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Thierry Lodé: L'évolution animale

L’évolution des animaux est une drôle d’histoire! Faite de tromperies, de tricheries et de belles rencontres aussi. Entretien avec Thierry Lodé, biologiste.

Vous dites que les théories de Darwin sont dépassées. Mais quel est le principal moteur de l’évolution, si ce n’est ni la sélection naturelle ni la transmission des «bons gènes»?

La théorie de Darwin n’est pas à jeter aux oubliettes, mais à rénover! L’évolution n’a pu commencer que parce que des cellules ont établi des relations entre elles. A l’origine des êtres vivants, chaque cellule a dû développer, pour survivre, une sensibilité au monde extérieur. Cela a permis de déclencher des réactions d’échange d’ ADN. ces cellules se mangeaient de l’ADN les unes les autres, à un moment donné, tout a changé: l’ADN a commencé à s’exprimer lors d’un échange, et en s’exprimant, cela a renouvelé complètement le métabolisme de la cellule. Cette première découverte a permis aux cellules de réaliser que l’échange pouvait avoir un rôle plus intéressant que la destruction réciproque. Ainsi est née la sexualité!

La sexualité serait le moteur de l’évolution?

Oui, c’est ce que j’ai appelé la théorie des bulles libertines. Mais elle ne concerne que les eucaryotes (ndlr: protozoaires, champignons, plantes, animaux, humains) et non les bactéries puisque celles-ci n’ont jamais accédé à la sexualité.

Les bactéries ne connaissent rien du sexe, dites-vous. Mais pourtant, elles se portent très bien et évoluent quand même…

Oui, elles sont capables d’évoluer sans utiliser la reproduction. Elles peuvent s’échanger un petit peu d’ADN, en fonction de la durée du contact. L’une aspire l’ADN de l’autre, souvent morte d’ailleurs... Mais il n’y a pas de mécanisme sexuel, l’échange n’est jamais total.

Autrement dit, la sexualité est un moteur important de l’évolution, mais pas le seul…

Oui, c’est paradoxal. Le darwinisme a mis en avant la reproduction des êtres, pour expliquer les lentes variations qui ont conduit à produire les différentes espèces. Avec cette idée, qui reste vraie d’ailleurs, que la sélection naturelle va laisser survivre ceux qui sont porteurs des variations les plus favorables. En revanche, dans l’esprit du néodarwinisme, l’hypothèse que les êtres vivants ne sont présents sur la planète que pour laisser leurs gènes me semble peu convaincante. Pourquoi? Parce que

la sexualité est la méthode évolutive la moins efficace qui soit, puisqu’on ne peut donner que la moitié de ses gènes et qu’il faut trouver un partenaire consentant.
Alors, comment expliquer que la sexualité n’ait pas disparu?

Parce que, en inventant ce premier lien entre les cellules, les eucaryotes se sont obligés à avoir des relations. Sans relation, pas de copulation, pas de reproduction. Ça change tout! L’objectif du vivant n’est pas la reproduction, mais la relation.

Dans son dernier ouvrage «Pourquoi les animaux trichent et se trompent. Les infidélités de l’évolution», (Ed. Odile Jacob, 2013), Thierry Lodé démontre une nouvelle fois que la dynamique de la vie ne suit pas une ligne droite. Mais foisonne au gré des rencontres parfois improbables. Darwin n’a qu’à bien se tenir!
Pourtant les animaux vivent des amours insolites, se trompent, se quittent eux aussi. Que faut-il en déduire?

La tromperie, le fait de se quitter font partie des essais, parce que ce qui compte, encore une fois, c’est la relation. C’est elle qui va décider si l’on divorce ou non, pas la reproduction. C’est vrai chez les humains, pareil chez les marmottes ou les oiseaux, que l’on a longtemps pris pour des espèces monogames, alors que ce n’est pas vrai du tout. On peut même se tromper d’espèce! C’est le cas des fouines et des martres, par exemple, qui se reproduisent entre elles, créant ainsi des hybrides. Comme si, au lieu de chercher dans l’autre quelque chose qui soit notre semblable, on cherchait parfois quelque chose qui soit différent…

Si toutes les stratégies sont dans la nature, quelle est la moins efficace?

L’égoïsme! Cette idée d’égoïsme fondamental, prônée par Richard Dawkins, (suivez-le en anglais sur Twitter!) et qui n’a jamais été prouvée d’ailleurs, ne peut pas exister.

Si on ne pense qu’à soi, le monde naturel s’effrite. On a besoin des autres, l’espèce humaine est née de cette interaction.

D’ailleurs, les dinosaures ont disparu non pas à cause de la comète, même si elle a joué un rôle important, mais parce que le château de cartes fondé sur les interrelations entre les espèces s’est effondré.

Pourtant la concurrence reste une stratégie très utilisée chez les animaux comme chez les Hommes d’ailleurs…

Oui, mais elle n’est pas le moteur de l’évolution, elle n’est qu’une interrelation parmi d’autres. D’ailleurs, toutes les interrelations sont ambivalentes. Quand un putois tue un lapin, on pourrait parler d’un échec de la relation, en particulier pour la proie. Mais les putois tuent les lapins à un moment très précis: en été, au moment du pic de la myxomatose. En éliminant les individus contaminés, le putois limite l’extension de la maladie, et cette action empêche finalement la disparition des lapins. Cette relation, a priori négative, a finalement son bon côté.

Thierry Lodé lors de l'entretien.
Vous dites que la coopération est aussi un facteur d’évolution. Un exemple?

L’entraide est une notion d’échange, mais je préfère le mot de compensation. Prenez les chimpanzés, qui peuvent avoir un comportement très violent. Il existe parmi eux un groupe de singes aux bras atrophiés. Ceux-ci ont développé la capacité de se gratter avec un bâton, compétence qu’ils ont même transmise aux autres. D’après la loi de la sélection naturelle, ils auraient dû être réduits à néant. Or si ces animaux handicapés sont capables de vivre dans leurs groupes sociaux, c’est la preuve que des mécanismes de compensation existent.

Mais comment expliquer alors le comportement de la femelle criquet qui dévore les ailes du mâle ou le cannibalisme des araignées?

Même si l’entraide est importante, chaque interaction reste ambivalente. Et les mécanismes de compensation mettent du temps à s’installer. Le processus de la sexualité a conduit à des spécialisations à outrance, qui amènent des divergences d’intérêt. Le comportement de la femelle criquet est l’expression du conflit des sexes, mais qui va être résolu chez certaines espèces de criquets moins primitives: le mâle offre un cadeau à la femelle, des boulettes de protéines, pour ne pas se faire manger les ailes.

Evidemment, il y a toujours des brutaux, comme le canard ou l’éléphant de mer qui pratiquent couramment le viol.

Et 30% des mantes religieuses qui décapitent encore le mâle. Mais ça évolue. L’équilibre, qui est la tendance naturelle de la vie, se construit et conduit les êtres vivants à se réconcilier!

La nature n’a donc rien à voir avec la morale…

Exactement. Il faut arrêter de copier sur elle ou de s’en servir pour fonder la morale humaine.

Ceux qui disent que l’homosexualité n’existe pas dans la nature, se trompent complètement.

Les relations entre les êtres vivants sont multiples! L’évolution est juste une histoire, composée d’épisodes uniques ou répétitifs, de sexualité et de non-sexualité. Il n’y a pas de morale dans la nature, mais nous sommes les uns et les autres en équilibre nécessaire.

Il n’y a donc pas de progrès dans l’évolution?

On pourrait considérer que l’œil humain s’est beaucoup amélioré au cours de l’évolution. Dans la réalité, cela n’a aucun sens. L’escargot vit à côté de nous, ses yeux sont de vulgaires ocelles uniquement sensibles à la lumière, mais il vit tout aussi bien. Le moins que l’on puisse dire est que nos braves escargots de Bourgogne ont une capacité de survie et de résistance égale à la nôtre! Il n’y a pas d’amélioration, mais juste des procédures organiques qui se modifient.

L’idée du progrès est totalement anthropocentrique, comme si l’homme était au sommet de la pyramide!

Mais non, nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres et nous avons besoin des autres espèces. Cela dit, il est vrai que je préfère être un humain plutôt qu’un escargot, mais ce n’est finalement qu’une question de point de vue.

 

Publié dans l'édition MM 43
21 octobre 2013

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Bio express

Thierry Lodé

Généticien des populations, biologiste spécialisé dans la sexualité animale, Thierry Lodé est né à Tarbes (France) en 1956.

Paraplégique depuis 2007, il continue d’enseigner l’écologie évolutive à l’Université d’Angers et de diriger des recherches sur la vie sociale des animaux à l'Université de Rennes-I

Il vient de publier son cinquième ouvrage pour le grand public, «Pourquoi les animaux trichent et se trompent. Les infidélités de l’évolution» aux Ed. Odile Jacob (2013).

Définitivement engagé, il mène toujours ses combats sociaux – «Aujourd’hui, je fatigue très vite sur les recherches, je préfère aller râler!» Pour la libération sexuelle, pour le logement et contre la construction d’un deuxième aéroport à Nantes.

Le pinson de Darwin

Plusieurs espèces de pinson vivent aux Galapagos, (lien en espagnol et en anglais) archipel est désormais classé parc national.

Parmi celles-ci, le pinson de Darwin a un bec qui n’a pas du tout évolué. Il est incapable d’ouvrir l’écorce des arbres pour chercher les insectes.

Comme il n’a pas les gènes nécessaires, il a inventé un comportement: il prend les épines de cactus et déloge ainsi les insectes. Cela veut dire que l’évolution ne fonctionne pas toujours par la modification...

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Les oiseaux nettoyeurs

Certains oiseaux ont la capacité de nettoyer les insectes sur le dos des mammifères. C’est une interrelation d’entraide nécessaire entre les espèces. L’un se nourrit et l’autre est ­débarrassé de ses parasites. Chacun y trouve son compte.

Deux espèces totalement différentes arrivent à s’accepter parce qu’un équilibre parfait s’est construit. L’important n’est pas l’égoïsme de chacun, mais le pacte qu’ils ont établi tous les deux et qui les oblige à se reconnaître comme deux espèces...

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Le putois

Ce petit prédateur que personne n’aime alors qu’il ne sent pas plus mauvais que les autres, a une incidence sur les grenouilles. Il en mange beaucoup et par ce fait modifie leur comportement sexuel.

Comment? Comme les jeunes mâles se rassemblent au printemps, chantent et font du bruit, ils se font davantage manger par le putois. Cette prédation conduit les grenouilles à être davantage monogames. Du coup, les femelles se font moins violer!

Le lézard fouette-queue

Certaines espèces sexuées ont abandonné la sexualité avec les mâles au profit d’une sexualité entre femelles. C’est le cas des lézards fouette-queue, qui sont ainsi parténogénétiques.

En fait, elles miment des comportements mâles pour induire une embryogenèse, c'est-à-dire le développement d' un embryon. Et l’embryon va se développer sans fécondation.

Ces lézards femelles n’ont aucun gène de mâle mais arrivent à avoir un comportement mâle, pseudo-reproducteur avec elles-mêmes....

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1 Commentaire

m_lajustice@hotmail.com LeChwercheur [Invité(e)]

Ecrit le
15 janvier 2015

Les pinsons de Darwin

Une partie de son œuvre consistât à l’observation des animaux vivants. Notamment les célèbres pinsons (13 espèces) résident sur les îles Galápagos qui à cause des variances de la taille de leurs becs, ont été considérées plus tard (non par Darwin) comme une preuve de l’évolution par la sélection naturelle quoique ce ne sont pas des synonymes. Ce que les évolutionnistes ne vous disent pas. La procédure usuelle pour différencier les espèces de vertébrés dont font partie les oiseaux n’est pas la forme de leur bec, mais leur système de reproduction. Dans le cas des supposées 13 espèces de pinsons des îles Galápagos, les évolutionnistes ont modifié les règles en faveur de leur théorie. S'ils avaient respectés la méthode usuelle de différencier les espèces, il n'y aurait pas eu 13 espèces de pinsons. Tous ces pinsons se reproduisent entre eux et produisent des « hybrides » viables. Aussi, des spécialistes sont d'avis qu'il s'agit en réalité d'une seule et même espèce. La différence de formes de becs se trouve simplement inscrite dans leurs gènes.

On a observé le volume du bec de certains pinsons avait changés en période de sécheresse. Ils étaient mieux capables de se nourrir des graines enveloppées dans une coquille très résistante qui avaient elles-mêmes mieux survécu à la sécheresse. Ce n’est pas un phénomène unique, on le trouve chez d’autres oiseaux. Cela n’explique pas l’origine des espèces par la sélection naturelle, ces formes étaient potentiellement présentes dans la population originale, il n’y a pas de nouvelle information génétique. Ces changements sont aussi réversibles après la sécheresse, aucune évolution n’a eu lieu. Il y a une diversité préexistante dans le monde vivant (ex races de chiens).

Les lions en période extrême de famine perdent leur crinière, mais la retrouvent en temps favorable. Même le métabolisme des humains change en période de famine, puis revient à la case départ quand il y a assez de nourriture. Une partie de la population survit mieux, chacun réagit différemment aux médicaments, mais ce sont tous des humains. Certains chats ont des goûts variés en nourriture, d’autres sont très sélectifs. Il ce peu qu’en période de pression extrême que ces derniers auront moins de chances de survit, mais ce sont toujours des chats qui possèdent le même caractère génétique.

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