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Quelques mots d’amour

Des billets doux, l’écrivain public Béatrice Claret en écrit régulièrement – entre autres pour la Saint-Valentin. Mais chut! C’est un secret.

Mon premier mot d’amour, je l’ai écrit en 2006. Je me promenais dans la rue quand un jeune homme de 12-13 ans m’a arrêtée en me demandant: «C’est vous, l’écrivain public? Vous voyez la fille, là-bas? J’aimerais sortir avec elle. Vous seriez d’accord de lui écrire un SMS de ma part? Ça va me coûter combien?» Surprise, je ne savais pas que dire, alors je lui ai proposé de lui facturer simplement 20 centimes pour le prix du SMS. Je devais faire vite, avant que la jeune fille ne disparaisse au coin de la rue. J’ai donné ensuite mon numéro de portable au garçon pour qu’il me dise si cela avait fonctionné. Je n’ai jamais eu de nouvelles…»

Une relation de confiance

Depuis ce qu’elle considère comme un de ses premiers mandats, la Valaisanne Béatrice Claret, présidente de l’Académie des écrivains publics de Suisse, écrit régulièrement des mots d’amour - entre autres à l’occasion de la Saint-Valentin, bien sûr. Car oui, il reste des amoureux(ses) transi(e)s qui préfèrent le charme d’un petit mot à un coup de téléphone. Mais qui doutent trop de leurs capacités littéraires ou grammaticales pour prendre la plume. Béatrice Claret leur apporte alors son aide pleine de bonne volonté, et se plie à toutes leurs exigences scripturales.

Une personne qui fait appel à un écrivain public doit se sentir en confiance pour pouvoir se dévoiler. Pour mieux comprendre sa démarche, je lui demande de définir les raisons de son courrier, pourquoi elle veut écrire à l’autre, ce qu’elle lui trouve, et je pose aussi quelques questions décalées sur la personne qui va recevoir la lettre, histoire de savoir si cette dernière est plus Mozart ou Jimi Hendrix, si elle est très romantique, etc.»

Une date particulière

Béatrice Claret rédige ensuite le message désiré, en prenant garde à reprendre les mots de l’émetteur, «car la personne qui va lire la lettre doit avoir l’impression d’entendre l’autre lui parler à l’oreille». Lors de sa formation au SAWI (Centre suisse d'enseignement du marketing, de la publicité, de la communication et de la vente), il y a quelques années, un de ses professeurs remarquait «qu’on ne peut pas écrire si on n’est pas soi-même dans un certain contexte». Elle-même se dit que «si on a la chance d’être aimée, qu’il fait beau et qu’on est en bonne santé, c’est quand même plus facile de répondre à ce type de demande». Mariée un… 14 février, les lettres de la Saint-Valentin ont en effet pour elle une résonance toute particulière. «Lors de la cérémonie à l’état civil, mon mari m’a bien surprise, s’étant appliqué à m’écrire un tendre message d’amour… De plus, l’officière, au lieu de nous décrire les droits et devoirs des époux, a préféré nous lire le texte juste magnifique de Ginette Reno, intitulé L’Essentiel ».

Cet amour du beau texte et du mot juste, Béatrice Claret le vit passionnément depuis toute petite.

J’ai toujours aimé écrire. J’ai commencé par des cartes de vœux adressées à des amis de mes parents, de grandes personnes que je ne connaissais pas et, en 1976, j’ai reçu le premier prix de l’Association valaisanne des écrivains, catégorie poésie.»

Après avoir travaillé dans différents médias et comme rédactrice publicitaire, elle se voit encouragée par une amie écrivain public à l’imiter. Elle est admise à l’Académie des écrivains publics de Suisse en 2006 et depuis, ne cesse de jongler avec les textes. Un vrai bonheur: «J’aime les mots et j’aime rendre service. Il faut forcément de l’amour dans tout ça, on ne peut pas faire ce travail si on n’aime pas les mots justes et si on ne crée pas un lien de confiance avec la personne qui nous demande de l’aide».

Ecrire avec son coeur

Mais au fait, quelle est donc la recette pour créer un joli mot d’amour bien tourné? «D’abord, il faut définir sur un brouillon pourquoi on écrit à la personne. Puis parler de soi, du bien que la personne aimée nous apporte, comment on se sent en sa présence. Il est important d’argumenter! Un «je te trouve très jolie» ne suffit pas toujours, on peut utiliser des métaphores, dire qu’elle nous fait perdre nos moyens, qu’on ne sait plus comment on s’appelle quand on la voit… Il est important de rester positif jusqu’à la fin du message». Selon elle, inutile de vouloir faire à tout prix des phrases compliquées: un petit mot dans lequel l’écrivain(e) a mis tout son cœur aura beaucoup plus d’effet qu’un long roman surfait.

Néanmoins, quelques petites règles s’imposent: écrire à la main –

Je peux toujours envoyer le mot par courriel au client, mais ce dernier devrait le recopier à la main»

- sur un joli papier. «Une fois, dans un café à Monthey, j’ai vu un message écrit sur du papier de toilette, qui disait ‹C’est toi la femme de ma vie›, avec un numéro de téléphone. C’est risqué, mais bon, il faut toujours tenter sa chance!» Enfin on datera sa missive. Les garçons feront en outre attention à leur orthographe: «Les filles aiment bien garder les mots d’amour». Ces dernières devront éviter de faire trop de prose: «Les hommes sont en général carrés d’esprit…» On peut ensuite glisser dans l’enveloppe des pétales de rose par exemple, mais on évitera de détremper l’écriture en parfumant le courrier. Il n’est pas interdit «de livrer soi-même le message, voire le glisser sous l’oreiller: la surprise n’en sera que plus délicate».

La tâche vous semble insurmontable? Béatrice Claret et ses collègues écrivains publics sont là pour vous aider, même pour une simple relecture. «Ça rassure de savoir que quelqu’un va avoir un œil averti sur ce qu’on écrit, surtout quand c’est un mot qui nous tient à cœur.» Et puisque les écrivains publics sont tenus à la confidentialité, personne ne saura jamais qu’ils vous ont aidé(e) à tenir la plume…

Texte: © Migros Magazine – Véronique Kipfer

 

Publié dans l'édition MM 7
13 février 2017

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L’essentiel, de Ginette Reno

C’est d’être aimé Le reste importe peu, la seule vérité

C’est compter pour quelqu’un quoiqu’il puisse arriver

C’est entrer dans son cœur et n’en sortir jamais

C’est recevoir autant qu’on aimerait donner Ne plus s’appartenir, en être rassuré C’est voir la joie de l’autre et fondre de bonheur Mériter sa confiance et devenir meilleur

L’essentiel

C’est d’être aimé Contrairement à tout ce qu’on peut raconter

Ce n’est pas la fortune ou la célébrité

Qui ne sont que du vent et ne font que passer

Je crois que l’important est fait de petits riens

Être attendu le soir et courir en chemin Un des plus beaux cadeaux que nous ait fait la vie

C’est quand notre prénom a l’air d’un mot gentil

L’essentiel

Jour à près jour

C’est le rire aux éclats d’un enfant qui accourt Et qui nous saute au cœur en guise de bonjour

Que demander de plus

Quand ces bras nous entourent

Le reste importe peu, la seule vérité

C’est compter pour quelqu’un quoi qu’il puisse arriver être un jour exiler en pays étranger et avoir, dans son cœur, quelqu’un à qui parler

C’est inspirer à l’autre un sentiment si fort

Qu’il pourrait nous survivre au-delà de la mort

C’est d’être aimé, encore et toujours

Mon amour...


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2 Commentaires

Ariane Bernier Emch

Ecrit il y a
1 semaine, 5 jours

Je suis fâchée de constater que vous ne respectez pas le droit d'auteur en ne citant pas la provenance du texte l'Essentiel. Ce n'est pas du tout madame qui l'a écrit (comme cela semble paraitre). Cette chanson est celle d'une québécoise, Ginette Reno.

 

MM Rédaction Online

Ecrit il y a
1 semaine, 5 jours

Bonjour et merci de votre commentaire.
Ne soyez pas fâchée, nous avons bel et bien cité l'auteur dans notre article, mais nous allons en plus le rajouter au-dessus du texte pour davantage de clarté.
Meilleures salutations
^Laurence

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