouge, penalty et défaite sur le fil. Il s’appelle Ross Fitzsimons, défend les buts de Notts-County en League 2, le quatrième échelon du football professionnel en Angleterre. Il s’est excusé pour ce moment de folie. Son entraîneur ne lui en veut même pas: «Ce qui est fait est fait. D’ailleurs il n’y avait pas corner».

Celui-là n’a que 22 ans, et c’est son jour de gloire: avec son équipe d’Espanyol de Barcelone, qui affronte Leganès, c’est la première fois qu’il fait trembler les filets. Plutôt trois fois qu’une, un hat-trick, un coup du chapeau, trois buts dans le même match. Problème: sur ces trois buts, deux sont des autogoals, provoqués en déviant maladroitement des centres adverses. Pour une défaite 3-2. Il s’appelle Mario Hermoso et la presse espagnole a essayé de le consoler en le sacrant inventeur du «hat-trick sui generis».

Cet autre est un rugueux défenseur de Cardiff City, autant dire un pléonasme en short. Sa boulette? Lors d’un match de Cup contre Manchester City, s’être fait l’auteur d’un tacle particulièrement appuyé sur un international allemand. A savoir Leroy Sané, contraint de sortir sur blessure et probablement indisponible pour de nombreuses semaines. D’où un tweet courroucé, assorti du malicieux hashtag #inSane, de la Fédération allemande de football, rappelant aux bûcherons de Cardiff l’existence d’une Coupe du monde dans quelques mois. Autrement dit: pas touche à nos pépites, mollo avec les tronçonneuses. Le coupable qui dit regretter son geste, s’appelle Joe Bennett. Un nom qui fleure pourtant bon le corps à corps viril mais correct.

La vraie canaille du week-end, néanmoins, est un ailier, convoité par toute l’Angleterre et qui se morfond dans un club français du ventre mou. Une magnifique pirouette à la Béjart dans les seize mètres, sans que le défenseur ne lui ait frôlé même un poil. Penalty, but et victoire de Bordeaux contre Lyon. Il s’appelle Malcolm et les fans d’un des clubs qui le convoite –Arsenal- en ont vite tiré des conclusions hâtives: «Le pire plongeon que j’ai jamais vu», «nous n’avons pas besoin d’un joueur pareil», «heureusement qu’il n’a pas encore signé chez nous» etc. Heureusement aussi pour Malcolm qu’il existe en Angleterre d’autres grands clubs, avec des fans moins prudes que ceux d’Arsenal et qui savent bien qu’un but restera toujours mille fois plus important que la manière de le marquer.

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