21 juin 2018

Salle d’op pour objets déglingués

Des Repair Cafés, il y en a partout dans le monde, y compris en Suisse. Ce sont des lieux de rencontre où des bricoleurs éclairés et bénévoles aident les gens à réparer des choses abîmées qu’autrement ils jetteraient. Comme ce dimanche-là à La Chaux-de-Fonds.

Repair Café
Le Repair Café de La Chaux-de-Fonds attire des dizaines de personnes à chaque édition. Photos: Matthieu Spohn

Une ruche bourdonne au centre-ville de La Chaux-de-Fonds, en ce dimanche de juin: ce sont les bénévoles du Repair Café local qui finissent d’installer tables et bar dans la salle que la municipalité leur a mise gracieusement à disposition. Parmi eux, une douzaine de réparateurs placides qui profitent de ces derniers instants de tranquillité pour papoter et boire un café.

Les réparateurs bénévoles s'engagent pour la convivialité de l'expérience et l'impact écologique.

Quelques minutes avant 11 heures, les premiers «clients» débarquent, chacun avec un ou plusieurs objets déglingués à faire ausculter et soigner. Les personnes chargées de l'accueil les inscrivent à tour de rôle, leur font signer une décharge de responsabilité («Nous ne fournissons pas de garantie et cela évite toute réclamation ultérieure», explique une dame à un monsieur entre deux âges) et leur donnent enfin un numéro comme à la Poste.

C’est un fil électrique qui est cassé, c’est réparable.

François, réparateur bénévole

Roméo (9 ans) s’est levé tôt ce matin-là pour faire rafistoler son drone de poche. Il le confie à François, un bricoleur qui touche sa bille en électronique. Ce dernier désosse l’engin pendant que son vis-à-vis se plonge dans ses cartes Panini. «C’est un fil électrique qui est cassé, c’est réparable.» Roméo est soulagé. Une soudure et le tour est joué! Son pote Achille (10 ans) aura moins de chance avec son hélicoptère télécommandé.

Lutte anti-gaspi

«Aujourd’hui, il y a une quinzaine de Repair Cafés en Suisse. Le nôtre, que l’on met sur pied trois fois par année, existe depuis septembre 2015. Nous en sommes à la 9e édition», relève Béatrice Thiémard-Clémentz, la femme qui est à l’origine de cette initiative dans les Montagnes neuchâteloises. «Nous organisons ces rendez­vous dans une perspective de développement durable, pour lutter contre l’obsolescence programmée et montrer qu’il y a des alternatives.»
Lancé voilà neuf ans en Hollande, ce concept a séduit cette quinqua dynamique parce qu’il mélange deux valeurs essentielles à ses yeux: l’écologie et la convivialité.

«Ici, nous parlons, nous échangeons, nous passons un bon moment ensemble, nous prenons le temps de faire les choses avec plaisir pour l’autre, pour l’être humain, pour la nature et pour la planète, loin de toute logique économique.» Le seul argent qui circule est celui que les «clients» glissent dans des tirelires en remerciement.

Le seul échange d'argent a lieu sous la forme d'une participation volontaire.


À l’entrée, la file d’attente s’allonge. Certains apportent des appareils ménagers à retaper, d’autres des vêtements à rapiécer, d’autres encore des bibelots à recoller ou des ordis à ressusciter. Et tous espèrent que la vie de leurs objets sera prolongée grâce au savoir-faire des experts présents. À l’image d’Alexandre qui dépose la débroussailleuse qu’il a héritée de son père sur l’établi improvisé de Luc. Diagnostic: «Le câble de démarrage a vécu, il faut le changer!»

Les gens sont souvent attachés aux choses qu’ils remettent entre nos mains.

Luc, bricoleur averti


«Les gens sont souvent attachés aux choses qu’ils remettent entre nos mains. C’est l’opération de la dernière chance et parfois, malheureusement, nous ne procédons qu’à une autopsie, car tout n’est évidemment pas récupérable.» Alexandre et Luc suent de concert pour remettre en place les pièces du démarreur. Nous ne saurons pas si cette intervention s’est soldée par une réussite ou un cinglant échec. «Mais l’important, comme le dit l’un des participants, c’est d’essayer!»

Les visiteurs apprécient de se retrouver.

Ambiance bon enfant


Plus loin, Raphaël s’escrime sur une machine à café («Un grand classique avec les grille-pain et les sèche-cheveux»). Il démonte le capot et procède à un nettoyage de printemps. Du marc de café tombe sur la table, formant rapidement un joli tas. La propriétaire prie pour que ce décrassage en profondeur suffise à enrayer les fuites. «J’y tiens, elle fait de bons expressos.»

Les enfants viennent faire réparer leurs objets préférés.

En attendant qu’on appelle leur numéro, la petite foule qui s’est amassée dans le local discute, sirote un thé ou déguste une pâtisserie. L’ambiance est vraiment bon enfant. «Le 11 est demandé à la couture!» Une fillette se lève prestement, s’approche d’une jeune femme et lui présente sa peluche: «C’est Nounours blanc, il a un trou dans le bras et un autre dans le dos.»

La première fois que je suis venue, c’était pour ma licorne qui ne marchait plus.

Josselyne, 7 ans

Solange raccommode le pauvre plantigrade. «C’est la deuxième fois que je viens, raconte Josselyne (7 ans). La première, c’était pour ma licorne qui ne marchait plus et ils ont réussi à la refaire fonctionner!» «Tu es toute seule?», lui demande la couturière. «Non, ma maman est dehors avec mon vélo, il a les pneus crevés et il y a un monsieur qui s’en occupe.» Elle repart avec le sourire et son gros ours sous le bras…

Ce dimanche-là, 95 appareils ont été sauvés.

Près de 100 appareils sauvés

«En moyenne, nous parvenons à réparer à peu près deux tiers des choses qui nous sont confiées», précise Fabrice Aubry, le coordinateur de ce Repair Café. Ce que confirme le résultat chiffré de ce dimanche, tombé peu après 15 heures: «Nos dépanneurs sont parvenus à prolonger la vie de 95 des 152 appareils, habits et autres objets divers qui sont passés entre leurs mains.» 

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