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«Je me sens profondément suisse»

A l’affiche du film «Dalida», dès mercredi dans les salles, Vincent Perez vient également de sortir son troisième film en tant que réalisateur, «Seul dans Berlin». Sa carrière internationale et sa fringale de voyages n’ont toutefois pas fait oublier à cet artiste hyperactif ses racines helvétiques.

Vous considérez-vous comme un fan de Dalida?

Au même titre que Claude François, Sheila, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, et bien d’autres encore, Dalida fait partie des stars de la chanson française qui ont peuplé mon enfance, celles dont on parlait beaucoup, et qu’on voyait souvent à la télévision. C’est une femme touchante, qui m’a toujours plu, et ses titres restent mythiques.

Finalement, ce n’est pas vraiment une question de l’aimer ou de ne pas l’aimer: elle était là, sa musique était puissante et elle fait partie du patrimoine culturel de la France, de l’Europe et même d’un peu plus loin.
Le film a-t-il changé votre perception de la chanteuse?

Je connaissais déjà un peu son parcours et je conservais un vague souvenir de ses relations tourmentées avec les hommes, qui se terminaient souvent de manière tragique. C’était une femme qui cherchait l’amour et qui n’arrivait pas à le trouver. Lisa Azuelos (la réalisatrice, ndlr) a réussi à redonner vie à cette histoire sans faire tomber de manière excessive le personnage dans l’égocentrisme de la douleur. Pour répondre à votre question, le biopic m’a donc apporté un éclaircissement sur Dalida, et mes souvenirs sont aujourd’hui mêlés aux images du film. D’ailleurs, lors de la projection à l’Olympia, devant une salle comble, c’était comme si elle revivait sur scène, c’était assez incroyable. J’étais assis à côté d’Orlando, son frère, et il a pleuré à plusieurs reprises.

Connaissiez-vous bien le personnage d’Eddie Barclay, que vous interprétez?

Pas très bien, même si je l’ai rencontré une fois à Saint-Tropez, à la fin des années 1980, ou peut-être au début des années 1990, lors d’une de ses fameuses nuits blanches. Mais je n’en garde qu’un souvenir lointain. Cela dit, c’était un personnage très charismatique.

La carrière d'Eddie Barclay est hallucinante, il a vraiment tenu les rênes du monde musical pendant de nombreuses années.

Même s’il n’est pas très présent dans le film, c’est une chance pour moi de pouvoir l’incarner, et j’y ai pris beaucoup de plaisir. Curieusement, c’est venu assez naturellement, pourtant je ne pensais pas vraiment lui ressembler. Mais au final, avec la petite moustache, il y a quelque chose...

On trouve également à l’affiche en ce moment votre troisième film en tant que réalisateur, «Seul dans Berlin», qui raconte la lutte discrète menée par un couple allemand contre le régime nazi en 1940. Pourquoi avoir choisi un tel sujet?

Ma mère est d’origine allemande.

C’était donc une manière d’explorer une partie de moi-même, de mes racines, en creusant du côté de cette Allemagne qui a chamboulé l’histoire de ma famille.

Ce film, basé sur un roman de Hans Fallada lui-même inspiré d’une histoire vraie, tente de répondre à des questions majeures de mon existence: que s’est-il réellement passé en Allemagne durant cette période, comment un peuple entier a-t-il pu s’engouffrer dans une telle folie, comment l’humanité peut-elle basculer dans une telle barbarie? C’est aussi l’histoire d’amour qui m’a beaucoup touché, celle de ce couple qui s’unit contre le nazisme. Comme si l’amour rendait la petitesse des hommes presque secondaire.

Vous avez aussi évoqué un parallèle avec l’histoire de votre grand-père paternel, qui s’est battu contre le régime fasciste de Franco…

Il a en effet été fusillé par les franquistes lorsqu’il avait seulement 25 ans. Pour moi, il incarne, de même que les protagonistes de «Seul dans Berlin», l’héroïsme de ces personnes dont on ne parle pas, que l’on oublie, et qui pourtant ont donné leur vie pour une cause.

Ce film, c’est une manière de leur rendre hommage, de montrer que les héros ne sont pas seulement ceux qu’on trouve dans les livres d’histoire.
Votre père est donc espagnol, votre mère d’origine allemande, vous êtes né en Suisse, vivez en France et menez une carrière internationale… Finalement, où sont vos racines?

Vaste question! Je me sens profondément suisse, probablement parce que je suis né dans ce pays et que j’y ai grandi. Les racines, ça reste le terreau dans lequel la plante pousse. Mais je suis un Suisse «mixte», et je me considère aujourd’hui comme un citoyen du monde: je voyage beaucoup et j’aime me plonger dans d’autres cultures, les absorber.

La question de l’identité me fascine, qu’elle soit nationale ou culturelle. On trouve aujourd’hui de tels mélanges…

Regardez mes enfants: ils ont des passeports suisses et français, mais leur sang est espagnol, allemand, français et sénégalais (par leur mère, ndlr). A ce sujet, je prépare justement une exposition à la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris autour de la question identitaire, une série de portraits de Parisiens venus d’Afrique.

C’est vrai que vous cumulez les casquettes! En plus de vos activités d’acteur et de réalisateur, vous êtes aussi photographe. Vous avez même été formé à Vevey, n’est-ce pas?

Oui, mais je ne sais pas si je peux vraiment dire que je suis photographe. En tout cas, cette activité commence à prendre de plus en plus d’importance dans mon quotidien. L’exposition à la MEP représente une sorte de Graal. J’ai également un projet de livre, qui paraîtra au mois d’octobre, en collaboration avec un autre photographe, Olivier Roulin.

Quel en est le thème?

Les Russes. On va essayer de photographier la vastitude de la culture russe à travers des portraits. Il y a quelque temps, nous étions à Arkhangelsk, au nord du pays, vers la mer Blanche, et début janvier nous repartons, cette fois-ci près de la frontière avec la Mongolie, dans des coins reculés.

Pourquoi ce besoin de renouer avec la photographie?

C’est venu avec mon passage à la réalisation. Et puis, ça me travaillait. C’est une manière supplémentaire d’explorer mon moi intérieur et

cela me permet de rester éveillé, en alerte par rapport à ma vocation artistique, de toujours me remettre en question, de creuser des thématiques de manière plus rapide qu’en tournant un film.

Je suis quelqu’un d’assez actif. Mais finalement, que je joue, que je réalise ou que je fasse de la photo, tout cela se rejoint.

Après votre dernier film, «Si j’étais toi», vous aviez décidé de mettre un terme à votre carrière de réalisateur. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?

Il me semblait que je n’avais plus d’histoires à raconter. Mais le livre «Seul dans Berlin» m’a donné une direction et je l’ai suivie. A présent, j’y vois plus clair dans mon avenir.

Du coup, vous avez envie de continuer dans la réalisation?

Oui, j’ai plein d’idées que je suis en train de développer. Je vais bientôt réaliser le casting de mon prochain film, en février. C’est un thriller psychologique, une histoire que j’ai inventée, mais je ne peux pas encore en dire plus.

Y a-t-il encore un rôle que vous rêvez d’incarner? Il y a quelques années, vous évoquiez votre envie de jouer Guillaume Tell...

Oui, c’est vrai, j’ai même commencé à écrire un scénario, je l’ai sous le coude, c’est un projet assez ambitieux, donc ce serait plutôt pour une production internationale. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour. On verra bien... Sinon, plutôt qu’un rôle précis, c’est surtout l’envie de travailler avec des grands réalisateurs qui me porte. Je suis actuellement en tournage avec Roman Polanski.

Une telle expérience vous redonne le ton, vous redécouvrez le cinéma en tant qu’art. Même si on tourne encore aujour­d’hui de grands films, c’est quand même une espèce en voie de disparition…

Texte: © Migros Magazine | Tania Araman

 

Publié dans l'édition MM 2
9 janvier 2017

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De quoi parle-t-on?

Photo: Luc Roux

Avec deux films à l’affiche (l’un en tant qu’acteur, l’autre en tant que réalisateur), Vincent Perez multiplie les projets. Actuellement en tournage sous la direction de Roman Polanski, il renoue également avec son ancienne passion pour la photographie et proposera dès le mois de février une exposition à Paris, sur un thème qui le fascine: l’identité.

«Dalida», de Lisa Azuelos, avec Sveva Alviti, sera en salle dès le 11 janvier 2017. «Seul dans Berlin», de Vincent Perez, avec Emma Thompson et Brendan Gleeson, passe en salle actuellement.

A visiter: «Identités», une exposition de Vincent Perez à découvrir à la Maison européenne de la photographie à Paris du 8 février au 9 avril 2017.

Bio express

Vincent Perez

1964
Naissance à Lausanne le 10 juin, d’un père espagnol et d’une mère d’origine allemande. Vincent Perez passe les dix-huit premières années de sa vie dans le canton de Vaud. Il étudie la photographie au
Centre d’enseignement professionnel de Vevey avant de s’inscrire au
Conservatoire d’art dramatique à Genève et d’achever finalement sa formation de comédien à Paris et à Nanterre.

1985
Débuts au cinéma dans Gardien de la nuit.

1990
Se fait connaître du grand public grâce au triomphe de Cyrano de Bergerac. Les succès s’enchaînent: Indochine (1991), Fanfan (1993), La Reine Margot (1994), Ceux qui m’aiment prendront le train (1998).

2002
Tourne son premier long métrage en tant que réalisateur, Peau d’ange, suivi, en 2007, de Si j’étais toi.

2017
Est à l’affiche du nouveau film de Roman Polanski, D’après une histoire vraie.

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6 Commentaires

gonzague mauron [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 2 jours

J'ai eu la chance de connaître Vincent Perez et pour cause : il était mon voisin de classe en école primaire. S'il me lit, je peux lui transmettre que je ne l'oublierai jamais et que j'en garde un bon souvenir. Nous avions joué devant toute la classe "Laurel et Hardi" et ça on ne peut l'oublier. Trop drôle. Aujourd'hui il me reste que les souvenirs d'enfance mais cela me fait du bien d'y repenser. Merci Vincent.

Maurice Burnier [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 4 jours

Qu'il soit Suisse ou pas, c'est un excellent acteur. On verrait bien cet artiste jouer le rôle de Nicolas de Flue. Pourquoi n'écrirait-il pas un scénario sur Frère Nicolas, le patron de la Suisse, dont on fête en cette année 2017 son jubilaire ?

 

gonzague mauron [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 2 jours

Excellente idée et pour cause, j'ai eu la chance de lire un livre à ce sujet qui m'a beaucoup marqué, de plus je le verrai très bien adapter ce rôle. J'aime également beaucoup Vincent pour son grand talent d'acteur. En ce qui concerne réalisateur je n'ai pas eu l'opportunité de voir ses œuvres pour y porter une critique.

Denis Surmont [Invité(e)]

Ecrit il y a
1 semaine, 6 jours

Monsieur Vincent Perez est né à Lausanne et a vécu 18 années dans le canton de Vaud puis à Genève. Il est de nationalité suisse avec ses enfants et aussi ave passeport suisse.

 

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