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La tendance est à l’énergie locale

Pour parvenir à une société à 2000 watts et se passer de l’énergie nucléaire, la Suisse doit encore redoubler d’efforts. Les solutions les plus innovantes pourraient être trouvées sur le plan local: plusieurs régions helvétiques visent déjà l’autosuffisance.

On connaissait déjà les «localivores», adeptes d’une alimentation constituée uniquement de produits locaux, de manière à diminuer leur empreinte écologique. Aujourd’hui, le mouvement englobe aussi l’énergie. C’est le cas notamment de certaines communes et régions de Suisse visant l’autosuffisance.

Un tel objectif n’est envisageable bien sûr que pour les communes qui disposent sur place de certaines ressources naturelles, ce qui est le cas de la vallée de Conches, l’une des meilleures élèves en la matière. Actuellement, ces treize communes du Haut-Valais produisent déjà dix fois plus d’électricité qu’elles n’en ont besoin. Ce qui s’explique par leur concentration en grandes infrastructures hydroélectriques. Mais ce gros avantage n’a pas empêché la région de déployer nombre d’autres projets innovants en matière d’énergie renouvelable, en installant entre autres des panneaux solaires sur des paravalanches et en développant un réseau de voitures électriques.

But: une politique énergétique durable

De telles initiatives sont vivement encouragées par la Confédération, notamment au travers du label Cité de l’énergie et de l’appellation Région-Energie. Soit la reconnaissance que ces territoires mènent activement une politique énergétique durable.

«Nous évaluons tous les efforts menés sur ces territoires en termes de production et d’économie d’énergie, indique Matthieu Chenal, responsable de la communication du programme pour la Suisse romande. Notre but est de parvenir à une société à 2000 watts (ndlr: consommation énergétique continue d’une personne) en recourant le moins possible aux énergies fossiles. Mais il est vrai que certaines communes ou régions voient déjà plus loin, en se fixant pour objectif d’atteindre l’autonomie.»

Si la Suisse romande ne connaît pas encore de projet aussi ambitieux que celui de la vallée de Conches, les initiatives émergent à plusieurs endroits. Comme du côté du district de Martigny, où les onze communes valaisannes forment depuis trois ans une Région-Energie. Le but affiché est aussi d’atteindre l’autosuffisance: «D’ici à 2020, nous visons les 30% d’énergie électrique produite localement et de manière durable, et ce, sans inclure la grosse hydraulique qui est en grande partie exportée en Europe», explique Martine Plomb, responsable du projet Myénergie.

Un effort adapté aux communes

De nombreuses pistes sont envisagées selon les possibilités de chaque commune. «Grâce à leur ensoleillement, certaines sont susceptibles de développer le photovoltaïque, d’autres recensent des cours d’eau à forte gravité qui permettent de mettre en place de la minihydraulique, et d’autres encore un sous-sol idéal pour installer des pompes à chaleur», précise-t-elle. Même si chaque commune est libre de lancer ses propres projets,

notre organisation sur le plan régional représente un véritable atout.»

Au-delà des visées écologiques de la démarche, on espère aussi des retombées positives pour l’économie locale. «Avec l’entrée en vigueur de la Lex Weber et ses quotas de résidences secondaires, la plupart des entreprises locales de construction connaissent une baisse d’activité. Les rénovations de bâtiments en vue d’améliorer leur bilan énergétique représentent pour ce secteur une belle opportunité!»

Une autre région particulièrement dynamique en Suisse romande est le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut, situé à cheval sur les cantons de Vaud et de Fribourg. Là aussi, le but affiché est l’autonomie énergétique sans tenir compte des infrastructures hydroélectriques déjà existantes. «Il y a un grand potentiel pour le photovoltaïque dans la région, avec des toits très bien exposés. Mais aussi pour le biogaz, grâce aux nombreuses exploitations agricoles sur ce territoire», indique Bruno Clément, responsable pour le parc du projet développement durable.

Stop au gaspillage

Dans un premier temps, la région envisage de s’attaquer aux gaspillages d’énergie. «Au cours de l’année 2017, nous proposerons des solutions aux agriculteurs pour

augmenter l’efficacité énergétique des infrastructures servant au séchage du foin et à la production de lait»

L’autre point, c’est l’eau chaude: «Nous distribuerons des économiseurs d’eau dans les bâtiments publics ainsi que dans les infrastructures privées de grande dimension, par exemple les hôtels.»

Mais en Suisse romande, le vrai pionnier, c’est Cernier (NE), avec ses 1900 habitants, sur la commune de Val-de-Ruz. En 2011, le village encore indépendant était l’une des quatre localités retenues pour le projet pilote «Solution» financé par l’Union européenne.

A l’époque, le but était d’atteindre en quatre ans une complète autonomie énergétique. «Les objectifs ont dû bien sûr être revus à la baisse lorsque la localité s’est associée aux quatorze autres localités du Val-de-Ruz au début 2013», explique Raymond Huguenin, responsable de l’administration de l’énergie.

Si le processus ne pourra pas être aussi rapide que prévu, nous conservons tout de même à long terme l’objectif d’une indépendance énergétique.»

En ce qui concerne l’électricité, le défi devrait être relevé ces prochaines années grâce à la construction de trois parcs éoliens dans la région. «Mais il faudra en revanche encore fournir de grands efforts dans les domaines des transports et de la production de chaleur, poursuit le Vaudruzien. Nous projetons d’achever la construction d’un réseau de chauffage à distance, d’assainir plusieurs bâtiments communaux et de les couvrir de panneaux photovoltaïques.»

Un travail de proximité

Si toutes les régions de Suisse ne disposent pas de configurations aussi favorables pour produire leur propre énergie, travailler localement présente certains avantages.

«L’échelle des communes est idéal pour mener des actions sur le terrain.

«Il s’agit d’abord, le plus souvent, d’améliorer le bilan énergétique des bâtiments publics. Puis on peut inciter les particuliers à faire de même, notamment les entreprises, grosses consommatrices d’énergie», indique le porte-parole du programme Cité de l’énergie.

Ce processus permet également à chaque commune ou région de définir ses propres objectifs et priorités. «A Genève, par exemple, on a rapidement décidé de se passer du nucléaire, poursuit-il. Dans d’autres régions, on a misé sur la géothermie ou le solaire. D’autres encore développent des réseaux de chauffages à distance au bois…»

Il n’existe pas une solution unique à développer partout dans le pays!»

Reste à déterminer si au final toutes ces mesures réunies permettront de supprimer la dépendance énergétique de la Suisse. Selon une étude de la Fondation suisse de l’énergie parue en 2013, le pays pourrait disposer, grâce aux énergies renouvelables, d’une autosuffisance énergétique de 89% d’ici vingt ans contre seulement 20% actuellement. A l’heure actuelle, seuls les cantons des Grisons et d’Uri produisent davantage d’énergie qu’ils n’en consomment.

Migros Magazine | Alexandre Willemin

 

Publié dans l'édition MM 8
20 février 2017

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Editorial

Du constat aux solutions

Par Steve Gaspoz, rédacteur en chef de Migros Magazine.

Quel est le point commun entre la pollution des océans et l’abandon du nucléaire en Suisse? L’énergie. Ou plus précisément: les mesures alternatives de production d’énergie. En 2015, notre journaliste Tania Araman avait rencontré l’expédition suisse Race for Water sur une île des Açores. Le but des scientifiques était alors de se rendre compte de l’étendue de la pollution des océans par le plastique et de trouver un moyen de les nettoyer.

A la veille du départ de la deuxième expédition, l’objectif a évolué, mais la finalité reste la même. Car comme l’explique le président de Race for Water, Marco Simeoni, le nettoyage à proprement parler des océans s’avère impossible (lire en page 26). en effet, contrairement à l’idée communément partagée, le plastique ne forme pas des îles dans l’océan, mais se désagrège en microparticules, impossibles à collecter. Par contre, éviter que le plastique ne s’y retrouve est une tâche envisageable. Même davantage, puisque la fondation prévoit de l’utiliser pour produire de l’électricité.

Une idée intéressante, puisque tant la récolte que la valorisation énergétique du plastique évitent une inutile pollution. La deuxième expédition de Race for Water devra vérifier la faisabilité du projet. Plus près de chez nous, c’est la perspective de l’abandon du nucléaire qui pousse à trouver des solutions innovantes. Ainsi, divers projets visant à l’autosuffisance énergétique voient actuellement le jour (lire en page 22). Du côté du district de Martigny, par exemple, il est prévu de produire localement 30% de l’énergie nécessaire à la région, sans comptabiliser l’énergie hydraulique, d’ici à 2020.

Un objectif clair, même si la manière de l’atteindre demeure à l’étude. Dans le canton de Neuchâtel, Cernier fait figure de précurseur, puisque l’indépendance dans la production d’électricité est quasi acquise grâce à des projets éoliens, tandis qu’en matière de transport et de chauffage les projets vont bon train. De nombreuses communes s’activent avec le même objectif: viser l’indépendance au plus vite. Remplacer le nucléaire et ne plus dépendre du pétrole était un rêve qui chaque jour devient un peu plus réalité.

L’habitat du futur

Le premier immeuble 100% autonome

C’est à Brütten (ZH), à quelques kilomètres de Winterthour, qu’a été inauguré l’été dernier le premier immeuble au monde complètement autosuffisant sur le plan énergétique. Le bâtiment ne connaît ainsi aucun apport externe d’électricité, de gaz ou de mazout: Grâce à des panneaux photovoltaïques sur son toit et des capteurs solaires sur ses façades,

il utilise le soleil comme seule source d’énergie.

D’ordinaire, l’électricité d’origine solaire est excédentaire les jours fortement ensoleillés et tend à manquer quand le ciel reste couvert. Dans cet immeuble révolutionnaire, on est parvenu à contourner le problème grâce à des batteries et un réservoir d’hydrogène au sous-sol, qui permettent de stocker l’énergie solaire jusqu’à trente jours et de la transformer en électricité lorsque cela devient nécessaire.

La cerise sur le gâteau pour les locataires de ce petit immeuble de neuf appartements: dans le parking, une voiture électrique et une à biogaz sont à disposition en carsharing. A l’extérieur de la maison aussi, les habitants pourront se déplacer l’esprit tranquille...


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1 Commentaire

Maurice Burnier [Invité(e)]

Ecrit il y a
6 jours, 2 heures

Les cantons ayant 360 jours par an devraient prôner davantage l'énergie solaire. Mais beaucoup de projets font place aujourd'hui à la géothermie et aux potentiels futurs de cette énergie. Des rapports soulignent que les nouvelles installtions exploitant la géothermie profiteront toujours de la rétribution à prix coûtant. Cette RPC est un instrument de la Confédération qui compense la différence entre le coût de la production et le prix du marché, garantissant aux producteurs de courant renouvelable un prix qui couvre leurs frais. Dans les régions urbaines, au lieu que chaque bâtiment utilise sa propre pompe à chaleur, il serait intéressant de mettre sur pied une approche coordonnée, de construire de plus grandes infrastructures permettant d'alimenter des ménages à l'échelle d'un quartier. C'est comme cela qu'on évitera aussi de miter le territoire, en construisant plus, comme en hauteur des immeubles, tout en préservant aussi des surfaces agricoles, pour notre autonomie alimentaire.

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