21 février 2019

Le feu sous la glace

Jeune œnologue et vigneron installé à Venthône (VS), Samuel Clavien a une passion froide: en hiver, les jours où le travail à la cave se fait moins pressant, il chausse ses crampons et empoigne ses piolets pour aller escalader des cascades gelées.

Samuel Clavien a décroché un titre de champion suisse d’escalade glaciaire à Saas-Fee l’an dernier (Photo:Fred Merz/Lundi13).

Samuel Clavien est un taiseux, un jeune homme qui préfère les actes aux paroles, un vigneron qui se soucie de sa terre, un œnologue qui passe du temps dans ses vignes… Dans le secret de la Cave de la Pierre à Venthône (VS), il élève ses vins dans le respect de leur cépage, comme son père avant lui. «Sans les modifier ni les corriger», précise-t-il. Un mot revient souvent dans la conversation: «authentique».

Ses nectars semblent être le reflet de ce qu’il est: un trentenaire sincère, qui ne triche pas, qui va droit au but comme lorsqu’il gravit avec force et agilité des parois rocheuses ou des formations glaciaires. «J’ai découvert la grimpe à l’adolescence, mais ça n’a pas été tout de suite le coup de foudre…» Pour le récit glamour, il faudra repasser. Lui vous livre la vérité, toute la vérité, crue et brute de décoffrage.

Le feu de la passion devait pourtant couver sous son épiderme, car Samuel Clavien finit par crocher, par s’accrocher pour atteindre un super niveau, franchir des verticales cotées 7C, se lancer dans la compétition. Motivé, décidé à renverser des montagnes, il parvient même à décrocher un titre de champion suisse d’escalade glaciaire («Ice climbing»). C’était en 2018 à Saas-Fee (VS). Cette année, il s’est contenté de la quatrième place, de la médaille en chocolat. «Je n’étais pas assez entraîné, pas assez affûté.»

Le respect de la glace

À l’entendre, il n’a aucun regret, aucun remords. En fait, contrairement à ce que son parcours pourrait laisser penser, ce Valaisan n’est pas une vraie bête de concours. Pas plus comme grimpeur que vigneron d’ailleurs. Ce qu’il préfère, c’est la tranquillité de ses vignes, le silence de sa cave, la sensation de paix qui émane d’un paysage de montagne en hiver. Il aime exhaler des petits nuages de condensation dans l’air glacial, entendre crisser ses pas dans la neige fraîche.

«J’apprécie cette solitude, j’adore ces ambiances-là un peu magiques, il y a un petit côté aventure qui me plaît bien. Puis, il y a ces cascades figées par le froid qui sont juste magnifiques et qui changent d’aspect d’année en année.» Et lui y plante ses crampons et piolets encore et encore. Pour monter plus haut, pour se dépasser, pour atteindre une forme de nirvana. Toujours dans le respect. Parce que la glace peut être traître si l’on n’y prête pas attention…  MM

Benutzer-Kommentare