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Austérités

... Au pluriel, car le problème est qu’il y a précisément plusieurs conceptions très différentes de ce que renferme le terme d’austérité.

Angela Merkel: «Ne pas dépenser plus que ce que l’on reçoit – c’est étonnant que quelque chose d’aussi simple conduise à tant de débats…» L’intransigeance d’Angela Merkel sur la nécessité d’imposer une discipline fiscale rigoureuse à tous les Etats européens (et surtout à ceux du Sud) n’est pas qu’une affaire de politique économique ou de stratégie politique. C’est beaucoup plus profond.

Lors d’une conférence à Florence il y a quelques semaines, Mario Monti, le premier ministre italien, soulignait la difficulté de réconcilier une approche anglo-saxonne de la relance économique par la dépense avec une profonde réticence allemande pour le sujet. Et d’ajouter qu’en Allemagne, l’économie est perçue comme «une branche de la philosophie morale et la croissance comme la récompense d’un bon comportement». Pour simplifier, les Américains considèrent les dépenses ou l’épargne comme de simples instruments de politique économique tandis que les Allemands y ajoutent une considération éthique.

En 1905, Max Weber publiait son célèbre livre sur l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme dans lequel il montrait que les valeurs morales du calvinisme ont soutenu le développement économique des pays protestants. Une sorte d’ascétisme austère favorisant le travail et l’épargne conduit à de plus hauts niveaux de productivité. Le succès est un signe de la grâce de Dieu et le travail crée un lien direct entre l’individu et Dieu. Rappelons que le père d’Angela Merkel était pasteur…

Les mots véhiculent des sentiments différents.

Rien de tout cela dans le Sud de l’Europe. Le mot austérité vient du latin austerus qui veut dire âpre et sévère. Il est lui-même emprunté au grec austêros qui se traduit par sec ou amer. Quand on ajoute que le mot travail vient du latin tripaliare qui signifie torturer, on s’imagine volontiers que le «plus d’austérité» d’Angela Merkel ou le «plus de travail» de Nicolas Sarkozy n’ont pas toujours suscité l’enthousiasme des foules… Les mots véhiculent des sentiments différents, car ils sont profondément ancrés dans la culture des pays. Les technocrates de l’économie ont créé beaucoup de problèmes en l’oubliant.

 

Publié dans l'édition MM 24
11 juin 2012

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