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Christophe Kiss, le souverain des pantins

Le Genevois Christophe Kiss est créateur de marionnettes. Incursion émerveillée dans son royaume de rêve et de fantaisie.

Alignés sur une étagère, une salade, une courgette moustachue, un épi de maïs et une casserole nous fixent de leurs yeux ronds. Plus loin, un château biscornu dresse ses tourelles, tandis qu’une grosse poubelle grise ricane sous un établi. Bienvenue dans le monde magique et abracadabrant de Christophe Kiss, sculpteur de marionnettes!

Dans son lumineux atelier genevois, ce dernier s’affaire: il a deux spectacles à préparer pour fin novembre, et donc une multitude de décors et de personnages auxquels il doit encore donner vie. «Mon problème, c’est que je fais toujours beaucoup en même temps, confesse-t-il. J’adorerais savoir faire les choses dans l’ordre, mais je n’y arrive pas.» Un «problème» qui ne semble pas vraiment l’ennuyer, vu l’enthousiasme avec lequel il jongle entre enseignement à l’école des arts appliqués (CFPAA) de Genève et créations pour des compagnies de théâtre pour enfants.

Ce qu’il préfère, néanmoins, c’est devoir gérer à la fois la scénographie et les personnages d’un futur spectacle. «Même s’il y a parfois une résonance avec d’anciennes représentations, c’est à chaque fois une création nouvelle, avec son ambiance et son univers uniques», souligne-t-il.

Souvent, une référence lui sert de fil rouge: Fernand Léger ou Quentin Blake, chacun peut être source d’inspiration un jour ou l’autre – même si Christophe Kiss voue un amour particulier aux dessinateurs des BD dévorées durant son enfance et son adolescence. «C’est d’ailleurs de là qu’est née ma vocation: une marionnette a accroché mon regard dans une BD lorsque j’avais 17 ans. J’en ai vu une autre sur une affiche quelque temps plus tard, et je suis allé au spectacle seul. J’y ai rencontré le sculpteur roumain qui est ensuite devenu mon maître d’apprentissage…»

Des décors créés sur mesure

Cette fois-ci, ce sont les tableaux de Brueghel et leur univers médiéval qui le guident pour le décor du Dératiseur de Hamelin, une pièce commandée par le Petit Théâtre de Lausanne – en coproduction avec la Compagnie Pied de Biche, le théâtre de marionnettes de Genève et le service culturel de Gland – et qui sera jouée dès janvier prochain à Gland, puis Genève.

Château, hôtel de ville, église, chaque façade est façonnée au cutter dans du polystyrène par Christophe Kiss, puis recouverte de toile avant d’être peinte… par lui-même. «Les structures mobiles en bois qui s’y adjoignent sont créées par des professionnels, mais j’aime m’occuper du décor jusqu’à la fin.»

A chaque personnage son matériau

C’est dire si chaque élément exige une réflexion minutieuse, tout comme les personnages: «J’ai la chance d’avoir une grande liberté d’action. En général, le metteur en scène m’approche et me donne sa pièce pour la lire. Je propose alors certains types de manipulations de marionnettes, ou un mélange de techniques, mais aussi certains matériaux.»

Les «vils citoyens» de la pièce préparée actuellement sont donc en mousse, «pour créer de méchants personnages un peu mous qu’on peut maltraiter». Le héros, en revanche, est en bois, permettant à la fois une utilisation régulière, mais aussi un maintien plus altier. «Je fais beaucoup de dessins des personnages, qui évoluent au fur et à mesure. J’ai aussi testé de nombreux matériaux, différentes résines, mais je préfère maintenant élaborer mon travail en fonction de ceux que je maîtrise bien.»

Ainsi, les légumes-personnages, créés pour un spectacle de Sautecroche qui sera présenté pour la première fois le 7 décembre à Vevey, sont fabriqués en mousse recouverte de tissu et peints. Là encore, il a fallu être astucieux: les comédiens n’ont en effet pas de formation de marionnettistes. L’artisan a donc imaginé, en collaboration avec sa fille Samantha, des figures façon Muppet Show, dans lesquelles on glisse la main pour les faire parler. Les marmites ont un couvercle-bouche amovible, tandis que les couteaux, taillés dans du bois, sont pourvus de chapeaux-lames qui claquent.

Si une pièce a du succès, elle peut tourner jusqu’à dix ans: «C’est la grande chance du théâtre pour enfants: il y a beaucoup de demandes, et avec les visites des classes en sus, un spectacle a souvent une bonne visibilité.» Autre avantage de ce domaine: «On a une liberté incroyable, car personne ne se prend au sérieux. Tout le monde est à égalité. Et puis, on ne vise pas la prouesse, mais le ludique. Et ça, ça a un côté très gratifiant!» Du coup, quand Christophe Kiss avoue «avoir plus d’affinités avec le monde des enfants qu’avec celui des adultes», on n’a aucune peine à le croire…

Autres informations: www.sculpturemarionnettes.com

 

Publié dans l'édition MM 43
20 octobre 2014

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La marionnette…

… à fils

«On l’utilise souvent pour une mise en scène poétique, et on peut lui faire faire des mouvements incroyables, très proches des nôtres. Savez-vous que ce type de marionnette a toujours le nez percé? Cela permet d’y fixer un fil permettant de lui faire lever la tête.»

… de table

«Il s’agit d’un type de manipulation propice au jeu interactif entre comédien et marionnette.»

… à tringle

«Elle a le même impact que celle à fils, mais avec des mouvements plus rapides, donc un aspect plus spontané, plus tonique. Je l’aime beaucoup.»


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