8 novembre 2018

De l'audace!

Installer des réfrigérateurs dans des lieux publics, attirer la génération Y dans les musées ou encore remplacer les voitures par des vélos-cargos électriques: grâce à ces idées convaincantes, la Suisse va de l'avant. Gros plan sur sept projets innovants et sur leurs initiateurs.

Nina Fassbind (assise) et Jana Huwyler
Nina Fassbind (assise) et Jana Huwyler sont à l’origine du projet Madame Frigo. (Photo: Fabian Brügger)

SINGA Factory

Seraina Soldner (à gauche) et Tina Erb, fondatrices de SINGA Factory (Photo: Simon Tanner, John Patrick Walder)

«Ils nous volent notre travail!» Voilà une petite phrase que l’on entend régulièrement dans les cafés quand la discussion porte (encore!) sur les réfugiés. Seraina Soldner et Tina Erb battent en brèche cette affirmation: les deux femmes ont en effet fondé SINGA Factory, qui aide les personnes issues de l’immigration à créer leur entreprise. «Nombreux sont les réfugiés qui ont une expérience dans l’entrepreneuriat mais ne trouvent pas de poste adapté en Suisse», constate Seraina Soldner. Or, avoir sa propre entreprise permet de gagner sa vie et parfois même de créer des emplois.

La première association SINGA est née à Paris en 2012. Au vu du succès rencontré en France et en Allemagne, les deux Suissesses ont repris le concept en 2016 puis mis sur pied un programme de démarrage: elles soutiennent pendant six mois les participants, qui bénéficient de séances de coaching individuelles et suivent des cours sur des sujets en lien avec l’activité visée.

«Un tel programme implique un investissement financier non négligeable, notamment dans la coordination et l’organisation», indique Seraina Soldner. La majeure partie du capital de départ a été mise à disposition par Engagement Migros: le fonds de soutien alloue 10 à 15 millions de francs par an à des projets pionniers. Il faut de l’audace pour se lancer dans cette voie, car l’entrepreneuriat comporte des risques significatifs. Mais les co-fondatrices disent avoir foi dans les participants et leurs projets. Grâce à leur aide, l’Indienne Smriti Chhabra, par exemple, a créé un service de traiteur qui dispense aussi des cours de cuisine. D’ailleurs, son carnet de commandes commence déjà à se remplir.

Madame Frigo

Le concept de Nina Fassbind (assise) et Jana Huwyler a déjà fait florès dans plusieurs villes. (Photo: Fabian Brügger)

Des poivrons, des tomates, des yogourts... Même quand le réfrigérateur est plein, il y a toujours des changements de dernière minute: une invitation chez des amis, un repas au restaurant, une commande chez le traiteur, etc. Les aliments sont oubliés dans un coin et finissent inévitablement à la poubelle. Mais pour Jana Huwyler et Nina Fassbind, ce n’est pas une fatalité. À l’origine du projet Madame Frigo, toutes deux ont eu l’idée de mettre à la disposition du public des réfrigérateurs dans lesquels il est possible de déposer de la nourriture encore consommable afin qu’elle soit récupérée gratuitement par les passants.

Le concept a déjà fait florès dans plusieurs villes, si bien qu’il devrait être étendu à tout le pays. Les deux jeunes femmes entendent, par cette initiative, réduire le gaspillage alimentaire au sein des ménages et sensibiliser l’opinion à ce problème de taille: 45% des denrées jetées en Suisse le sont par des particuliers. «Nous avons une vision claire et une grande détermination.
Il y a beaucoup à faire», déclare Jana Huwyler.

Stapferhaus

Le Stapferhaus aborde les grandes questions contemporaines. (Photo: DR)

Qu’est-ce qui compte dans notre vie? Quels sont les sujets brûlants en Suisse et dans le monde? Creuser ces vastes questions: voilà l’ambition du Stapferhaus de Lenzbourg (AG). Les expositions de ce projet créé en 1960 ont eu un succès tel que la place est bientôt venue à manquer.

«Nous avons dû nous rendre à l’évidence: il fallait un nouveau bâtiment», explique Sibylle Lichtensteiger, directrice du Stapferhaus. L'avenir de l’institution en dépendait. Les soutiens ont afflué de partout, permettant la construction d’un bâtiment à 24,7 millions de francs, qui a ouvert fin octobre. L’objectif: attirer un public varié, n’ayant pas forcément accès à la culture et trouver des réponses aux grandes questions contemporaines.

Carvelo2go

Sybille Suter sur un vélo-cargo électrique. (Photo: Emanuel Freudiger)

Les vélos-cargos sont un moyen de transport encore méconnu. Pourtant, leur propulsion électrique et leur généreux espace de chargement permet de charrier facilement de lourds objets d’un point A à un point B. «En Suisse, de nombreuses marchandises sont transportées au moyen de vélos électriques, qui sont souvent plus confortables, plus rapides et plus efficaces que la voiture», affirme Sybille Suter, de carvelo2go. Grâce à la plateforme de partage créée en 2015, les «carvelos» peuvent être loués partout dans le pays. Quelque 11 000 abonnés utilisent actuellement plus de 250 vélos mis à disposition dans une cinquantaine de communes. L’objectif: faciliter la vie des gens et apporter une réponse à l’engorgement croissant des villes.

Staatslabor

Alenka Bonnard est directrice et co-fondatrice du staatslabor. (Photo: John Patrick Walder)

On a désormais l’habitude de voir émerger chaque jour de nouveaux systèmes, outils et applications – mais comment diable tout cela fonctionne-t-il? Notre environnement change à vitesse grand V, se complexifiant sans cesse. Les citoyens lambda finissent par s’y perdre, et l’administration publique aussi. Car si le potentiel des nouvelles technologies est bien identifié, il reste peu exploité. C’est là qu’intervient le staatslabor, qui compile les connaissances pour les mettre à la disposition de l’administration et met en œuvre des projets visant à améliorer la qualité et la proximité des services publics.

«La fiabilité du système suisse contribue fortement à la qualité de vie dont jouissent les citoyens. Mais les communes, les cantons et la Confédération doivent se tenir constamment à jour pour pouvoir relever les défis ­actuels», explique Alenka Bonnard, directrice et co-fondatrice. Avec plusieurs autres personnes motivées, elle a lancé en 2016 l’idée d’une plateforme consacrée à l’innovation dans le secteur public. Ce groupe est devenu l’année dernière une ­association d’utilité publique sise à Berne. «Les autorités avec lesquelles nous travaillons font preuve de bien plus d’audace que nous. Le staatslabor est le lieu où cette audace peut ­s’exprimer au sein d’un cadre établi.»

Amuze

Le projet veut lutter contre le vieillissement du public des musées. (Photo: Mathieu Guirard) 

Des chuchotements, des pas feutrés et des seniors en pleine contemplation: voilà comment bon nombre de jeunes perçoivent une visite au musée. Danica Zeier, initiatrice d’ Amuze, veut contrecarrer cette image. Soutenue par Engagement Migros, elle s’est demandé il y a deux ans comment lutter contre le vieillissement du public des musées. «Pour inverser la tendance, les établissements doivent exploiter la numérisation», explique-t-elle. Instagram et Youtube sont indispensables et il faut présenter les œuvres de façon plus émotionnelle.

Amuze a organisé des événements pour diverses institutions: «Les salles étaient pleines de jeunes qui dansaient au son de la musique et partageaient les œuvres avec leurs amis en ligne.» Danica Zeier et son équipe montrent ainsi que les outils virtuels permettent d’inciter nos cadets à fréquenter des musées réels.

PLATEFORME 10

Un espace consacré à la photographie. (Photo: Simon Tanner)

Un quartier des arts sort de terre à quelques mètres de la gare de Lausanne. PLATEFORME 10 est un projet commun du Musée cantonal des beaux-arts (MCBA), du Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac) et du Musée de l’Élysée, consacré à la photographie. «Nous aménageons un espace propre à l’échange, à la découverte, à la flânerie... à la vie, tout simplement, pour les Lausannois, les Vaudois et la Suisse entière, mais aussi pour les touristes», déclare Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Élysée. Le but de ce projet est de présenter la richesse des collections de ces trois musées sur une plateforme numérique bien avant la fin des travaux du nouveau musée, en 2021.

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