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A l’hôpital des tortues

Cabossés, indésirables, les reptiles abandonnés sont accueillis à Chavornay (VD). Où Jean-Marc Ducot­terd les bichonne avec des bénévoles.

Avec son plastron jaune et ses tempes rouges, la tortue de Floride a longtemps séduit les amateurs de reptiles. Pour un temps. Il faut dire que les tortues ont la vie longue, – cinquante à cent ans – souvent plus longue que la patience de leurs propriétaires. Qui finissent par les relâcher n’importe où. C’est un peu à cause de cette Trachemys scripta elegans (interdite à la vente depuis 2008 en Suisse) que le Centre de protection et de récupération des tortues (PRT) a été créé à Chavornay en 1994. «Les tortues de Floride étaient importées par milliers en Suisse et comme les zoos les refusaient, les gens les abandonnaient dans la nature. Elles faisaient des dégâts sur la faune et la flore locale», explique Jean-Marc Ducotterd, responsable du centre et fin connaisseur de l’animal.

Le PRT, unique en Suisse romande et ouvert tous les samedis matin, dispose de trois locaux intérieurs sur 250 m2 et d’environ 300 m2 de bassins extérieurs. En tout, ce sont une quinzaine de bénévoles qui s’occupent des 800 pensionnaires hébergés là pour une durée variable. «On en récupère entre 200 et 300 par année. On croyait que ça allait diminuer, mais ça continue d’augmenter. Les gens les apportent parce qu’ils n’en veulent plus, qu’ils partent en vacances ou que la grand-mère est morte», soupire Jean-Marc Ducotterd.

Au centre, 
de nombreux spécimens sont destinés à la reproduction ou à l’échange avec les zoos.

Histoire classique: les gens achètent des tortues de terre et les installent en appartement, alors que cet environnement ne leur convient pas du tout. Les bêtes atterrissent au centre, en mauvais état, la carapace déformée par la malnutrition, les carences en calcium, en vitamine B3 ou le manque de soleil. «Cet animal a besoin d’être dehors, de brouter. En intérieur, il ne vit pas, il survit.» Comme cette petite tortue aquatique à la carapace bosselée, atrophiée par endroits, recueillie depuis plusieurs années. «Souvent les propriétaires nourrissent trop leur tortue aquatique et oublient de leur mettre une lampe chauffante. Le néon à poissons ne suffit pas!»

«Les tortues se sont adaptées à tous les milieux»

Sûr que ce mécanicien-électronicien devenu spécialiste des tortues, multipliant les voyages aux Galapagos, au Népal et en Guyane pour observer leurs biotopes, voue un amour particulier à cet animal. «Les tortues ont traversé le temps. Elles se sont adaptées à tous les milieux, désert, forêt tropicale, fonds marins», se livre Jean-Marc Ducotterd.

C’est peut-être parce qu’il les connaît si bien qu’il lui arrive de refuser des placements quand les conditions d’accueil ne sont pas suffisantes. «En tout, on en place une quarantaine par année. Mais elles restent la propriété du centre.» Ainsi, les bêtes peuvent être adoptées contre une petite participation, couvrant à peine les frais de séjour de l’animal. Entre 150 et 350 francs pour une tortue terrestre et environ 100 francs pour une aquatique. Et peuvent être retournées au centre à tout moment.

Certaines, par contre, ne quitteront jamais Chavornay. Comme les fameuses tortues hargneuses, dont la tête dépasse à peine de la surface de l’eau sombre. Réputée pour son tempérament agressif, la Chélydre serpentine peut couper un doigt d’un seul coup de bec. «On en a placé une seule en dix-huit ans. Les gens n’en veulent pas et il faut un permis de détention d’animaux», explique Jean-Marc Ducotterd, qui ne cache pas son inclination pour cette espèce. C’est d’ailleurs à la main qu’il nourrit Gaps, mascotte de 15 kilos, sorte de gros rocher à pattes et aux mâchoires bien aiguisées, tapie au fond de son aquarium.

Jean-Marc Ducotterd, responsable du centre, avec la mascotte des lieux, une tortue hargneuse de 15 kilos.

Perpétuer les espèces menacées

Un local non accessible au public abrite encore des tortues exotiques ou des raretés. Trachémydes de Cuba, du Nicaragua, tortues d’Asie à carapace molle avec leur museau tacheté de taupe, tortues d’Indonésie au dos sculpté comme une boîte à bijoux barbotent dans différents bassins. Autant de spécimens destinés à la reproduction ou à l’échange avec les zoos. «On en fait se reproduire certaines pour pouvoir perpétuer les espèces menacées.» Comme ces trois bébés Géoclémydes d’Hamilton, aux visages de pierre noire luisante, tachetés de blanc, dont l’espèce en liberté est quasi éteinte.

Pour accueillir tous ces pensionnaires, d’une trentaine d’espèces différentes, «ce qui nécessite des installations séparées», le besoin de s’agrandir se fait sentir. Jean-Marc Ducotterd a d’ailleurs une idée derrière la tête et rêve d’un espace extérieur de 2500 m2, quelque part dans la plaine de l’Orbe. Un projet qu’il espère mettre sur pied dès l’automne. «Il faut être plus que passionné, un peu malade pour tenir aussi longtemps. C’est un boulot de fou, dix-huit ans de bénévolat!»

Les bêtes peuvent être adoptées contre une petite participation, et retournées au centre à tout moment.

Mon enfant veut une tortue…

Que répondre à un enfant qui souhaite acquérir une tortue? A première vue, l’animal semble facile à vivre, peu encombrant. Mais l’affaire n’est pas si simple. Pour commencer, la tortue terrestre a besoin de grand air, donc un jardin. Il lui faut un enclos extérieur de 20 m2 avec treillis, histoire que la belle ne se fasse pas la malle. Car aussi placide soit-elle, la tortue est têtue, excellente grimpeuse et prompte à prendre la poudre d’escampette. Il lui faut un milieu plutôt sauvage, minéral et séchard, avec hautes herbes et mini-serre où hiberner pendant l’hiver. Attention aussi de ne pas la suralimenter: dent-de-lion, plantain, luzerne et trèfle lui conviennent parfaitement. Mais gare aux excès de fruits et légumes: «C’est comme le chocolat pour les enfants: un peu, mais pas trop! Par contre, on peut lui donner de l’os de seiche, excellent pour le calcium», explique Jean-Marc Ducotterd, responsable du Centre de protection et de récupération des tortues. Un excellent animal de compagnie, alors? Oui, à condition... de lui ficher la paix! Sous son impassible carapace, le petit animal se stresse facilement, au risque de développer des pathologies et de mourir. Toujours envie d’acquérir une tortue? Choisissez de préférence une espèce européenne, «Testudo graeca» ou «Testudo hermanni», et armez-vous de patience: elle risque de vivre plus de cinquante ans!

 

Publié dans l'édition MM 28
9 juillet 2012

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A découvrir

La Fête de la tortue

Les 8 et 9 septembre, le Centre de protection et récupération des tortues, à Chavornay, ouvre ses portes au public. L’occasion de découvrir les différentes tortues, comme la cistude, seule espèce indigène, dont une tentative de réintroduction a été effectuée en 2010 à Genève. Mais encore, tortues géantes, nurserie avec bébés tortues, bricolages et cantine attendent les visiteurs.

Info sur: www.tortue.ch

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2 Commentaires

Marie Détraz [Invité(e)]

Ecrit le
13 juillet 2012

La faute aussi aux animaleries qui vendent ces animaux et dispensent de si mauvais conseils pour les détenir! Beaucoup de personnes se font avoir et achètent la moitié de leur magasin en pensant bien faire alors que les tortues se meurent en terrarium ou dans des aquariums exigus et mal installés.

Je dis bravo à ces bénévoles qui recueillent ces pauvres bêtes délaissées et leur prodiguent les soins qu'ils méritent.

danie magne [Invité(e)]

Ecrit le
13 juillet 2012

un hopital pour ces pauvres betes; chouette, et, bravo à cet de 18 ans de bénévolat. les gens ne connaissent rien des animaux qu'is veulent; c'est pour cela, qu'ils s'en débarrassent aussi mal

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