21 mars 2019

Faut-il se déchausser lorsqu’on est invité?

La question a divisé cette semaine toute la rédaction. Et vous? Qu’en pensez-vous?

Pour (par Yvonne Samaritani)

«Je suis d’avis que les convives doivent retirer leurs chaussures à l’intérieur. Ce n’est pas tant un problème d’hygiène, de mauvaises odeurs ou de rayures sur le parquet, mais plus une question culturelle. Une sorte de fossé qui se creuse. J’ai une théorie sur le sujet: les adeptes des pantoufles vivent au nord de Chiasso. Je peux me permettre d’avancer cette thèse, car mon conjoint est tessinois. Il a grandi à Ponte Tresa, à quelques encablures de la frontière. La moitié de ses amis vivent en Italie. C’est pourquoi, chez nous, la question des pantoufles est régulièrement remise sur le tapis.

Nos mères nous répétaient sans cesse: «Enlevez vos chaussures!» Et aucune exception à cette règle n’était autorisée: celles-ci sont faites pour l’extérieur, un point c’est tout. Lorsque les invités n’ôtent pas leurs chaussures, nous les fixons du regard jusqu’à ce qu’ils comprennent le message. Ils s’exécutent, non sans lâcher un profond soupir. Comme s’ils pensaient: «Mon Dieu, vous n’êtes vraiment pas flexibles.» Nous le vivons bien. Au plus tard au moment de l’apéritif, ils se sentiront à l’aise en chaussettes.

Nous avons des pantoufles. Le chauffage au sol. Et être pieds nus est relaxant. Et nous pouvons cuisiner. Si je lis l’article de Pierre Wuthrich (ci-dessous), je crains que le fossé culturel avec les pantoufles ne s’étende également à celui des röstis. Mon Dieu!»

Contre (par Pierre Wuthrich)

«Jamais, au grand jamais, je ne demanderai à mes hôtes de se déchausser sur le pas de ma porte. Car pour moi l’art de recevoir consiste à faire en sorte que ses invités se sentent à l’aise. Cela passe par un choix de plats – toujours différents – qui je le sais pourra leur plaire, une sélection de discussions évitant les sujets qui fâchent et, bien sûr, des règles de bienséance qui font, entre autres, que l’on restera chaussé.

En effet, prier la personne qui nous fait l’honneur de passer quelques heures avec nous, c’est prendre le risque de la mettre dans une situation embarrassante si toute l’assemblée venait à découvrir une chaussette usée, voire pire, trouée. Lui faire ainsi perdre la face me ferait perdre la mienne. Et puis, un homme ou une femme sans chaussures, ce n’est définitivement pas sexy. Sans parler des éventuelles odeurs ou des empreintes de sueur sur le sol un soir d’été… Pour toutes ces raisons, mon parquet, malgré son âge vénérable – il date de 1927 – peut bien supporter les semelles venant de la rue.

À l’inverse, quand je suis l’invité, je me déchausse si l’on me le demande. Car savoir respecter les règles de la maison d’autrui fait partie de mon éducation. Et tant pis si j’ai froid aux pieds durant la soirée. Je me réconforterai en me disant que j’ai bien fait de mettre mes plus belles chaussettes – les fuchsia, celles qui donnent toujours du peps à ma tenue.»

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