18 avril 2018

Home, sweet home

Accompagnatrice spirituelle laïque dans une maison de retraite médicalisée du canton de Neuchâtel, Saroj Gagnebin a écrit «Bienvenue en EMS», un petit guide de survie à l’usage des futurs résidants, c’est-à-dire de vous et moi. Poilant, décapant et… éclairant.

Saroj Gagnebin tient son livre et pose souriante.
Saroj Gagnebin a puisé dans son expérience professionnelle pour présenter les EMS sous un nouveau jour (photo: Guillaume Perret)
Temps de lecture 4 minutes

Qui a déjà franchi le seuil d’une résidence pour personnes âgées? Qui, surtout, a osé s’y attarder pour observer le personnel et les pensionnaires, prendre la température, humer l’atmosphère?

Peu d’entre nous sans doute. Car personne, au fond, ne souhaite «finir» en maison de retraite. C’est vrai qu’il y a plus glamour comme dernier séjour!

Pourtant, si l’on en croit Saroj Gagnebin, auteure de Bienvenue en EMS (paru aux Éditions Baudelaire), ces lieux valent le détour, méritent mieux qu’une visite express à pépé- mémé.

Quand je parle d’EMS, mes interlocuteurs serrent les fesses! Mais ces centres, c’est aussi la vie, la joie, l’amour.

Saroj Gagnebin

Moi, je n’ai jamais autant ri que depuis que je suis employée dans un de ces établissements.»

Privilégier les relations humaines

Bardée de diplômes (une licence en gestion d’entreprise, un master en sciences de l’éducation, un bachelor en sciences humaines, etc.), cette ancienne enseignante œuvre en tant qu’accompagnatrice spirituelle laïque. «Mon travail, c’est de l’écoute, de l’empathie, de la présence…

Le fait d’être là, de tenir la main à un résidant, ça évite parfois de devoir lui donner un comprimé pour avoir la paix.

Saroj Gagnebin

➜ À lire aussi: «De la médecine douce pour les seniors»

Cette trentenaire est cash, sans masque. Comme les aînés qu’elle fréquente au quotidien. Comme son livre au style direct et caustique. L’humour n’est-il pas la politesse du désespoir? Pas ici, même s’il est parfois noir comme du cirage (celui dans lequel pataugent certains pensionnaires). Extrait:

«La vie en EMS, c’est comme attendre un avion qui a été annulé; on voit tous les autres prendre leur envol et nous, on attend que ce soit notre tour.»

Le deuil de sa vie passée

Pour cette fille adoptée (elle est originaire d’Inde), aujourd’hui mère de jumelles, l’entrée en maison de retraite est comparable à la première journée d’école. En pire:

C’est un vrai travail de deuil, et c’est aussi difficile que de dire adieu à une personne qu’on aime.

Saroj Gagnebin

Parce qu’en réalité, on doit dire au revoir à tout: à son autonomie, à sa maison, à ses meubles, à ses habitudes...»

Et puis, il y a l’effet miroir, l’image souvent cruelle que nous renvoient les autres résidants, la confrontation avec, comme elle l’écrit, «des vieux séniles hurlants ou pleins de bave». Alors que l’on rêve de s’endormir «paisiblement avec toute notre tête, continent, frais et dispos».

Rien ne nous est épargné dans ce bouquin, pas même les odeurs d’urine et de mort qui flottent dans les couloirs de ces hospices. Des couloirs hantés par toute une faune d’aïeuls que caricature avec tendresse cette dame de cœur.

Il y a le «paparkinsonne» à garder bien sûr à distance lors des repas, la «méméchante» qui se prend pour la sœur jumelle de la reine mère, le «joublitou» que vous reconnaîtrez à ses salutations répétées, ou encore les «supers vieux», ces papies-mamies qui font de la résistance en toute élégance.

Attention, ces personnes ne se résument pas à leur manie ou à leur pathologie, ce sont des êtres humains, pas des numéros!

Saroj Gagnebin

Notre interlocutrice affirme d’ailleurs n’avoir «jamais côtoyé autant d’humanité que dans les gestes et les paroles du personnel des EMS». « Si vous n’aimez pas votre prochain, vous ne pouvez pas faire ce travail», résume-t-elle.

La croisière s’amuse

Afin de ne pas davantage traumatiser son lectorat (et le nôtre par conséquent), l’auteure précise que si l’on aime les croisières, on va adorer l’EMS «avec ses chambres minuscules et sa nourriture caractéristique, ses réveils bruyants, ses soirées dansantes d’un autre temps et ses orchestres burlesques». Avant d’admettre bien sûr que l’escale est toujours la même...

Question chambre justement, Saroj Gagnebin recommande d’opter pour une single. «L’EMS, c’est un peu comme une colo, il faut faire avec les autres. Si vous aimez la vie en kibboutz, c’est bien. Sinon, il vaut mieux avoir son petit chez-soi, son abri, sa solution de repli.» Elle conseille aussi d’être aimable en toutes circonstances. Sinon, gare aux mesures de rétorsion!

Pour nous rassurer définitivement, cette femme plutôt hospice & love rappelle que nous allons trouver dans notre futur home sweet home «un cadre de vie sécurisé, propre et convivial», apte à sortir bien des gens de leur isolement. Je pense notamment à cette résidante qui dit connaître à nouveau le bonheur depuis qu’elle est en maison de retraite. «Eh oui, ça existe!» Pour finir, une phrase à méditer, celle qui conclut le guide de Saroj Gagnebin:

L’EMS n’est pas la fin de votre vie, c’est juste un nouveau chapitre, le dernier sans doute, mais c’est vous seul qui pouvez l’écrire.

Saroj Gagnebin

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