4 mai 2018

Sandra Pittet: l'art des «kokedamas»

Curieuse et contemplative, Sandra Pittet a changé de vie par amour pour les plantes. Elle revisite l’art floral japonais en composant de fascinantes boules végétales.

Temps de lecture 4 minutes

Elle a la main verte. Verte et ronde. Juste à la bonne taille pour façonner des petites planètes végétales: une motte emballée de mousses fluorescentes, de laquelle surgit une petite plante. En quelques mois à peine, Sandra Pittet, 34 ans, est passée maître dans l’art des kokedamas. Une tradition japonaise ancestrale, à mi-chemin entre l’ikebana et le bonsaï qui commence à faire graine en Occident. Et qui a tourneboulé la vie de la jeune femme.

Sandra Pittet met les plantes en scène avec toute la poésie inhérente à l’art floral japonais. (Photo: Dom Smaz)

Car Sandra Pittet n’est ni botaniste ni horticultrice. Et encore moins pépiniériste. «J’ai toujours beaucoup aimé les plantes, depuis toute petite, sans pour autant penser à faire un apprentissage de fleuriste», dit-elle en souriant. Avec un père dans la finance, une enfance joyeuse sur les hauts de Vevey, elle suit la voie de la raison: des études d’économie et de gestion, qui l’amènent à travailler pendant huit ans au département finance d’une grande entreprise. Des budgets à tenir, des additions, du comptable. «Ce poste m’a donné un cadre, il m’a appris à me gérer. J’aimais beaucoup les rapports humains, le travail d’équipe. Mais après quelques années, j’ai commencé à me demander si c’était vraiment ce que je voulais faire toute ma vie.»

Se laisser guider par son intuition

Une petite voix la taraude, pousse dans l’ombre de son quotidien chiffré. Et si la vraie vie était ailleurs? Et si les valeurs essentielles étaient hors du bureau? Deux rencontres vont l’amener à mûrir ses pensées. Lors d’un voyage à Paris, elle découvre des terrariums végétaux réalisés par une artiste: des petits jardins de plantes dans des bocaux de verre. «Ça m’a beaucoup parlé. Je me suis tout de suite documentée et j’ai fait des essais chez moi.» Un peu plus tard, son chemin croise celui des kokedamas. C’est la révélation. «J’ai été séduite par l’aspect esthétique, cette mise en valeur de la plante. C’est un objet de décoration vivant, original et facile d’entretien, que l’on peut poser sur ce que l’on veut, une assiette, un bois flotté, ou le suspendre.»

J’ai été séduite par l’aspect esthétique, cette mise en valeur de la plante

Sandra Pittet

À la conquête du savoir-faire

Restait à pouvoir les confectionner. Elle suit alors des cours, apprend la composition des boules, met les mains dans le terreau. Et retombe avec bonheur en enfance: «J’ai eu un plaisir fou à retrouver le travail manuel. Façonner la terre, la modeler, c’est comme quand on est petit et qu’on joue à la dînette dans le bac à sable!» La décision est prise: elle quitte son job confortable et décide de lancer sa start-up, Midori Lab à Lausanne, en janvier de cette année. Midori, en japonais, signifie «vert» ou «belle nature». «En créant mon studio, je voulais apporter de la verdure dans le quotidien des gens. C’est apaisant, la nature chez soi.»

Un peu à l’étroit chez elle, elle vient même de dénicher un lieu d’accueil pour son atelier: l’espace associatif Les Gens, à Lausanne, qui accueille et expose une vingtaine d’artisans créateurs. C’est là, dans un local de la taille d’un mouchoir de poche, qu’elle triture les mottes, hume les odeurs de terre mouillée, choisit les plantes qu’elle mettra en valeur, tout en écoutant des histoires fantastiques – en ce moment, L’assassin royal de Robin Hobb. C’est là aussi qu’elle donne des cours aux amateurs.

En créant mon studio, je voulais apporter de la verdure dans le quotidien des gens

Sandra Pittet

Tout l’art du kokedama consiste à souligner la beauté d’une tige, le graphisme d’un feuillage et à trouver les bons mariages. Les racines bien nettoyées, il s’agit d’installer la jeune plante – Sophora prostrata, Ficus ginseng, lierre, pied d’éléphant, Schefflera, Asparagus aérien, etc. – dans son biotope avec un mélange subtil d’argile, de terreau et de noix de coco broyées. «Pour l’arrosage, il suffit de soupeser la boule une fois par semaine. Si elle est légère, c’est le moment de la baigner quelques minutes puis de l’essorer.»

Un monde au bout des doigts

Trente minutes suffisent à ses doigts expérimentés pour créer un micro- univers. «C’est vite fait, mais on peut aussi les réaliser très lentement, en pleine conscience. Cela vide l’esprit comme une sorte de méditation. Et mon but n’est pas de devenir une entreprise multinationale!» Une chose est sûre: Sandra Pittet compte bien rester sur sa petite planète verte, les mains noires de terre et de mousses détrempées. «Dès que je me lève, je fais un kokedama ou je m’occupe de ceux que j’ai déjà. Je ne sais pas si je ferai ça toute ma vie... Mais pour le moment, ce qui m’intéresse, c’est de fleurir les gens. Et de leur apporter cette nature en miniature, apprivoisée, pour embellir leur quotidien.»

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