7 septembre 2018

Se mêler ou pas des disputes enfantines

Si les chamailleries jouent un rôle positif dans le développement de l’enfant, la psychologue fribourgeoise Julie Baumer conseille d’intervenir quand la situation n’est pas équitable.

disputes enfantines
Une illustration de François Maret.
Temps de lecture 4 minutes

Mamaaaaaaan! Julia m’a tiré les cheveux!», hurle Angelo, 8 ans, du haut de l’escalier. «C’est de sa faute, il a déchiré mon dessin!», rétorque la voix furieuse de sa sœur de 10 ans. Un exemple de dispute parmi un trillion au moins, et toujours la même question qui se pose pour les parents excédés: faut-il s’en mêler, ou pas? Tout dépend de la situation, explique le Dr Julie Baumer, fondatrice du cabinet PsYkids à Fribourg. «Si la relation entre les enfants est équitable, c’est-à-dire s’il n’y a pas un enfant ou groupe d’enfants qui domine et écrase un autre enfant ou groupe, il est bon de ne pas se mêler trop vite de leurs conflits afin de leur laisser faire leurs expériences. C’est-à-dire tester différentes façons de se comporter, voire comment l’autre réagit et développer par eux-mêmes des solutions.» Il y a en effet des chamailleries qui rendent les enfants plus matures et indépendants, explique-t-elle. Et les petites disputes, tout à fait normales, jouent même un rôle positif dans le développement enfantin: «Ils apprennent ainsi à se confronter aux autres. D’une part, à s’affirmer, se défendre et se différencier; d’autre part, à pouvoir tenir compte de l’autre, résoudre des conflits et trouver des compromis.»

Ne pas laisser s’envenimer le conflit

Il est toutefois nécessaire que les parents interviennent lorsque la situation n’est pas équitable entre les enfants, que le conflit persiste ou encore en cas de violences verbales ou physiques. «Pour savoir s’il faut intervenir, il est nécessaire de se demander si les enfants apprennent quelque chose de la situation qu’ils sont en train de vivre, et observer si la dispute évolue vers une résolution, ou au contraire vers une escalade. Si elle évolue mal et que les enfants n’en tirent pas d’expériences constructives, il faut intervenir.» La spécialiste souligne ainsi que les situations de mobbing, par exemple, ne sont pas des disputes mais «une forme de harcèlement, qui doit impérativement être prise au sérieux par les adultes entourant les enfants. Un enfant victime de mobbing n’est plus en mesure de se défendre et souffre. Son estime de soi et sa confiance baissent drastiquement.»

Améliorer la cohésion familiale

Il est également important de s’interroger lorsque les disputes au sein de la fratrie sont trop fréquentes. «Ce n’est alors pas la dispute elle-même qui est mise en question, mais la famille au sens plus large, souligne Julie Baumer. On peut ainsi chercher comment améliorer la cohésion et l’harmonie familiale. Par exemple: est-ce que les parents ont une relation tendue entre eux, ou avec leurs enfants? Est-ce qu’un des enfants est jaloux ou frustré parce qu’il a le sentiment de manquer d’affection?» Il ne faut en effet pas oublier que les disputes dans la fratrie nous touchent à un niveau particulier, réveillant parfois nos propres souvenirs d’enfance. «On projette toujours un certain nombre de choses sur nos enfants, souligne ainsi la psychologue. L’important est de s’en rendre compte, afin que cela ne nous empêche pas de voir notre enfant tel qu’il est, et de lui laisser l’espace suffisant pour développer sa propre personnalité, ses goûts et ses expériences.»

Il doit savoir qu’il a le droit de faire des erreurs ou de se tromper, mais c’est aussi important de lui apprendre à s’excuser lorsqu’il a eu tort

Julie Baumer

Il faut bien être conscient que, comme dans tant d’autres situations, les parents sont un modèle pour leurs enfants. Et que les conflits parents-­enfants, en particulier, serviront de base à ce dernier pour apprendre à gérer les situations difficiles. Mais tout cela ne se fait pas sans communication, et sans une relation de confiance – sans toutefois donner systématiquement raison à son enfant, même si dans son discours, les autres sont souvent les fautifs!

Un rôle de médiation

Lorsqu’on intervient, mais que l’on n’a pas assisté à ce qui s’est passé, plutôt que de chercher la vérité – souvent impossible à cerner – Julie Baumer conseille de commencer par séparer les enfants pour leur permettre de se calmer. Puis d’avoir un rôle de médiation en laissant à chacun la possibilité de s’exprimer sur ce qui s’est passé et comment il l’a vécu, et en demandant à chacun ce qu’il aurait pu faire différemment. S’il s’agit d’une grosse dispute, on peut aussi faire verbaliser à l’enfant, de vive voix ou par écrit, ce qui s’est passé, comment il a réagi et pourquoi, et ce qu’il a appris de la situation. «Il doit savoir qu’il a le droit de faire des erreurs ou de se tromper, mais c’est aussi important de lui apprendre à s’excuser lorsqu’il a eu tort. Parmi les expériences centrales dans le développement de l’enfant, il y a celle de la réparation, c’est-à-dire faire l’expérience qu’on a pu être blessant envers l’autre, et vouloir rendre la relation à nouveau positive.»

En apprenant ainsi à l’enfant à gérer les conflits, il va pouvoir maîtriser ses émotions, en particulier la colère et la frustration, et aussi se mettre à la place de l’autre, avoir confiance en lui et communiquer de façon adéquate. On peut ainsi éviter des disputes futures. Et, surtout, lui permettre de grandir.

Benutzer-Kommentare

Articles liés

enfant confiance

Aider son enfant à avoir confiance en lui

François Maret

Mon enfant n'aime pas sa maîtresse

Victor, 6 ans

Est-ce que les cochons d'Inde sont des cochons?

rayon vert

Phénomène naturel: le rayon vert